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Les 65 parcs du Plateau (6 de 7)

Culture, Environnement, Histoire
Parc Laurier
Le parc Laurier est reconnue pour sa canopée majestueuses et ses nombreux érables. (Photo Stéphane Batigne, Wikipedia)

L’arrondissement du Plateau Mont-Royal compte 65 parcs et places publiques. D’où viennent leurs noms?

Le Plateau compte deux des parcs les plus célèbres et courus de la métropole: le parc Lafontaine, qui fait partie du réseau des grands parcs de Montréal, et le Carré Saint-Louis. L’arrondissement est bordé par un autre parc célèbre, celui du Mont-Royal, et son extension sur le territoire du Plateau, le parc Jeanne-Mance. Un autre espace vert vénérable se trouve sur son territoire: le parc Laurier. La place Roy et le Champ des possibles ont également atteint une grande notoriété ces dernières années.

Le Plateau a toujours eu le coeur politique à gauche et abrité de nombreux artistes. La toponymie de ses parcs reflète pleinement cette réalité. On vous révèle l’origine du nom de tous les parcs, en ordre alphabétique, en sept volets.

52- Place Roy (rue Roy, entre Saint-Christophe et Saint-André) 547 m2

En l’honneur de Marguerite Roy (1787-1857), épouse du notaire Jean-Marie Cadieux, dont la succession fait lotir la terre en donnant le nom des membres de sa famille aux rues et aux parcs, comme les rues Rachel et Marie-Anne. À la fin des années 1980, Montréal innove en lançant son premier concours d’art public afin d’aménager une place sur le thème de l’eau, pour rappeler que le site abritait autrefois un abreuvoir pour les chevaux.Le sculpteur Michel Goulet livre une table-fontaine mappe-monde et ses fameuses chaises, qui sont aussi installées au belvédère Léo-Ayotte, dans le parc La Fontaine, à l’extrémité de la rue Roy.

53- Portugal (Saint-Laurent, Marie-Anne, Saint-Dominique, Vallières) 1278 m2

Cette place publique rappelle l’importante communauté portuguaise dans le quartier, depuis le début des années 1950. Environ 40 000 Québécois sont d’origine portugaise. Le Portugal est un pays du Sud de l’Europe fondé au XIIe siècle, après la conquête arabo-musulmane, en 711 après J.-C. En trois siècles, le royaume devient une des principales puissances d’Europe grâce à sa flotte. Ses explorateurs, dont les célèbres Henri, Corte-Real, Vasco de Gamma, Amerigo Vespucci, Barcelos, Fernandes Lavrador, accumulent les «découvertes», dont Terre-Neuve et le Labrador, bien avant Jacques Cartier. Le Portugal se construit un empire en Amérique latine, en Afrique et en Asie jusqu’en 1910, où la monarchie est remplacée par une république. De 1926 à 1974, le pays connaît la dictature et perd la plupart de ses colonies. Il est membre de l’Union Européenne depuis 1986 et de la zone euro depuis 1999.

54- Rivard–Gilford (angle Gilford et Rivard)

Cet îlot de voirie, situé en face de l’édicule sud du métro Laurier, se rapporte à la rue Gilford, qui est une déformation de «Guibord», une erreur de transcription des plans de Montréal préparés par Henry W. Hopkins en 1879. Ce nom rappelle Joseph Guibord (1804-1869), imprimeur de Montréal et membre de l’Institut canadien. Son enterrement suscita un procès célèbre qui établit une bonne part de la jurisprudence régissant les relations entre l’Église et l’État. Quant à la rue Rivard, elle rappelle Sévère Rivard (1834-1888), qui fut maire de Montréal de 1879 à 1881. Avocat, il a fait fortune grâce à la spéculation foncière, le tissage de la laine et la fabrication d’orgues. On lui doit les grands travaux du parc du Mont-Royal et la construction de l’hôtel de ville de Montréal.

55- Saint-Denis–Villeneuve (angle Saint-Denis, Villeuve et Gilfod)

Cette petite place publique est située à l’intersection des rues Saint-Denis, Villeneuve et Gilford (v. plus haut). La rue Villeuve rappelle Léonidas Villeneuve (1849-1913), qui s’installe à Montréal et ouvre un petit commerce de bois de construction sur le Plateau, à l’âge de… 12 ans! Il fera fortune et sera maire de la ville de Saint-Louis pendant trois mandats. L. Villeneuve Limitée est aujourd’hui située dans Rosemont—Petite-Patrie, en bordure du chemin de fer du Canadien Pacifique, angle Saint-Laurent, à la limite nord du Mile-End. La rue Saint-Denis rappelle Denis Viger (1741-1805), charpentier, homme d’affaires et politicien du Bas-Canada. Son neveu, Jacques Viger, fut le premier maire de Montréal.

56- Square Saint-Louis (rues Laval, Saint-Denis et Square-Saint-Louis) 13 099 m2

L’origine du nom d’un des espaces verts les plus célèbres de Montréal, le Square Saint-Louis, ne fait pas l’unanimité. Vient-il du Faubourg Saint-Louis, du Coteau Saint-Louis, de la famille Saint-Louis, des entrepreneurs ayant plusieurs terrains dans le secteur et habitant directement sur le square, de la paroisse de Saint-Louis-de-France, fondée en 1888, consacrée au roi Louis de France? En 1848, Montréal achète un terrain à cet endroit d’Alexandre Maurice Delisle du coteau Barron (ou Baron), pour y aménager un réservoir d’eau. L’acte de vente prévoit que, de chaque côté du réservoir, soient aménagées des rues résidentielles aux bâtiments de pierre. En 1879, l’ouverture du réservoir McTavish rend celui de Saint-Louis désuet. On y aménage donc un parc. En 1880, de grands travaux nivellent le terrain. On y construit le bassin, la fontaine et les sentiers actuels. L’élite de la bourgeoisie canadienne-française s’installe dans ses demeures prestigieuses, de style victorien.

Dans les années 1960, la bourgeoisie francophone se déplace  à Outremont. De nombreux artistes prennent la relève, dont Gérald Godin, Pauline Julien, Michel Tremblay, Gaston Miron, Gilles Carle, Francis Mankiewicz, Claude Jutra (dont la maison est aujourd’hui le siège de l’Union des artistes) et André Gagnon. Fraîchement débarqué d’Haïti, Danny Laferrière écrit sont premier roman «Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer» dans une chambre miteuse du 3670, Saint-Denis, à quelques pas du carré, où il met en scène plusieurs passages de son roman. Le célèbre poète Émile Nelligan a aussi vécu au Suqare Saint-Louis, qui abrite d’ailleurs un buste à son effigie. Le peinte Jean-Paul Lemieux a immortalisé le poète dans le square.

Dans les années 1980, le square dépérit. De nombreuses personnes ayant des problèmes de santé mentale le fréquentent, ainsi que des prostituées. La Ville multipliera les interventions policières et changera le sens des rues pour venir à bout du commerce du sexe. Au début des années 2000, les vespasiennes, condamnées depuis plusieurs décennies, sont converties en kiosque à crème glacée puis en bistro. L’an dernier et cette année, l’arrondissement procède à plusieurs travaux d’embellissement, notamment pour protéger les pelouses.

57- Saint-Michel (angle Laurier Est et Saint-Dominique) 6007 m2

Ce parc doit son nom au quartier Saint-Michel (à ne pas confondre avec l’ancienne Ville de Saint-Michel, qui fait aujourd’hui partie de l’arrondissement de Villeray—Saint-Michel—Parc-Extension). Il comprend des aires de jeu, des jeux d’eau, un terrain de soccer et une patinoire.

58- Saint-Pierre-Claver (rue Fullum, entre Saint-Joseph et Gilford) 8411 m2

Le nom de ce parc origine de la paroisse où il est situé. Il comprend une aire de jeux et des jeux d’eau. Cette paroisse est fondée par les pères Jésuites en l’honneur du Jésuite Saint-Pierre-Claver (1580-1654). Son église, de style néo-renaissance d’inspiration italienne, est achevée en 1917. En 1937, on y installe un orgue Casavant.

59- Sir-Wilfrid-Laurier (Laurier est, Saint-Grégoire, Mentana, Brébeuf)

Vaste espace vert emblématique du Plateau, le parc Laurier fut baptisé en 1925 en l’honneur de Sir Wilfrid Laurier (1841-1919), avocat et homme d’État, septième premier ministre (et premier francophone à occuper cette fonction) du Canada de 1896 à 1911. Laurier fut aussi membre du Conseil privé impérial en 1897. Avocat diplômé de McGill, il est considéré comme un des plus grands hommes d’État de l’histoire du Canada. On lui doit le principe des deux peuples fondateurs et deux cultures, unies dans le développement du pays. Mais la réalité viendra souvent ternir cette vision lorsque Laurier est au pouvoir, notamment autour de la question des écoles françaises que l’on refuse aux Francophones du Manitoba. Laurier doit aussi manoeuvrer entre les Canadiens Anglais et Français durant la guerre des Boers, en Afrique du Sud, en 1899. Les premier veulent ardemment combattre pour la Mère-Patrie britannique. Les seconds s’y refusent tout net, comme l’explique avec éloquence un certain Henri Bourassa. Fait moins connu, Laurier présidera à l’entrée de l’Alberta et de la Saskatchewan dans la confédération canadienne (elle faisaient autrefois partie des territoires du Nord-Ouest). 

Alors que laurier est au pouvoir, le Canada connaît une prospérité incroyable, moussée par la révolution industrielle. Sa position libre-échangiste avec les États-Unis, la «réciprocité», mécontente les élites pro-britanniques. Si Laurier est défait par le conservateur MacKenzie King en 1911, il est devenu un héros chez les Francophones car il s’oppose à la conscription obligatoire durant la Première guerre mondiale, ce qui lui vaut d’être rejeté par les Anglophones. Marqué par la réalité des eux solitudes, laurier fut un conservateur social, refusant le droit de vote aux femmes, la bilinguisation de la monnaie et les premiers programmes d’assurance sociale. Laurier n’eût pas de descendance mais il vécut une union passionnée avec sa femme, Émilie Barthe. Laurier est représenté sur les billets canadiens de 5$. La rue Laurier fut nommée en son honneur en 1899. Des statues de lui furent érigées devant le Parlement d’Ottawa et dans le carré Dorchester.

Le parc Laurier abrite une statue de la reine Isabelle la Catholique d’Espagne, monument donné à Montréal par l’Institut de culture hispanique de Madrid, à l’occasion du 467e anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb et qui fut dévoilé le 12 octobre 1959 par le maire de Montréal. Il abrite aussi une aire de jeux, d’exercice canin, des terrains de baseball, de volleyball et de soccer, une pataugeoire, une patinoire et une piscine. Le parc Laurier est desservi par les connexions wi-fi d’Île-sans-fil. Il fut longtemps traversé par le premier axe cyclable hors-rue confirmant la bicyclette comme moyen de transport, l’axe Nord-Sud, mais son déplacement récent sur les rues Saint-Grégoire et Brébeuf attire de nombreuses critiques des usagers.

En 2012, des travaux de 5,6 millions menés par l’administration du maire Luc Ferrandez se sont traduit par l’enlèvement de la circulation automobile et du stationnement devant le Chalet du parc Laurier. Plusieurs citoyens se sont réjoui de cette mesure controversée, qui affecte notamment les personnes âgées qui fréquentent le chalet. Au coeur de la controverse, le maire s’est excusé publiquement auprès de cette clientèle.

Avec le Répertoire historique des toponymes de Montréal et la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal.

Les autres textes de la série:

1 à 10, 25 septembre 2015

11 à 20, 2 octobre 2015

21 à 30, 9 octobre 2015

31 à 40, 16 octobre 2015

41 à 50, 23 octobre 2015

61 à 65, 6 novembre 2015

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