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Les 65 parcs du Plateau (4 de 7)

Culture, Environnement, Histoire
Fontaine du parc La Fontaine
Le parc La Fontaine. La fontaine lumineuse fut conçue par Léon Trépanier en 1929. (Photo: Avneruzan, Dollar Photo Club)

L’arrondissement du Plateau Mont-Royal compte 65 parcs et places publiques. D’où viennent leurs noms?

Le Plateau compte deux des parcs les plus célèbres et courus de la métropole: le parc Lafontaine, qui fait partie du réseau des grands parcs de Montréal, et le Carré Saint-Louis. L’arrondissement est bordé par un autre parc célèbre, celui du Mont-Royal, et son extension sur le territoire du Plateau, le parc Jeanne-Mance. Un autre espace vert vénérable se trouve sur son territoire: le parc Laurier. La place Roy et le Champ des possibles ont également atteint une grande notoriété ces dernières années.

Le Plateau a toujours eu le coeur politique à gauche et abrité de nombreux artistes. La toponymie de ses parcs reflète pleinement cette réalité. On vous révèle l’origine du nom de tous les parcs, en ordre alphabétique, en sept volets.

31- Jeanne-Mance (entre Esplanade et du Parc, entre Mont-Royal et des Pins) 143 446 m2

Extension naturelle du parc du Mont-Royal vers l’est, le parc Jeanne-Mance est un des plus grands parcs de l’arrondissement. Nommé en l’honneur de Jeanne Mance (1606-1673), cofondatrice de Montréal et de l’Hôtel-Dieu, reconnue comme vénérable par l’Église catholique et fêtée le 18 juin. Fille d’une famille bourgeoise de la Bourgogne, elle remplace sa mère morte prématurément auprès de ses onze frères et soeurs avant de secourir les victimes de la Guerre de Trente ans et de la peste. À 34 ans, elle devient missionnaire en Nouvelle-France. Elle obtient le soutien d’Anne d’Autriche, épouse du roi Louis XIII, ainsi que des Jésuites, elle financera la construction de l’Hôtel-Dieu avec les dons de Mme de Bullion. Après un voyage de trois mois depuis La Rochelle, elle débarque en Nouvelle-France en 1641. Juste après la fonte des glaces sur le Saint-Laurent, elle accède à Montréal le 18 mai 1642 avec Paul Chomedey de Maisonneuve, elle érige les premiers bâtiments de Ville-Marie. Elle y soignera, dans des conditions difficiles, les bâtisseurs du premier fort et les soldats. En 1645, elle supervise l’érection du premier hôpital, un bâtiment de bois de 24 X 60 pieds, comptant six lits pour les hommes et deux pour les femmes. Neuf ans plus tard, elle construit un nouvel hôpital, avec l’aide des Soeurs Hospitalières. Sa dernière apparition officielle est à la pose de la cinquième pierre angulaire de l’église de Ville-Marie, avec l’ensemble de ssommités civiles et religieuses, le 30 juin 1672, un an avant sa mort.

Sa dépouille repose toujours dans la crypte de l’actuel Hôtel-Dieu de Montréal, rue des Pins. En novembre 2014, le pape François promulgue le décret la faisant vénérable, première des trois étapes menant à la canonisation. Il a fallu attendre en 2012 pour reconnaître à Jeanne Mance le statut de cofondatrice de Montréal. Elle fut désignée personnage historique national en 1998 par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada, et, en 2013, personnage historique par le ministère québécois de la Culture. Une statue de Jeanne Mance fait partie du Monument à Maisonneuve, à la Place d’Armes, et un bronze de Louis-Philippe Hébert, à son effigie, est situé devant l’Hôtel-Dieu, rue des Pins. Le parc Jeanne-Mance comporte des aires de jeux, des terrains de baseball, mini-soccer, soccer, tennis, volleyball de plage, une pataugeoire et une patinoire. Plusieurs axes cyclables majeurs le traversent.

32- Jeanne-Mance–Sherbrooke (rue Jeanne-Mance, quelques pas au nord de Sherbrooke) 930 m2

Ce tout petit espace vert, deux bancs et un arbre, rappelle les rues Jeanne-Mance et Sherbrooke. Sir John Coape Sherbrooke (1764-1830) fut un militaire gouverneur en chef de l’Amérique du Nord Britannique de 1816 à 1818. Pragmatique, conciliant, il est appuyé tant par Londres que par les nationalistes francophones, au premier chef Louis-Joseph Papineau et Mgr Plessis, causant la surprise en nommant ce dernier au Conseil Législatif. La rue Sherbrooke est une des plus longues de Montréal et fut longtemps la limite nord de la Ville!

33- Jehane-Benoît (angle Berri et Cherrier, à l’ouest de Berri) 552 m2

Ce petit espace vert fut aménagé lors de la construction du métro et du viaduc de la rue Sherbrooke, enjambant Berri, en 1966. Il fut baptisé en l’honneur de Jehane Patenaude-Benoit (1904-1987), pionnière de l’enseignement de l’art culinaire. Issue d’une famille prospère de Westmount, elle parfait ses études culinaires à Paris et obtient même, en 1925, un diplôme de chimiste en alimentation de la Sorbonne. Au début des années 1930, elle ouvre une école de cuisine qui est aussi le premier restaurant végétarien au pays, offrant aussi le premier bar à salades, le Fumet de la Vielle France, qui connaît le succès. Dans les années 1960, elle devient une auteure à succès avec de nombreux livres de cuisine publiés en français et en anglais. Elle devient une vedette de la télévision canadienne française et anglaise, comme animatrice mais aussi porte-parole de plusieurs marques et des supermarchés Steinberg. En 1975, elle publie un de ses plus grands succès, «La cuisine au micro-ondes», qui se transformera plus tard en encyclopédie, contribuant au succès de cet appareil alors révolutionnaire. Elle remporte le Prix David en 1968 et fut faite officier de l’Ordre du Canada en 1973. En 2012, Marguerite Paulin et Marie Desjardins signent un roman biographique sur sa vie, «À la découverte de Jehane Benoît».

34- de La Bolduc (rue Rivard) 567 m2

Ce tout petit parc stratégiquement situé sur Rachel rappelle une figure emblématique de la culture Québécoise. Irlandaise née en Gaspésie, Mary Travers (1894-1941) s’établit à Montréal où elle épouse Édouard Bolduc en 1914. En 1928, elle connaît un succès instantané lorsqu’elle accepte de chanter in extrémis à une soirée de variétés au Monument National. En quelques semaines, elle vend 10 000 copies du disque de sa chanson «La Cuisinière». Elle compose ses propres chansons, des turluteries, et s’accompagne elle-même au violon et à la musique à bouche. Lors de la pire crise économique de l’histoire, ses gigues racontant, souvent avec humour, le quotidien difficile de la classe ouvrière en fait une star: elle fera la tournée de tout l’est du continent pendant des années. On la considère comme la première véritable auteur-compositeur-interprète de la culture québécoise.

35- La Fontaine (entre Rachel et Sherbrooke, et du Parc Lafontaine et Papineau) 342 860 m2

Seul espace vert faisant partie du réseau des 19 grands parcs de Montréal situé sur le Plateau, le parc La Fontaine est un des plus illustres, avec les parcs du Mont-Royal et Jean-Drapeau. Nommé en l’honneur de Louis-Hippolyte Lafontaine, il est situé sur les terrains de l’ancienne ferme Logan de laquelle il porta le nom jusqu’en 1901. En 1845, le gouvernement fédéral achète une terre au nord de la rue Sherbrooke pour en faire un terrain de manoeuvres militaires. Les soldats britanniques s’y entraîneront pendant 40 ans, dormant en pleine nature! En 1874, la Ville de Montréal loue une partie des terrains pour en faire un parc, inauguré en 1874. En 1888, on y effectue des grands travaux. En 1890, on y bâtit une maison qui abritera le Surintendant des parcs de Montréal et sa famille pendant 60 ans. En 1900, la Ville y creuse les deux bassins actuels, y compris la cascade et le Pont des Amoureux (aujourd’hui disparu) qui le surplombe. En 1901, on donne au parc son nom actuel et, huit ans plus tard, Ottawa donnera les terrains à la Ville. En 1929, la compagnie Westinghouse commandite la fontaine lumineuse conçue par Léon Trépanier. De 1949 à 1953, on construit le chalet moderniste conçu par Donat Trépanier (aujourd’hui, L’Espace Lafontaine), qui sera inauguré en 1951 par le maire Camilien Houde. En 1956, le Théâtre de Verdure est inauguré, selon l’idée de Claude Robillard, directeur du Service des parcs. Ce théâtre a accueilli pratiquement tous les artistes québécois importants de la scène, y compris de grands orchestres, festivals et compagnies culturelles prestigieuses. Il fera bientôt l’objet de travaux importants dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal.

En 1957, un petit zoo urbain, le Jardin des Merveilles, est inauguré rue Rachel. Il sera démoli en 1989, non sans avoir inspiré de nombreux jeunes Montréalais avec ses pavillons inspirés de contes et de fables. Le Jardin fut rendu célèbres pour ses spectacles d’otaries. Dans les années 1980, l’administration du maire Jean Drapeau y fait passer le premier axe cyclable non-récréatif en site propre (et aujourd’hui le plus achalandé) de la Métropole, l’axe Nord-Sud, contribuant fortement à la culture cyclable actuelle de Montréal. En 1990, une allée monumentale relie la rue Rachel à l’étang, on y installe une place monumentale au bout de la rue Roy (belvédère Léo-Ayotte, v. plus loin) ainsi que les statues de Félix Leclerc et Charles de Gaulle.

Quant à Louis-Hippolyte Lafontaine (1807-1864), il fut l’instigateur, avec Robert Baldwin, du premier gouvernement responsable au Canada-Uni. En 1942, il devient premier ministre du Canada-Est, devenant ainsi le premier chef de gouvernement élu démocratiquement du monde colonial, tous empires confondus. À 34 ans, il est aussi le plus jeune premier ministre francophone de l’histoire. Son premier geste de désobéissance civile fut de prononcer un discours en français au parlement, le 13 septembre 1842, alors que c’était interdit par l’Acte d’Union (l’ancêtre de la constitution canadienne). À l’époque, les francophones représentaient 50% de la population canadienne. Lafontaine a son propre bronze dans le parc qui porte son nom. À lire: Cahier de promenade.

Le parc La Fontaine comprend des aires de jeux, de loisirs, d’exercice canin, des terrains de baseball, soccer, tennis,volleyball de plage, une pataugeoire et une patinoire. Il abrite aussi l’école le Plateau, où s’est longtemps produit l’Orchestre symphonique de Montréal, le centre culturel Calixa-Lavallée et la Direction de la Santé publique de Montréal, autrefois un pavillon de l’UQAM.

36- Lahaie (Boul. Saint-Laurent, entre Saint-Joseph et Laurier Est) 5314 m2

Le parc Lahaie, surtout connu pour ses arbres majestueux et sa localisation devant l’Église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End, fut baptisé en l’honneur du père Taraise-Thomas Lahaie (1815-1861), originaire de Dijon, curé-fondateur de la paroisse Saint-Enfant-Jésus. Le parc fut aménagé en 1875 sur un terrain cédé par la famille Beaubien. En 1934, en pleine dé.pression économique, on aménage le parc en deux sections, séparées en leur centre par une rue qui relie la Main et le parvis de l’église. La rue fut par la suite transformée en allée piétonne. En 2014, des travaux majeurs de rénovation se soldent par la transformation de la rue Saint-Dominique en voie piétonne, entre Laurier et Saint-Joseph.

37- Laos-Henri–Julien (rue du Laos, entre Henri-Julien et Saint-Denis) 300 m2

Cet espace vert est avant tout un parc écran masquant la voie ferrée du Canadien pacifique, au nord, ainsi qu’une extension est du Champ des possibles. Le parc et la rue du Laos rappellent la présence de nombreux ressortissants de ce pays asiatique voisin du Viet-Nam, du Cambodge et de la Thaïlande, qui est devenu une république socialiste après avoir aboli sa monarchie au coeur de que les historiens appellent la guerre du Viet-Nam, dans les années 1970. Les membres de la coopérative Santisouk («Le Bonheur») sont à l’origine de cette dénomination.

38- Laval (avenue Laval, entre des Pins et la rue du Square Saint-Louis) 313 m2

Ce minuscule espace vert rappelle la mémoire d’un personnage important de l’histoire de la Nouvelle-France: François de Montmorency-Laval (1623-1708). Éduqué chez les jésuites de France et ordonné prêtre le 1er mai 1647, il s’embarque pour la Nouvelle-France à La Rochelle, le 13 avril 1659. Louis IX le nomme évêque de Québec.

39- Léo-Ayotte (dans le parc La Fontaine) 121 m2

Il s’agit en fait d’un belvédère situé près de l’avenue du Parc-La Fontaine, face à la rue Roy qui rappelle la mémoire du peintre Léo Ayotte (1909-1976). Concierge à l’école des Beaux-Arts en 1928, il trouve sa vocation de peintre en 1935 en observant les étudiants et en récupérant la peinture des tubes abandonnés par les élèves de l’école. Plus tard, le directeur de l’école lui affirmera qu’il fut l’un de ses meilleurs élèves! Autodidacte, bohème il parcourt le Québec pour son art. Son atelier sera situé pendant 30 ans rue Saint-Christophe. Le belvédère comporte des ouevres, les fameuses chaises, de Michel Goulet, aussi installées à la Place Roy, dans les années 1990.

40- Léo-Pariseau (angle des Pins et du Parc) 

Ce petit espace vert à l’ombre du complexe La Cité fut réaménagé en même temps que la conversion de l’échangeur du Parc/des Pins en intersection de surface, en 2007, pour près de 7 millions de dollars. Le parc rappelle la mémoire d’un radiologiste qui a longtemps pratiqué et dirigé ce service à l’Hôtel-Dieu, le docteur Léo Pariseau (1882-1944), un des pionniers de cette discipline au Canada, qui a notamment ensigné à l’École polytechnique. Il fut radiologiste à l’hôpital de Saint-Cloud, durant la Première Guerre mondiale. Il fut le premier président de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS). On décerne un prix scientifique à son honneur depuis 1947. Pariseau est mort d’un cancer de l’intestin, tout comme le découvreur des rayons X, William Roentgen.

Avec le Répertoire historique des toponymes de Montréal et la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal.

Les autres textes de la série:

1 à 10, 25 septembre 2015

11 à 20, 2 octobre 2015

21 à 30, 9 octobre 2015

41 à 50, 23 octobre 2015

51 à 60, 30 octobre 2015

61 à 65, 6 novembre 2015

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