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Les 65 parcs du Plateau (5 de 7)

Culture, Environnement, Histoire
Lhasa de Sela
Lhasa de Sela (1972-2010), qui habitait sur le Plateau, a connu un succès mondial avec son album «La Llorona». (Photo: lhasadesela.com)

L’arrondissement du Plateau Mont-Royal compte 65 parcs et places publiques. D’où viennent leurs noms?

Le Plateau compte deux des parcs les plus célèbres et courus de la métropole: le parc Lafontaine, qui fait partie du réseau des grands parcs de Montréal, et le Carré Saint-Louis. L’arrondissement est bordé par un autre parc célèbre, celui du Mont-Royal, et son extension sur le territoire du Plateau, le parc Jeanne-Mance. Un autre espace vert vénérable se trouve sur son territoire: le parc Laurier. La place Roy et le Champ des possibles ont également atteint une grande notoriété ces dernières années.

Le Plateau a toujours eu le coeur politique à gauche et abrité de nombreux artistes. La toponymie de ses parcs reflète pleinement cette réalité. On vous révèle l’origine du nom de tous les parcs, en ordre alphabétique, en sept volets.

41- Lionais (angle de l’Hôtel-de-Ville et Lionnais, au nord de Rachel) 520 m2

Les arbres de ce petit espace vert mettent un peu d’ombre dans une rue qui en a grand besoin, dont le nom rappelle la famille Lionais, agents d’immeubles et architecte-arpenteur qui habitent dans le secteur à la fin des années 1860.

42- Lhasa De Sela (entre Saint-Urbain et Clark, au nord de la rue Bernard) 9000 m2

Baptisé en l’honneur de l’auteure-compositeur-interprète Lhasa de Sela (1972-2010), immigrée américaine de parents mexicains et russo-polonais, écrivans, photographes et professeurs. Elle sillonne les États-Unis et le Mexique avec ses parents pendant son enfance et commence à chanter du jazz à 13 ans dans un café grec de San Francisco. Déb ut des années 1990, elle débarque à Montréal pour visiter certains de ses neuf frères et soeurs qui étudient à l’école nationale de cirque. Elle s’installe pour de bon avec ses soeurs dans un petit quatre et demi, rue Clark, et travaille comme serveuse sur la Main, se produisant aussi sur scène le soir en chantant du jazz et des airs mexicains. Elle rencontre le chanteur et multi-instrumentiste Yves Desrosiers, avec qui elle fera son premier album en 1997, «La Llorona», qui connaîtra un succès mondial. Elle lancera deux disque, «The Living Road» et «Lhasa» avant de succomber à un cancer du sein, qu’elle a combattu pendant deux ans. Le parc, qui comprend des aires de jeux et des jeux d’eau, fait l’objet de travaux majeurs d’agrandissement, qui le fera s’étendre jusque sous le viaduc de la l’avenue Van Horne, comme nous l’écrivions en juin dernier.

43- place Louis-Francoeur (au centre de la rue Cherrier, entre Saint-Denis et Berri)

Cet îlot de voirieest en fait le terre-plein de la rue Cherrier, qui avait été élargie lors de la construction du métro et du viaduc Shebrooke/Berri, en 1966. Cette place rend hommage à Louis Francoeur (1895-1941), un des plus importants journalistes québécois. Ami de Claude-Henri Grignon, il sillonne l’Europe à 18 ans, fait prisonnier des Allemands en 1941. De retour au pays en 1919, il devient correspondant parlementaire pour le quotidien La Patrie. Il tente sa chance sans succès en politique, il revient au journalisme comme directeur des journaux L’Illustration et la Patrie à la fin des années 1930. Il est aussi animateur à la radio de Radio-Canada, jusqu’à sa mort. Il est surtout reconnu pour ses descriptions des différentes guerres de l’époque durant son émission «La Situation ce soir». Un accident de la circulation fauche cette grande vedette de l’information, dont les funérailles attireront 50 000 personnes. Son fils, Jacques Francoeur, sera aussi journaliste et propriétaire d’Unimédia (Le Soleil, le Quotidien, le Droit, hebdomadaires, imprimeries), qu’il a vendu Conrad Black.

44- Louis-Reitman (rue Saint-Dominique, juste au nord de Roy) 936 m2

Ce tout petit espace vert fut baptisé en l’honneur du fondateur des magasins Reitman’s, Louis Reitman (1900-1968), figure importante de la communauté juive de Montréal. Enfant, il immigre de Roumanie à New York avec ses parents, qui s’installent à Montréal alors qu’il n’a que 9 ans. Il devient rapidement commis du magasin général familial ouvert en 1912. Cinq ans plus tard, la famille ajoute des vêtements féminins à son inventaire, puis ouvre une boutique spécialisée en vêtements pour femmes, en 1926. C’est le début de l’empire Reitman, qui a longtemps eu ses bureaux et ses ateliers sur la Main, à quelques pas du petit parc. Aujourd’hui, Reitmans compte plus de 800 magasins sous les bannières Addition Elle, Penningtons, Reitmans, RW&CO., Smart Set et Thyme Maternité. Elle est cotée à la Bourse de Toronto sous le symbole RET.

45- Ludger-Duvernay (angle Saint-Hubert et Saint-Grégoire) 2619 m2

Cet espace vert est baptisé en l’honneur d’un personnage important de l’histoire du Québec, le Patriote Ludger Duvernay (1799-1852). Imprimeur, éditeur, fonctionnaire, journaliste, homme politique, il a publié de nombreux journaux d’opinion et a cofondé le premier grand quotidien francophone en Amérique, La Minerve, en 1826, avec Augustin-Norbert Morin. Ce journal appuyait ouvertement le Parti canadien de Louis-Joseph Papineau, qui fut interdit pendant la Rébellion de 1837. Le journal est relancé et reprend les thèses d’un gouvernement responsable, défendues par Duvernay. Il co-fonda la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal en 1834, siégea comme membre de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada en 1837, puis fuit au Vermont durant la Rébellion. Avant sa mort, il tournera le dos à Papineau pour appuyer Louis-Hippolyte Lafontaine. Un prix nationaliste de littérature porte son nom.

46- du Mile End (bibliothèque Mordecai-Richler, avenue du Parc, au sud de Faimount) 263 m2

Cette petite place publique ombragée dans la cour de l’ancienne église Church of the Ascencion, construite en 1910 et qui abrite désormais la bibliothèque Mordecai-Richler, anciennement du Mile-End, baptisée en l’honneur de l’écrivain québécois de renommée mondiale. La Commission de toponymie du Québec trouve l’origine du nom du Mile-End dans un champ de course de chevaux installé à la fin des années 1800 entre Saint-Joseph, Mentana, Mont-Royal et Berri. Entre cette attraction et la limite de la Ville de Montréal de l’époque, située autour de l’actuelle rue Bagg, il y a une distance exacte d’un mille. On donna le nom de «fin du Mille» au champ de course puis à la municipalité de Saint-Louis-du-Mile-End, fondée en 1878 et annexée à Montréal en 1909. L’histoire du quartier fur marquée par l’immigration, notamment juive, qui a laissé à Montréal de nombreux monuments culturels (Mordecai Richler, Leonard Cohen, Lhasa de Sela…), culinaires (bagels, smoked meat), commerciaux (Steinmbergs, Reitmans)

47- Napoléon (rue Coloniale, juste au nord de Napoléon) 202 m2

Certains souligneront l’ironie de souligner, par un minuscule espace vert, un des plus importants personnages de l’histoire. Le parc rappelle la rue Napoléon, tout près. Il n’en est rien. La Commission de toponymie de Montréal écrit: «En 1834, le notaire Jean-Marie Cadieux de Courville (1780-1827) fait lotir son domaine compris dans le quadrilatère des rues Sherbrooke, Mont-Royal, Coloniale et Hôtel-de-Ville. Plusieurs rues sont tracées auxquelles il donne les noms de sa femme et de ses enfants. En ce qui concerne la rue Napoléon, le notaire Cadieux a voulu conserver le souvenir de son petit-fils, Jean-Guillaume Napoléon, baptisé le 22 janvier 1833 et décédé le 12 septembre de la même année. Il est issu du mariage de J.-B. Chamilly Verneuil de Lorimier et de Christine-Rachel Cadieux.»

48- Pauline-Julien (rue Pauline-Julien, entre Gerry-Boulet et Robert-Gravel)

Cet espace vert masque la voie ferrée du Canadien Pacifique. Pauline Julien (1929-1998), chanteuse, auteure et comédienne, est un personnage central de l’histoire de la culture québécoise. Elle a beaucoup chanté les compositeurs québécois et a contribué à leur rayonnement en France. Militant féministe et indépendantiste, elle fut emprisonnée lors de la Crise d’Octobre 1970. Elle fut la compagne du poète et politicien Gérald Godin pendant plus de 30 ans. Elle a notamment joué dans les films «Bulldozer» de Pierre Harel et «La Mort d’un bûcheron» de Gilles Carle. Elle a habité le Plateau, rue Pontiac, pendant des décennies. Sa discographie comporte 26 albums et de nombreux succès et prix. Elle fut faite Chevalière de l’ordre national du Québec en 1997. En 1998, à 70 ans, elle s’enlève la vie car, atteinte d’aphasie, elle n’est plus capable de chanter. 

49- Pierre-Boucher (angle Gilford et Henri-Julien) 499 m2

Ce triangle de verdure honore Pierre Boucher (1921-1973), comédie, avocat et président de l’Union des artistes (UDA) de 1962 à 1966. Après une formation en théâtre en France, il s’établit à Montréal en 1952. Il se fera surtout connaître par ses rôles dans des émissions pour enfants comme «L’Île aux trésors» et «Radisson», ou des téléromans comme «Rue de l’Anse» ou «Rue des Pignons». Il a aussi été animateur à la radio et administrateur au CRTC. La Ville baptise ce parc en son honneur lors du 15e congrès de la Fédération internationale des acteurs, qui se tient à Montréal en 1992.

50- Place de la Roumanie (entre les rues Clark et Sewell, au nord de l’avenue des Pins)

Ce parc honore le 100e anniversaire de la présence de la communauté roumaine à Montréal et à sa participation au développement du Plateau. La Roumanie est le septième État le plus peuplé de l’Union européenne. Il regroupe d’anciens royaumes médiévaux, dont la Valachie, la Moldavie et la Transylvanie. La Roumanie est souvent désignée comme la version moderne de l’ancienne Dacie, le pays des Thraces conquis par les Rom ains en 106 après J.-C. Démocratie parlementaire pendant une vingtaine d’années jusqu’en 1938, la Roumanie bascule dans le totalitarisme fasciste puis soviétique après la guerre. À la fin du régime de Nicoae Ceausesçu, le pays redevient une démocratie. Il intègre l’Union européenne en 2007. Plus de 90% des 27 000 Roumains ayant immigré au Québec habitent Montréal (30% des Roumains canadiens).

Avec le Répertoire historique des toponymes de Montréal et la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal.

Les autres textes de la série:

1 à 10, 25 septembre 2015

11 à 20, 2 octobre 2015

21 à 30, 9 octobre 2015

31 à 40, 16 octobre 2015

51 à 60, 30 octobre 2015

61 à 65, 6 novembre 2015

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