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Fermeture des Bobards : la communauté artistique réagit

Culture, Vie de quartier
Les Bobards a fermé ses portes définitivement le 17 octobre dernier, au grand dam des artistes de la scène musicale montréalaise (photo : Claudia Vachon)

La fermeture brusque des Bobards, une institution étiquetée musiques du monde sur le boulevard Saint-Laurent depuis 26 ans, a ébranlé la communauté artistique.

« Les Bobards ne devrait pas être fermé, sinon c’est la mort de la musique du monde au Québec », lance d’entrée de jeu Wesli Louissaint, un musicien montréalais d’origine haïtienne.

Arrivé au Québec en 2001, le guitariste et chanteur s’est aussitôt retrouvé sur la scène des Bobards, où il a joué au moins une fois par mois pendant une dizaine d’années, avant de trimbaler sa guitare aux quatre coins du monde.

« Les Bobards a été un tremplin pour ma carrière, c’est là que j’ai commencé et que tous les festivals m’ont découvert, explique celui dont le talent a aussi été salué avec une nomination au gala de l’ADISQ en 2012. C’est dans ce bar que tout le monde venait pour découvrir de nouveaux talents ».

Au-delà des Bobards qui a définitivement mis la clé sous la porte le 17 octobre dernier, le musicien se désole que les bars de la métropole soient de moins en moins nombreux à offrir une vitrine aux artistes de la scène de la musique du monde.

« Pour la plupart, ces musiciens sont des nouveaux arrivants qui n’ont pas nécessairement les moyens financiers pour jouer dans les grandes salles, dénonce-t-il. Ils s’en remettent aux petites salles comme les Bobards pour se faire connaître du public ».

Les années fastes

Lorsque Matthieu Van Vliet a commencé à faire de la musique de manière professionnelle vers la fin des années 1990, le paysage musical de la métropole était complètement différent de celui d’aujourd’hui.

« Il y avait au moins une vingtaine de bars qui accueillaient des musiciens tous les soirs de la semaine, mais malheureusement, la plupart d’entre eux ont fermé leurs portes ou changé de vocation depuis, raconte-t-il. Les Bobards, c’était l’un des survivants de cette époque ».

Le tromboniste se remémore ses débuts devant le public des Bobards, il y a 15 ans, alors qu’il était encore étudiant au cégep. En 2003, lui et d’autres musiciens ont formé le groupe Papagroove, dont le premier album a été financé en partie avec l’argent récolté lors de leurs spectacles dans le bar du boulevard Saint-Laurent.

« Je n’aurais probablement pas été en mesure d’avoir la carrière que j’ai aujourd’hui si je n’avais pas eu l’occasion de jouer autant sur la scène des Bobards pendant une période de ma vie », avoue celui qui travaille aujourd’hui aux côtés de Gregory Charles et apparaît régulièrement à l’émission télévisée Belle et Bum.

Matthieu Van Vliet admet aussi qu’il a certainement appris autant sur la scène des Bobards que sur les bancs de l’université, où il a obtenu son baccalauréat en musique jazz en 2006.

« C’est une école qui est perdue pour tous les musiciens », insiste-t-il.

L’arbre qui cache la forêt

La nouvelle de la disparition des Bobards s’est rapidement ébruitée sur les réseaux sociaux. Sur la page Facebook du bar, l’équipe du Divan Orange, dont l’existence a aussi été menacée plus tôt cette année, a pointé du doigt l’inaction du Ministère de la Culture.

« C’est toujours une dure épreuve lorsqu’une institution ferme ses portes. Même si nous le savons déjà, cela nous rappelle combien nos entreprises culturelles sont fragiles et si peu reconnues par le Ministère de la Culture. Quand aurons-nous droit à un réel statut et bénéficierons-nous enfin d’un programme d’aide aux améliorations locatives ou au fonctionnement? Cela représenterait si peu dans les budgets de la culture et assurerait enfin la pérennité de nos entreprises culturelles », peut-on lire.

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