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Les 65 parcs du Plateau (3 de 7)

Culture, Environnement, Histoire
La Bolduc, au centre, et ses musiciens, en 1928.
La Bolduc (au centre) en 1928, avec ses musiciens. (Photo: David Lonergan – Collections Canada)

L’arrondissement du Plateau Mont-Royal compte 65 parcs et places publiques. D’où viennent leurs noms?

Le Plateau compte deux des parcs les plus célèbres et courus de la métropole: le parc Lafontaine, qui fait partie du réseau des grands parcs de Montréal, et le Carré Saint-Louis. L’arrondissement est bordé par un autre parc célèbre, celui du Mont-Royal, et son extension sur le territoire du Plateau, le parc Jeanne-Mance. Un autre espace vert vénérable se trouve sur son territoire: le parc Laurier. La place Roy et le Champ des possibles ont également atteint une grande notoriété ces dernières années.

Le Plateau a toujours eu le coeur politique à gauche et abrité de nombreux artistes. La toponymie de ses parcs reflète pleinement cette réalité. On vous révèle l’origine du nom de tous les parcs, en ordre alphabétique, en sept volets.

21- Georges-Guilbault (angle Berri et Saint-Grégoire)

Ce petit square, qui est en fait un îlot de voirie, fut baptisé en l’honneur d’un «carriage maker», ou fabricant de carriole (tirée par des chevaux), dont la résidence était située juste en face et dont l’atelier était basé dans le quartier. L’espace verts fut constitué lors du redressement de la rue Berri durant la construction du métro, la rue Saint-Grégoire étant un reliquat de la rue des Carrières. 

22- Place Gérald-Godin (Métro Mont-Royal) 2600 m2

Cette place publique fut baptisée, en 1996, du nom du poète, journaliste et homme politique qui représenta la circonscription de Mercier de 1976 à 1994. Après une carrière journalistique intense, Gérald Godin emprisonné durant la crise d’Octobre 1970 alors qu’il est directeur de l’information du journal Québec-Presse. Ironiquement, six ans plus tard, il bat le premier ministre Robert Bourassa à l’élection qui a permis au Parti Québécois de René Lévesque de prendre le pouvoir une première fois. Il fut ministre de l’Immigration, des Communautés culturelles, ministre délégué aux Affaires linguistiques et ministre d’État au développement culturel et scientifique et, évidemment, ministre de la Culture. Son poème «Tango de Montréal» est reproduit sur un mur donnant sur la place qui porte son nom, derrière l’édicule du métro. Il a habité de nombreuses années à quelques pas, rue Pontiac, avec sa compagne, Pauline Julien. Un cégep de l’Ouest de l’Île de Montréal, basé à Sainte-Geneviève, porte son nom.

23- Gilbert-Langevin (entre la voie du CP et la rue Gilbert-Langevin, entre Saint-André et Mentana)

Ce petit espace-vert est en fait un parc écran permettant de masquer la vue du mur séparant le Plateau du chemin de fer du Canadien pacifique. Il célèbre la mémoire du poète québécois engagé et nationaliste, auteur d’une trentaine de recueils de poésie, fondateur des éditions Atys en 1959, auteur de nombreuses chansons qui seront interprétées par Pauline Julien, Offenbach, Gerry Boulet, Marjo et Luce Dufault. En 1979, Gilbert Langevin remet la bourse accompagnant le Prix du Gouverneur général du Canada à l’organisme qui défend les prisonniers politiques du Québec. En 1994, il reçoit le prix Alain-Grandbois de l’Académie des lettres du Québec.

24- place Gilles-Carle (au centre du tourne-bride de la rue Henri-Julien, au sud du Square Saint-Louis)

Inauguré en 2011, cet espace public commémore un des plus grands cinéastes québécois, Gilles Carle (1928-2009). Graphiste, scénariste, monteur, producteur et cinéaste, il quitte à 16 ans sont Abitibi natale pour s’installer à Montréal, pour étudier le dessin à l’École des beaux-Arts. Après des études de lettres à l’Université de Montréal, il participe à la création des Éditions de l’Hexagone. Après un passage à Radio-Canada, il devient documentariste à l’Office national du film (ONF). Alors qu’il doit réaliser un documentaire sur l’enlèvement d ela neige à Montréal, il livre son premier long-métrage de fiction, «La vie heureuse de Léopold Z». Sermonné par ses patrons, il quitte l’ONF pour réaliser plusieurs films comme «Le viol d’une jeune fille douce», «Red», «Les Mâles», La vraie nature de Bernadette», «La Mort d’un bûcheron», LesPlouffe» et «Maria Chapdeleine. Ironiquement, en 1989, son court métrage consacré aux cinquante ans de l’ONF remportera la Palme d’or du court métrage au Festival de Cannes. En 1997, Gilles carle reçoit le Prix du Gouverneur général pour l’ensemble de son oeuvre et en 1998, il est reçu officier de l’Ordre du Canada. En 2007, le Québec le décore de l’Ordre national et la France lui attribue la Légion d’honneur. Durant la lente détérioration de sa santé, à cause de la maladie de Parkinson, sa conjointe, Chloé Sainte-Marie, lutte pour la reconnaissance des aidants naturels auprès des gouvernements, sans succès. Cette place publique est située tout près du carré Saint-Louis, où le cinéaste a résidé pendant plusieurs décennies.

25- Gilles-Lefebvre (entre les rues Drolet et Henri-Julien, au nord de l’Avenue Mont-Royal) 2070 m2

Ce petit parc, autrefois le parc Drolet, comprend une aire de jeux et des jeux d’eau. Il rappelle le souvenir de Gilles Lefebvre (1922-2001), musicien, éducateur et humaniste, fondateur de l’aile canadienne de la Fédération internationale des Jeunesses musicales (1949). Il a aussi fondé le Centre d’art d’orford, directeur centre culturel canadien à Paris. En 1983, il devient directeur associé du Conseil des arts du Canada et en 1988, secrétaire général de la Commission canadienne pour l’UNESCO. En 1991, il a occupé la présidence du Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal.

26- Hélène-Baillargeon (tourne-bride de la rue Hélène-Baillargeon, qui donne sur Saint-Denis, à l’est, juste au sud du chemin de fer du CP)

Cet îlot de voirie est situé au centre du tourne-bride à l’extrémité est de la rue Hélène-Baillargeon. Folkloriste, chanteuse et actrice, Hélène Baillargeon (1916-1997) est chercheuse au Musée canadien des civilisations à Ottawa au début des années 1950, chanteuse et hôtesse pour la radio et la télé de Radio-Canada dans les années 1950. Durant la même période, elle joue dans le téléroman «Cap-aux-Sorciers» et enregistre plusieurs disques folkloriques. Elle animera pendant vingt ans les émissions «Songs de Chez nous» et «Chez Hélène», qui font connaître la culture francophone chez les anglophones du Canada. En 1973, elle est décorée de l’Ordre du Canada et siège comme juge à la Cour de la citoyenneté canadienne de 1974 à 1984. Un prix d’interprétation portant son nom est décerné par la Société du patrimoine d’expression du Québec.

27- Hirsch-Wolofsky (rue Coloniale, entre Sherbrooke et Prince-Arthur est) 270 m2

Ce tout petit parc, autrefois appelé Coloniale, rappelle un journaliste et auteur d’origine polonaise qui a joué un rôle central dans la construction de l’identité juive montréalaise. Hirsch Wolofsky (1876-1949) a fondé, en 1907, le premier journal en langue yiddish d’envergure au Canada, le « Keneder Odler » (L’Aigle canadien). En 2012, ce parc était situé angle De Bullion et Roy. 

28- Hutchison–Avenue des Pins (angle Hutchison et des Pins) 485 m2

Cette petite aire de jeux et de détente porte le nom de deux anciennes rues de Montréal. La Famille Hutchison fut propriétaire, à partir de 1815, de la terre où fut ouverte cette rue. Quant à l’Avenue des Pins, elle doit son existence à l’Hôtel-Dieu, construit en 1860. Quatre ans plus tard, les soeurs hospitalières de Saint-Joseph cèdent le terrain à la Ville, qui deviendra la rue de l’Hôtel-Dieu. En 1876, le conseil de ville de Montréal entérine le plan des voies d’accès au parc du Mont-Royal, tracés par son concepteur, Frederic Law Olmsted. Ces voies, Elm, Cedar et Pine deviennent des rues. La rue de l’Hôtel-Dieu est intégrée à la rue Pine, qui deviendra des Pins en 1961.

29- J.-Z.-Léon-Patenaude (angle Berri et Cherrier, à l’est de Berri) 299 m2

Ce minuscule espace vert fut créé lors de la construction du métro et du viaduc de la rue Sherbrooke au-dessus de la rue Berri, en 1966. J.-Z.-Léon Patenaude (1926-1989) est un polémiste, organisateur et promoteur. Il fonde la Salon du livre de Montréal, il est décoré de l’Ordre du Canada et seul Canadien décoré de la médaille dite de la Librairie, de l’Imprimerie et de la Papeterie, du cercle de la librairie de Paris. Il fut dirigeant ou fondateur de dizaines d’organismes du monde de l’édition et de la littérature, mais aussi de la politique, des affaires et des milieux communautaires. La liste de ses engagements sociaux est un véritable catalogue! 

30- Jean-Jacques-Olier (rue Drolet, juste au sud de Duluth) 980 m2

Cette petite aire de jeux célèbre la mémoire d’un personnage central de la mythologie de la Nouvelle France. Ce mystique crée le premier séminaire français à la suite du concile de Trente et fonde la compagnie des prêtres de Saint-Sulpice (les Sulpiciens), qui joueront un rôle central dans la colonisation française en Amérique. C’est Saint-François de Sales qui l’incite à devenir prêtre, après une maladie qui menace de lui faire perdre la vue. Il guérit miraculeusement et se convertit à Dieu puis, en 1633, participe aux oeuvres de Saint-Vincent de Paul, ce dernier prononçant le prêche de son ordination! En 1639, le père Olier (1608-1657) participe à la fondation de la «Société de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France», avec le baron Pierre de Fancamp et Jérôme Le Royer de la Dauversière, ce dernier l’ayant convaincu de venir s’établir en Nouvelle-France. En 1641, il fonde le séminaire de Saint-Sulpice. Il y recrute les prêtre qui partiront en mission pour Ville-Marie, qui deviendra plus tard Montréal.

Avec le Répertoire historique des toponymes de Montréal et la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal.

Les autres textes de la série:

1 à 10, 25 septembre 2015

11 à 20, 2 octobre 2015

31 à 40, 16 octobre 2015

41 à 50, 23 octobre 2015

51 à 60, 30 octobre 2015

61 à 65, 6 novembre 2015

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