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Microfaune à la rescousse de la musique indépendante

Culture, Vie de quartier
Divan Orange
L’organisme Microfaune, qui regroupe plusieurs entreprises et travailleurs culturels, est une initiative du Divan Orange (photo : Claudia Vachon)

Plaintes pour bruit, amendes salées, locaux inadaptés, insécurité financière : les réalités avec lesquelles les scènes musicales indépendantes de Montréal doivent composer sont affligeantes.

Alors que plusieurs institutions musicales du Plateau-Mont-Royal ont presque décidé de jeter la serviette, Lionel Furonnet, directeur de la programmation du Divan Orange, a plutôt choisi de se battre pour la reconnaissance de ces lieux en créant Microfaune, un organisme voué à la musique de champ gauche montréalaise.

« J’ai lancé le projet il y a deux ans avec l’intention d’acheter la bâtisse pour assurer la pérennité du Divan Orange et de ses activités, précise-t-il d’entrée de jeu. Mais aujourd’hui, l’objectif de l’organisme, c’est de regrouper des entreprises et des travailleurs culturels sous un même toit pour protéger et consolider le secteur de la musique indépendante ».

Dès juillet, les bureaux de Microfaune, qui seront situés au 2e étage au-dessus de la salle de spectacles du boulevard Saint-Laurent, accueilleront notamment l’équipe du Divan Orange, le festival Montreal Electronic Groove, le diffuseur Indie Montréal et une avocate du milieu.

« Il y a une grande précarité dans le secteur de la musique émergente et pourtant, c’est grâce aux petites scènes indépendantes que les artistes se font connaître, élargissent leur auditoire et se font inviter dans les grands festivals », se désole le directeur.

Depuis une décennie, des artistes comme Arcade Fire et Patrick Watson ont foulé les planches du Divan Orange avant de se retrouver sous les projecteurs et d’avoir la notoriété qu’on leur connaît aujourd’hui.

Changer les mentalités

Lorsque les locataires du logement au-dessus du Divan Orange sont déménagés, à l’automne dernier, Lionel Furonnet a sauté sur l’occasion pour concrétiser son projet et s’est empressé de faire des demandes de subventions pour y aménager un espace collectif de bureaux.

L’initiative a porté ses fruits. Le 28 mai, la Ville de Montréal a annoncé un investissement de 25 000$ qui servira à soutenir l’organisme Microfaune et sa mise en opération. En parallèle, l’arrondissement du Plateau prévoit remettre 25 000$ supplémentaires lors du prochain conseil d’arrondissement, le 6 juillet prochain, pour financer les travaux d’insonorisation du Divan Orange.

« On garde les doigts croisés tant et aussi longtemps que la subvention de l’arrondissement ne sera pas officiellement confirmée, explique-t-il. On a travaillé d’arrache-pied pour que le Divan Orange devienne un lieu protégé et on espère vraiment créer un précédent dans l’industrie pour permettre à d’autres salles de spectacles de bénéficier, à leur tour, d’une reconnaissance ».

En plus de souligner l’apport indéniable des scènes indépendantes à l’industrie culturelle de la ville, l’organisme Microfaune cherche à « contaminer » les jeunes publics pour assurer la vitalité de la musique indépendante.

Modification des règlements municipaux

Difficile de croire qu’en décembre dernier, le Divan Orange était sur le point de fermer ses portes. Après avoir reçu des milliers de dollars d’amendes pour des infractions de bruit, l’équipe de l’institution a lancé un cri du cœur pour sensibiliser les élus de l’arrondissement à la nécessité d’assouplir la réglementation.

« On a eu énormément de problèmes avec la locataire du 3e étage qui appelait les policiers deux ou trois fois par jour pour se plaindre, raconte le directeur. La situation s’est tellement envenimée qu’à un moment, on s’est demandé si c’était elle ou nous qui allions partir ».

La situation est loin d’être unique. À preuve, le bar l’Inspecteur Épingle, situé sur la rue Saint-Hubert, a dû annuler ces soirées électroniques en février dernier pour répondre aux plaintes d’une seule locataire.

La multiplication des constats d’infraction a incité l’arrondissement du Plateau à s’inscrire dans une dynamique moins punitive : depuis le 1er juin, le montant des amendes est passé de 1 200$ à 600$ pour permettre aux salles de spectacles d’investir dans la mise aux normes de leurs locaux.

« De plus en plus, les élus travaillent en collaboration avec les institutions culturelles et il y a plein de beaux projets qui s’en viennent, promet le programmateur du Divan Orange. En bout de compte, c’est les citoyens qui pourront profiter d’une scène musicale indépendante et diversifiée ».

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