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Cultiver l’empathie avec Patsy Van Roost

Culture, Vie de quartier
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Le 25 septembre dernier, une conférence donnée par l’artiste Patsy Van Roost a attiré les foules au Théâtre Rialto, dans le cadre des Creative Mornings de Montréal (photo : Tora Chirila Photography)

Remplir le parterre du Théâtre Rialto un vendredi matin, à 8 heures, c’est la prouesse qu’a réalisée Patsy Van Roost dans le cadre de la 29e Creative Morning de Montréal.

L’artiste multidisciplinaire – que l’on surnomme la fée du Mile End – est venue discuter d’empathie et des projets qu’elle a créés au cœur du quartier dans les dernières années. « J’aime créer des occasions pour provoquer la rencontre, explique-t-elle. Tous mes projets sont des cadeaux pour les gens de ma communauté ».

En 2013, elle a d’ailleurs mis sur pied le projet Ici un souvenir, où elle invitait les Montréalais à partager un de leurs souvenirs liés à des lieux du Plateau-Mont-Royal. « Au total, c’est 437 souvenirs qui ont été recueillis et affichés aux adresses mentionnées, précise-t-elle. Lire une histoire là où elle a eu lieu, c’était ça la force du projet ».

Plus récemment, Patsy Van Roost a été interpelée par les événements de l’école Lambert-Closse, où des écoliers ont appris qu’ils étaient forcés de changer d’école le jour de la rentrée. Dix-huit enfants ont été expulsés tout simplement parce qu’il n’y avait plus de place pour eux dans l’établissement scolaire, même si plusieurs le fréquentaient depuis la maternelle.

« J’ai d’abord été sidérée par cette façon de faire ; on aurait pu au moins les avertir pendant l’été pour qu’ils puissent se préparer à changer d’école, dénonce-t-elle. Ensuite, j’ai été touchée par l’élan de solidarité de tous les parents qui se sont battus pour que les enfants concernés puissent revenir ».

Seulement six de ces élèves ont regagné les bancs de l’école située sur la rue Saint-Urbain et pour rendre hommage aux autres, l’artiste a imprimé leurs noms dans la cour de récréation, permettant ainsi à leurs camarades de classe d’y inscrire des messages à la craie. « C’était aussi pour les y ramener symboliquement », souligne-t-elle.

Une leçon d’humanité

Patsy Van Roost croit que quelque chose de simple peut changer une vie. L’année dernière, alors qu’elle arrivait au Café Olimpico « comme tous les matins », elle a appris le suicide de Thierry, un voisin qu’elle apercevait souvent dans le quartier.

« Je me suis mise à me poser toutes sortes de questions, raconte-t-elle. Comment se faisait-il qu’un gars que je croise souvent dans le quartier puisse autant souffrir sans que je le voie? Comment un voisin pouvait-il envisager de s’enlever la vie sans que sa communauté en ait la moindre idée » ?

À la suite de sa réflexion, l’artiste a jeté les bases du projet de Voisinanges, où un ange-voisin aurait la mission de partager une activité avec une personne qui se sent seule ou qui broie du noir.

Le 11 août 2014, elle a donc lancé un appel sur Facebook et plus tard dans la même journée, l’annonce du suicide de Robin Williams a secoué les réseaux sociaux. « J’ai rapidement été inondée de messages dont plusieurs provenaient de personnes qui étaient en état d’urgence, dit-elle. C’était trop et je ne me sentais pas outillée pour répondre à toute cette détresse, j’ai dû arrêter pour prendre du recul ». Elle n’abandonne pas pourtant, sachant que le projet va se concrétiser un jour.

À la fin de la conférence, plusieurs participants l’ont remerciée pour son implication dans le quartier. « Je me suis retrouvée à la une du Devoir en 2012 et c’était comme recevoir une médaille d’or pour les Jeux Olympiques, se réjouit Patsy Van Roost. Ça m’a confortée dans mes choix parce qu’avant, je me sentais coupable de ne pas avoir une job de 9 à 5 ».


Les conférences Creative Mornings de Montréal sont gratuites et ont lieu tous les derniers vendredis du mois. Pour connaître toutes les informations, c’est ici.

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