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Les 65 parcs du Plateau (2 de 7)

Culture, Environnement, Histoire
Dame Plume, ou Denise Morelle
Dame Plume, ou Denise Morelle, a son petit parc dans le Plateau! (Photo: YouTube)

L’arrondissement du Plateau Mont-Royal compte 65 parcs et places publiques. D’où viennent leurs noms?

Le Plateau compte deux des parcs les plus célèbres et courus de la métropole: le parc Lafontaine, qui fait partie du réseau des grands parcs de Montréal, et le Carré Saint-Louis. L’arrondissement est bordé par un autre parc célèbre, celui du Mont-Royal, et son extension sur le territoire du Plateau, le parc Jeanne-Mance. Un autre espace vert vénérable se trouve sur son territoire: le parc Laurier. La place Roy et le Champ des possibles ont également atteint une grande notoriété ces dernières années.

Le Plateau a toujours eu le coeur politique à gauche et abrité de nombreux artistes. La toponymie de ses parcs reflète pleinement cette réalité. On vous révèle l’origine du nom de tous les parcs, en ordre alphabétique, en sept volets.

11- place du Côteau Saint-Louis (face au métro Laurier Nord, de part et d’autres de la rue Laurier, angle Berri)

Le 18 septembre 2013 fut inaugurée la Place du Côteau Saint-Louis par le maire de l’arrondissement du Plateau Mont-Royal, Luc Ferrandez. Cette place fut désignée en mémoire du noyau villageois formé au XIXe siècle près de la rue Berri et de l’avenue Laurier, le Côteau Saint-Louis. Le nom de cette place fut désigné par un appel au peuple sur les médias sociaux. Une promenade historique est d’ailleurs organisée par la Société d’histoire et de généalogie du Plateau-Mont-Royal. Elle permet de découvrir des vestiges du Coteau-Saint-Louis, en empruntant l’ancien chemin des Tanneries, qui est devenu le chemin des Carrières et, par la suite, la rue Berri. Cette place est considérée par les urbanistes comme un symbole du nouveau partage de la chaussée entre piétons, cyclistes et trafic motorisé.

12- des Compagnons-de-Saint-Laurent (rue Cartier, entre Mont-Royal est et Marie-Anne) 17 547 m2

En 1996, Montréal désignait ce parc du nom de la première compagnie professionnelle de théâtre fondée au Québec par le père Émile Legault et Roger Varin, en 1937. Parmi les premiers comédiens à faire partie de cette troupe: Félix Leclerc, Jean Coutu, Guy Provost, Hélène Loiselle, Jean Duceppe, Denise Morelle, Charlotte Boisjoli et Jean-Pierre Masson. Le cinéaste a tourné un documentaire sur cette troupe en 1997 pour l’ONF, dont le narrateur est Jean-Guy Moreau. Ce parc comprend une aire de jeux et l’aréna Mont-Royal.

13- De Bullion (entre de Bullion et de l’Hôtel-de-Ville, au nord de Prince-Arthur Est) 2830 m2

Rappelle la mémoire d’Angélique  Faure, marquise de Bullion (1593-1662). Elle fournit à Jeanne Mance, en 1642, les moyens de fonder l’Hôtel-Dieu de Montréal. Ce parc comprend une aire de jeux.

14- De Lorimier (Avenue Laurier, entre Chabot et de Bordeaux) 7394 m2

Le parc De Lorimier, une rue à l’ouest de l’artère qui porte le même nom, rappelle une figure historique majeure du Québec, le patriote François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier (1803-1839). Ce notaire de Montréal organise le soulèvement de Beauharnois en 1838. Il est condamné à mort par une cour martiale créée par l’administrateur britannique John Colborne, qui avait le mandat de réprimer la rébellion des Patriotes, et exécuté par pendaison à la prison du Pied-du-Courant (au sud de l’avenue qui porte son nom) le 15 février 1839. Son testament politique, un texte puissant et émouvant, est un document fondateur du mouvement souverainiste québécois. Deux cinéastes, Pierre Falardeau (15 février 1839) et Michel Brault (Quand je serai parti… vous vivrez encore) ont relaté l’exécution de De Lorimier dans des films coup-de-poing portant sur ce moment important de l’histoire du Québec. Le parc De Lorimier comprend une aire de jeux et une patinoire.

15- Denise-Morelle (rue Rivard, au nord de Marie-Anne) 530 m2

Dame Plume a son parc! La comédienne Denise Morelle (1926-1984) a incarné ce personnage-clé de cantatrice de l’émission pour enfants La Ribouldingue. Elle a aussi incarné la méchante sorcière de l’émission Fanfreluche. Denise Morelle est passée à l’histoire pour son rôle au théâtre, en 1952, dans «Les noces de sang» au sein de la troupe des Compagnons de Saint-Laurent. Elle a aussi joué dans la pièce «Les Grands départs» de Jacques Languirand. La comédienne a joué pendant 30 ans au théâtre, notamment au TNM, au cinéma (Il était une fois dans l’Est) et à la télé (Symphorien, Filles d’Ève, Terre humaine). Denise Morelle a été sauvagement assassinée le 17 juillet 1984 alors qu’elle visitait un logement qu’elle désirait louer. Son meurtrier a été condamné 23 ans plus tard et condamné à une peine d’emprisonnement à perpétuité, sans possibilité de libération avant une vingtaine d’années.

16 – Devonshire (entre Clask et Sewell, au nord de l’Avenue des Pins) 1984 m2

Cette aire de jeux, autrefois appelée Place de la Roumanie, rappelle la présence d’une ancienne école dans le secteur.

17- Drolet–Rachel (rue Drolet, au nord de Rachel) 444,7 m2

L’aire de jeux porte le nom de deux rues. L’avocat montréalais Gustave-Adolphe Drolet (1844-1904), premier Québécois à s’enrôler comme zouave pontifical en 1867. Il chronique sur la vie pontificale romaine pour le journal La Minerve. La rue Rachel rappelle la fille du notaire Jean-Marie Cadieux de Courville (1780-1827), Rachel (1814-1879), dont la succession fait lotir sa terre et y tracer, par l’arpenteur Charles Laurier. L’époux de celle-ci, l’avocat Jean-Baptiste Chamilly de Lorimier, Patriote, participe aux événements de 1837-1838, mais échappe à l’emprisonnement en se réfugiant aux États-Unis, jusqu’en 1843.

18- Duluth–Laval (angle Duluth Est et Laval) 

Cette place minuscule comporte quelques bancs et de beaux arbres matures. La rue Duluth rappelle Daniel Greysolon, sieur du Lhut, aussi épelé Dulhut et Duluth (1639-1710), coureur de bois et explorateur. Il pénétra jusqu’au Minnesota actuel (où une ville porte son nom) et alla plus loin dans l’Ouest qu’aucun blanc ne l’avait fait avant lui. La rue Laval rappelle François de Montmorency-Laval (1623-1708), éduqué chez les jésuites de France et ordonné prêtre le 1er mai 1647. Il s’embarque pour la Nouvelle-France à La Rochelle, le 13 avril 1659. Louis IX le nomme évêque de Québec.

19- Edouard-VII (avenue de l’Esplanade, juste au sud de Van Horne) 676 m2

Cette aire de jeux pour enfants est en fait un parc-école géré avec avec la Commission scolaire English Montréal, à proximité de l’école du même nom. Fils de la reine Victoria, prince de Galles, Édouard VII (1841-1910) a régné sur le Royaume-Uni, le Dominion du Canada et fut empereur des Indes du 22 janvier 1901 jusqu’à sa mort. Son règne fut marqué par le début de la révolution industrielle, la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud et l’établissement de relations pacifiques durables avec la France (on l’a surnommé The Peacemaker) permettant aux deux empires de se partager le monde sans effusion de sang. L’arrondissement précise que: «Le parc a été aménagé au printemps 2014 avec une petite placette qui dispose de bancs. Une murale a été réalisée à l’automne 2014 sur le mur du bâtiment voisin au parc. Il y aura de la plantation au printemps 2015.»

20- Émile-Nelligan (extrémité nord de l’Avenue Laval, près de la rue de Varennes, au nord de Mont-Royal Est) 1518 m2

Cette petite aire de jeux rappelle le souvenir d’un des plus grands poètes de l’histoire du Québec. Émile Nelligan (1879-1941). Surtout connu pour son poème «Le Vaisseau d’or», le poète a connu une carrière écourtée par la maladie et une vie tragique, marquée par l’internement à l’asile de Saint-Jean-de-Dioeu, suite à une grave psychose dont il ne se remettra jamais. Il décédera à cet endroit, le 18 novembre 1941. Un buste du poète trône au Carré Saint-Louis. Le poète Jean Charbonneau, son ami, le décrit ainsi: « Grand, mince, les cheveux en broussaille, majestueux, un pli d’amertume à la commissure des lèvres, les yeux perdus dans l’infini, il n’avait pas l’air de tenir au monde matériel. Il parlait souvent avec emphase. Ses gestes larges embrassaient l’étendue, et sa voix captivante, murmurant comme une mélopée, trahissait l’obsession qui le dominait et semblait influencer ses moindres actes.»

Avec le Répertoire historique des toponymes de Montréal et la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal.

Les autres textes de la série:

1 à 10, 25 septembre 2015

21 à 30, 9 octobre 2015

31 à 40, 16 octobre 2015

41 à 50, 23 octobre 2015

51 à 60, 30 octobre 2015

61 à 65, 6 novembre 2015

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