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Dans les méandres du Mile End

Culture, Vie de quartier
Les artistes Vincent Brière et Sara Marchand ont créé le projet artistique Méandres pour encourager les citoyens à se réapproprier l’espace public de façon symbolique (photo : Claudia Vachon)

Résultat d’un mois de résidence de création sur un terrain vacant du Mile End, un duo d’artistes a dévoilé vendredi dernier le projet Méandres, une installation avec laquelle les citoyens sont invités à interagir.

« Dès le départ, on voulait travailler sur l’interaction des gens dans les espaces publics, mais surtout sur la façon dont les citoyens se les réapproprient », explique Sara Marchand.

Avec son collègue Vincent Brière, elle a passé plus d’une soixantaine d’heures sur une friche vacante située au coin de la rue Bernard Est et de l’avenue de Gaspé, en bordure de la voie ferrée. Rapidement, les deux artistes ont orienté leur réflexion sur l’influence de la clôture entourant les rails et la mobilité des citoyens entre le Mile End et la Petite-Patrie.

« En se baladant le long du chemin de fer, on a remarqué plusieurs ouvertures pratiquées dans la clôture et on a vite compris que beaucoup de citoyens traversent les rails tous les jours, commente Vincent Brière. Le Canadian Pacific s’empresse de bloquer toutes les ouvertures, mais elles réapparaissent généralement dans les jours suivants ».

L’installation consiste donc en une grande carte en bois sur laquelle les deux artistes ont symbolisé toutes les brèches entre les rues Hutchison et Saint-Denis. Les visiteurs sont invités à couper des fils de fer et à les tendre dans le sol à l’aide d’un piquet.

« Ce que l’on propose aux gens, c’est de se réapproprier l’espace public, mais de façon symbolique cette fois-ci », insiste Sarah Marchand.

L’un des visiteurs présents lors du dévoilement de l’installation s’est d’ailleurs empressé de couper l’un des fils de fer et à l’étirer au maximum en le plantant au sol. « Pour représenter la relation tendue avec le Canadian Pacific », a-t-il plaisanté.

Tensions avec le Canadian Pacific

Des centaines de piétons et cyclistes bravent quotidiennement l’interdiction imposée par l’entreprise ferroviaire et traversent les rails qui séparent les deux quartiers, au risque de recevoir une contravention de 146$.

« Pendant notre résidence, on a même discuté avec un citoyen qui a reçu une amende pour avoir ébruité la présence des inspecteurs », se rappelle Sara Marchand.

En réponse à l’attitude rébarbative de l’entreprise, qui refuse de collaborer pour la mise en place de passages à niveau, une page Facebook a été créée pour que les Montréalais puissent échanger des informations sur les lieux de passage à travers la voie ferrée entre le Mile End et le quartier au nord.

« Les gens qui circulent à pied ou à vélo préfèrent passer par-dessus la voie ferrée plutôt que de risquer de se faire happer par une voiture sous un viaduc, indique l’artiste. Depuis 40 ans, il y a 12 personnes qui sont décédées sous les viaducs [de l’avenue du Parc et de la rue Saint-Denis] alors que pour la même période, le nombre de personnes mortes ou blessées sur la voie ferrée, c’est zéro ».

Les terrains vacants comme lieux de créations

 Pour le projet Méandres, le duo d’artistes a collaboré avec Conscience Urbaine, un organisme qui travaille sur les questions d’aménagement urbain sécuritaire. L’an dernier, l’organisme a lancé le programme Espace libre pour la culture pour transformer les terrains vacants en laboratoires de création pour les artistes.

« L’idée, c’est d’habiter autrement les espaces vacants qui sont souvent convoités par un groupe communautaire ou par la Ville », précise Fanie St-Michel, directrice générale de l’organisme.

Elle raconte d’ailleurs qu’en raison d’un problème de communication entre les employés de la ville, un bulldozer est venu chambouler le lieu de travail des deux artistes à quelques jours du dévoilement.

« La ville a entamé des travaux pour que le terrain puisse accueillir une patinoire cet hiver, mais personne n’était au courant, rapporte la directrice, incrédule. Comme le dit si bien ma collègue Mistaya [Hemingway], ce qui est motivant, c’est de voir qu’un terrain vacant n’est jamais réellement vacant ».


L’exposition du projet Méandres se poursuit jusqu’au 4 novembre, faites vite! 

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