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GIR: une star de l’investissement responsable dans le quartier

Économie
Parc d'éoliennes au soleil couchant.
Parc d’éoliennes à Palm Springs, Californie. (Photo: Dollarphotoclub)

Un placement en Bourse peut-il être socialement responsable? Oui. Certains y travaillent à plein temps, comme le GIR.

Bon, d’accord, pour certains, la Bourse est le symbole capitaliste par excellence. Mais pourquoi ne pas utiliser les armes de son « ennemi » pour le battre à son propre jeu? C’est exactement le but recherché par les experts en investissement responsable.

Car l’économie planétaire se transforme en profondeur. Les coopératives, l’économie sociale, les marchés équitables, les nouvelles technologies dans les énergies alternatives et le transport connaissent une croissance inouïe.

Bon nombre de ces projets se financent désormais par les marchés financiers. Même les entreprises traditionnelles inscrites en Bourse subissent la pression d’actionnaires concernés par les questions environnementales et éthiques. L’investissement socialement responsable n’est plus une chasse gardée d’investisseurs activistes ou de communautés religieuses. Les grands investisseurs institutionnels, notamment les caisses de retraite, qui dominent les marchés financiers, entrent dans la danse.

Ils sont souvent conseillés par des sociétés comme le Groupe d’investissement responsable (GIR), une PME d’une quinzaine d’employés qui a pignon sur rue sur le Plateau. Cette firme est signataire des Principes pour l’investissement responsable des Nations Unies (UN PRI).

« Il y a quelques années, les financiers marginalisaient l’investissement responsable, explique Olivier Gamache, PDG du GIR. Aujourd’hui, le mythe du rendement moindre ou du manque de diversification est complètement évacué. »

En fait, l’investissement socialement responsable est désormais considéré, par de nombreux financiers, comme « plus payant » pour les investisseurs que l’investissement traditionnel! « Les produits ou placements ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance responsable) tiennent compte des risques dits “extrafinanciers”, qui ont souvent un impact sur la performance d’une entreprise, explique Jean Soublière, PDG de l’Actif, un réseau coopératif d’éducation financière. Par exemple, si une firme ne respecte pas les lois environnementales ou a des problèmes syndicaux notoires, on peut anticiper une baisse du titre en Bourse. »

En investissement responsable, le ratio risque/rendement pèse plus lourd qu’en investissement traditionnel, car l’investisseur dispose davantage d’informations.

Combattre le feu par le feu

Fondé en 2000 par François Rebello, François Meloche (cofondateur d’Équiterre), Scherazad Adid comme filiale de Demers Conseil, une firme de courtage et de gestion de placements, le GIR a volé de ses propres ailes en 2004 puis a été racheté en 2007 par Olivier Gamache, un gestionnaire de portefeuille.

La firme compte essentiellement comme clients des caisses de retraite, des gestionnaires financiers et des fondations. Elle offre des services de recherche, produit des analyses de risques et accompagne de grands investisseurs qui veulent se doter d’une expertise en investissement responsable. « Mais notre pain et notre beurre, c’est la gestion des droits de vote en assemblée des actionnaires, explique M. Gamache. Nous exerçons, au nom de nos clients, leur droit de vote dans plus de 3000 assemblées à travers le monde. Nous respectons les critères de nos clients et nous leur faisons aussi des recommandations afin d’exercer leurs votes, selon l’entreprise ou la situation. »

Ses clients gèrent des actifs allant de 25 millions à 200 milliards de dollars.

« Les régimes de retraite ont un poids politique et économique très important, reprend-il. Les gestionnaires des caisses de retraite doivent désormais tenir compte des risques extrafinanciers. Ces questions ne se limitent pas à la morale et à l’éthique. Ça touche le rendement. »

C’est pourquoi M. Gamache suggère aux travailleurs qui bénéficient d’un régime de retraite d’employeur, et qui s’intéressent à l’investissement responsable, de s’informer auprès de leur comité de placement. « L’investissement responsable peut faire partie des paramètres et des politiques de placement de la caisse de retraite. Cette dernière ne doit pas être passive dans l’exercice de ses droits de vote. De cette façon, les travailleurs poussent les changements sociaux grâce à leur caisse de retraite, car, pardonnez-moi l’expression, mais money talks. »

À la portée de tous

L’investisseur individuel peut aussi se constituer un portefeuille de placements socialement responsable. « Le meilleur moyen, c’est d’acheter des fonds communs de placement de type ESG, reprend Olivier Gamache. Ils reproduisent les portefeuilles traditionnels tout en excluant les sociétés qui ne correspondent pas à des critères socialement responsables. »

Mais, ces dernières années, les fonds ESG ont connu la controverse. Des investisseurs ont découvert que certains avaient des entreprises comme des pétrolières actives dans les sables bitumineux de l’Arthabaska. « Pour éviter de limiter la diversification (un principe de base en placement), ces fonds misent sur les meilleurs élèves dans la classe, reprend M. Gamache. Car leurs gestionnaires maintiennent un dialogue derrière des portes closes, qui visent à améliorer les pratiques de ces entreprises. Ils ne se limitent pas qu’aux votes en assemblée d’actionnaires. »

M. Gamache révèle qu’une nouvelle génération de fonds ESG plus agressifs, novateurs ou spécialisés, mise par exemple sur les énergies vertes ou les technologies de pointe.

Cela dit, l’investisseur individuel n’a aucun contrôle sur les placements effectués par les fonds communs ESG. Peut-il se constituer son propre portefeuille responsable? Le légendaire investisseur Warren Buffett l’a toujours dit : n’investissez que dans ce que vous comprenez. Ça demande donc une connaissance poussée du placement et beaucoup de recherche. Car une société qui a un bon bilan ESG affiche peut-être un rendement médiocre.

« Une avenue intéressante, c’est de miser sur un club de placement spécialisé en investissement responsable, explique Jean Soublière. On y gère collectivement des portefeuilles par de petits montants mis en commun, selon les besoins, les objectifs et les convictions de chacun. C’est une formule dynamique, qui permet de partager l’expérience, l’apprentissage, les bons coups. » L’Actif (www.actif.net) veut justement initier la création d’un tel club, cet automne.

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