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Chroniques félines du Plateau Mont-Royal : bénévoles et contrôle de la surpopulation (2/4)

Environnement, Vie de quartier
Chaton
Entre les bénévoles s’installe une complicité admirable, une solidarité qui franchit les âges, les classes sociales et les frontières linguistiques. (Photo: SPA Florida)

Le Plateau Mont-Royal est aux prises avec une surpopulation féline alarmante. La conseillère Christine Gosselin présente le deuxième volet d’une série de quatre textes.

Les arrondissements comme le Plateau-Mont-Royal qui ont la SPCA comme fournisseur peuvent, moyennant une contribution financière qui s’ajoute à l’entente de base, participer à un programme de contrôle de la surpopulation féline.  Ainsi, l’administration municipale contracte les services des vétérinaires de la SPCA qui stérilisent ces chats qui n’appartiennent à personne et qui, sans intervention chirurgicale, ont le potentiel de se multiplier sans fin (voir premier billet). Les experts de la question s’accordent pour dire que la relâche d’un animal stérilisé dans son habitat est une méthode efficace d’agir sur le problème à la base.

Mais pour que les chats à stériliser se retrouvent sur la table d’opération et en voie de devenir une solution à la surpopulation féline plutôt qu’un jalon qui la perpétue, ils doivent être capturés. Ni la municipalité, ni la SPCA ne possèdent les effectifs pour accomplir cette tâche, pas plus que les moyens d’offrir une période de convalescence aux animaux fraichement opérés. La séquestration dans une cage de capture, le transfert à la SPCA, la courte période de rétablissement, ainsi que l’approvisionnement en nourriture et en eau : tout cela dépend de personnes qui offrent généreusement de leur temps et de leur ressources monétaires contre un problème qui est pourtant de responsabilité collective.

La tâche endossée est énorme. L’objectif consiste à stériliser tous les membres d’une colonie, de façon à mettre fin pour de bon à sa croissance. Une colonie peut comprendre une vingtaine, une trentaine, voire une quarantaine d’individus, en plus d’un nombre variable de chatons, que les intervenants confieront à la SPCA pour qu’ils soient mis en adoption. Cependant, seuls les chatons assez jeunes pour être ‘socialisés’ seront offerts, sinon ils ne pourront jamais former un attachement à un humain.

Comme vous pouvez vous l’imaginer, il n’est pas si facile de capturer les chats sans foyer. Ils sont méfiants et furtifs, et il est nécessaire de les attirer dans une cage construite exprès pour l’exercice. La capture se déroule généralement le soir, quand les chats sont plus actifs et les bénévoles, disponibles. Les captifs sont attendus à la SPCA au petit matin, alors en général, ils doivent passer la nuit chez la personne qui assurera le transport. Au retour, les patients auront besoin d’un temps de récupération, surtout les femelles pour qui la chirurgie est plus invasive, afin de prévenir les infections ou les ruptures de suture. Tout cela demande beaucoup de patience et d’ingénuité, de l’équipement, un véhicule, un garage ou une pièce libre, et surtout un don de temps et de soi. Ces interventions peuvent s’avérer joyeuses ou tristes, mais l’émotion est inévitablement au rendez-vous

L’engagement pour mettre fin aux capacités reproductives d’une colonie entière doit être soutenu sur plusieurs jours, sur des semaines ou même des mois, si la colonie est importante. Et c’est une course contre la montre, car les chatons trop vieux pour être mis en adoption frôlent l’âge reproductif.

De plus, les personnes qui se chargent de la capture et de la relâche des chats le font dans des secteurs parfois éloignés de leurs propres lieux de résidence, où elles sont sans doute déjà intervenues. Parfois même, elles interviennent dans des quartiers où l’arrondissement a une entente avec le Berger Blanc, sans programme de CSRM, et dans ces cas elles font stériliser les chats à leur frais, chez des vétérinaires privés qui opèrent, parfois, à des taux réduits.

Il est périlleux de généraliser, mais de ces interventions sur le terrain se dégagent certaines constantes. En gros, le problème de surpopulation féline est significatif dans les secteurs de la ville où la population est moins nantie, peut-être aussi moins éduquée. Il se peut également que la densité et la petite dimension des logements dans ces secteurs accueillent une population plus jeune, parfois inconsciente des conséquences de la reproduction féline ou de l’abandon des animaux de compagnie. Chose certaine, le problème de l’abandon connait une recrudescence à chaque période de déménagement et les secteurs qui ont un plus grand roulement de résidents sont plus affectés.

Quoi qu’il en soit, dans chaque voisinage où se trouve une colonie, il y a des personnes qui ressentent un devoir de nourrir les chats et de leur fournir des abris durant les périodes froides. Pour beaucoup d’entre elles, bien qu’elles se préoccupent du problème de surpopulation, la présence de chats errants dans les ruelles, sur les parterres et les balcons, est un fait urbain incontournable avec lequel il faut composer avec générosité et empathie. Elles nourrissent donc, à leurs frais, les chats abandonnés de leur quartier, qu’ils soient stérilisés ou non. Et c’est avec ces femmes soucieuses des chats de leur entourage que les intervenantes bien organisées et équipées qui assurent le lien avec le programme CSRM de la SPCA font alliance. Entre elles s’installe une complicité admirable, une solidarité qui franchit les âges, les classes sociales et les frontières linguistiques. Je vous ferai état de cette collaboration solidaire dans les prochains billets.

Les opinions émises dans les blogues sont celles de leurs auteurs et non celles de Pamplemousse.ca.
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