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Chroniques félines du Plateau Mont-Royal (1/4)

Environnement, Vie de quartier
Chats euthanasiés
Chats euthanasiés. Montréal et le Plateau souffrent d’une surpopulation féline. (Source: grifelins.com)

Sur l’île de Montréal, il y a des dizaines de milliers de chats qui n’ont pas de propriétaire, qui errent dans les rues et ruelles, en poursuivant leur vie difficile d’animal domestique sans foyer. Premier blogue de la conseillère Christine Gosselin sur Pamplemousse.ca.

L’organisme Spay USA soumet qu’une chatte reproductive ayant deux portées par année, avec un taux de survie de 2,8 chats par portée, devient au bout de 3 ans la matriarche de 376 chats. Au bout de 7 ans, le chiffre des descendants potentiels se situerait à 370 092. Ces chiffres indiquent l’envergure du défi auquel les municipalités font face pour venir à bout du problème causé par l’inconscience de ceux qui se convainquent que leurs animaux se débrouilleront, une fois abandonnés « dans la nature ».

Quiconque a un chat sait qu’il reste en ces bêtes quelque chose de sauvage, de libre et d’indomptable. Mais les membres de l’espèce felis silvestris catus, domestiqués il y a une dizaine de milliers d’années, sont des animaux qui dépendent de la nourriture offerte par les humains pour survivre. De plus, les chats ne sont pas bien adaptés à notre climat. L’hiver durant, les chats féraux recherchent la chaleur et un refuge contre les intempéries.

À Montréal, plusieurs arrondissements ont des contrats avec le Berger Blanc, un fournisseur privé en « contrôle animalier » dont les pratiques avaient fait les manchettes en 2011 (Radio-Canada, Enquête, reportage du 21 avril 2011). Cette entreprise privée pratique la capture et l’euthanasie des chats que personne ne réclame. Les expériences montrent que cette méthode ne peut jamais venir à bout du problème : il est impossible pour le Berger Blanc de capturer tous les chats errants, et ceux qui échappent à la capture arrivent vite à renflouer le nombre des colonies. On peut plutôt affirmer que cette méthode de réduction des nombres fait en sorte qu’il y ait toujours de nouveaux chats à euthanasier.

Suite au scandale du Berger Blanc, la Ville de Montréal a pris l’engagement de mettre sur pied sa propre fourrière animale, projet qui semble pour l’instant disparu des radars. Or, les exemples de lutte à la surpopulation féline ailleurs sur le continent démontrent que la stabilisation et la réduction des colonies de chats errants ne doivent pas passer par l’euthanasie en boucle, mais bien par la mise en œuvre d’un programme d’intervention basé sur un ensemble de pratiques connues sous l’appellation « capture-stérilisation-relâche-maintien », ou CSRM.

Cette méthode a fait ses preuves. Le principe de retour à l’habitat d’origine après la stérilisation par un vétérinaire est simple et efficace. Un chat stérilisé retourné à son habitat d’origine occupe une niche alimentaire qui empêche un chat fertile de s’accaparer cette même place et de contribuer à la croissance de la colonie. Un chat stérilisé équivaut donc à beaucoup de chats en moins et c’est en faisant stériliser tous les membres d’une colonie que le problème de surpopulation féline à Montréal est pris en charge de manière efficace et durable.  Composée de chats stérilisés, une colonie évolue vers le nombre zéro tout en rivalisant avec de potentiels nouveaux arrivants, les privant ainsi d’un foyer de reproduction.

Bien entendu, tant et aussi longtemps que des résidents ne feront pas stériliser leurs animaux ou qu’ils les abandonneront, le problème demeurera entier et il y aura d’autres captures et stérilisations à faire. La méthode CSRM prend acte de la responsabilité qu’ont les humains envers un animal qu’ils ont domestiqué et renverse l’attitude qui conçoit le chat en tant que caprice du moment dont on peut ensuite disposer.  La souscription municipale à ce programme envoie le signal que la déresponsabilisation des maîtres est un enjeu collectif et qu’une grande conscientisation générale reste à faire.

Pour l’instant, le CSRM n’est offerte que par la SPCA et n’est disponible que sur le territoire des arrondissements partenaires, comme le Plateau-Mont-Royal. Le contrat annuel reconduit pour l’année 2016 est de 83,000$, somme qui inclut les frais du programme CSRM. À titre comparatif, l’arrondissement de Rosemont-La-Petite-Patrie, qui depuis septembre 2015, jouit d’un partenariat avec la SPCA, avait déboursé 123,000$ en 2014 pour son contrat d’un an avec le Berger Blanc. Les stérilisations qui se font dans le cadre du programme CSRM sont donc payées par les arrondissements partenaires, à hauteur d’environ 10,000$ par année pour les frais vétérinaires.

Cependant, il faut préciser que le gros du travail de capture, relâche et maintien des chats errants est assuré par des bénévoles, qui sont souvent organisés en réseaux informels d’entraide et de soutien. Ces bénévoles agissent souvent dans l’ombre, sans aide, pour le bien-être des animaux dont elles se soucient. Leurs actions méritent une meilleure reconnaissance parce qu’elles s’inscrivent dans une forme de communautarisme qui contribue grandement à la qualité des milieux de vie où elles interviennent. Je vous en parlerai dans les prochains billets.

Les opinions émises dans les blogues sont celles de leurs auteurs et non celles de Pamplemousse.ca.
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