Publicité

L’architecture du boulevard Saint-Joseph

Histoire
le boulevard Saint-Joseph en 1937
Le boulevard Saint-Joseph en 1937. (Source : Archives de la Ville de Montréal)

Cette semaine, on parle architecture et patrimoine. 

La photo présentant cette chronique nous montre de belles façades du boulevard Saint-Joseph près de la rue Rivard.  On regarde l’alignement nord, vers l’est, et nous sommes en 1937, quelques années à peine après leur construction.

Parce qu’il traverse d’ouest en est plusieurs municipalités, ce boulevard s’est développé en plusieurs sections et sur une assez longue période de temps.  La section illustrée ici, à l’est de Saint-Denis, s’est principalement développée dans les années 1920-1930.  Son développement d’ensemble fait en sorte qu’on y retrouve conséquemment une expression architecturale relativement homogène et avec un vocabulaire qui lui est propre.

La conception et l’aménagement de cette section du boulevard s’inspire du mouvement « city beautiful » alors en vogue en Amérique.  Dans sa partie plus à l’ouest (ouest d’Henri-Julien) on se retrouve dans Ville Saint-Louis, qui a aménagé le boulevard avec un large terre-plein planté d’arbres.  Plus tard, quand Montréal procède aux divers prolongements du boulevard, il conserve le large terre-plein, mais celui-ci est gazonné et seulement planté d’arbustes.  Il n’en a pas moins fière allure.  Les dimensions de la voie et la qualité de son aménagement font en sorte qu’on la destine à un statut plus « huppé », où l’on souhaite attirer une clientèle bourgeoise et  professionnelle.  On produit donc une belle architecture; qui deviendra typique du boulevard Saint-Joseph.

boul. Saint-Joseph en hiver

Le même alignement que sur la photo de 1937 nous montre les changements qui ont eu cours sur les façades. (Photo: Gabriel Deschambault)

Mais en quoi consiste cette belle architecture?  Sans entrer dans les détails, la photo de 1937 nous montre ce qui caractérise principalement ces constructions.  On note tout d’abord le travail de maçonnerie.  On n’utilise plus la brique d’argile rouge traditionnelle comme on la retrouve sur les constructions ouvrières des premières phases de développement du quartier.  La vague précédent de construction a fait belle place à l’utilisation de la fameuse pierre grise ce Montréal, mais cette dernière devenant plus rare et surtout plus onéreuse à utiliser, les constructeurs reviennent alors à la brique d’argile.  Mais cette fois, elle est de bien meilleure qualité, ses coloris sont plus élaborés et elle offre des textures « travaillées ».

Autre évolution importante, la brique est maintenant mise en place avec des joints creux.  Cette méthode confère un caractère particulier à la façade car celle-ci présente maintenant une texture plus perceptible, qui accroche mieux la lumière et qui donne du relief à la façade.

On voit aussi l’utilisation d’un nouvel élément de maçonnerie dans la composition architecturale.  Ce sont les éléments préfabriqués de pierre artificielle qui viennent agrémenter l’ensemble, par leurs formes et surtout leurs coloris contrastant.

C’est ensuite au tour des boiseries plus ouvragées d’apporter leur participation à cette qualité d’ensemble.  Sur la photo de 1937 vous pouvez voir que chaque balcon est doté de colonnettes de bois composant les balustrades et que les fenêtres à guillotine sont toutes ornées dans leur partie supérieure par de magnifiques vitraux.  La présence de généreux auvents vient compléter le coup d’oeil de ces façades qui se veulent  « chic ».  C’est l’heure de gloire du boulevard Saint-Joseph.  Nous sommes ici dans la partie très bourgeoise du Plateau Mont-Royal.

Aujourd’hui, de nombreux vitraux sont disparus et les colonnettes de bois sont également disparues.  L’ensemble conserve malgré tout une certaine allure mais on a quand même perdu un petit quelque chose.  Les petits détails qui faisaient la différence sont disparus.

C’est pourquoi l’administration de l’arrondissement vient de publier une série de quatre dépliants présentant les mérites du patrimoine architectural de notre  quartier et de l’importance de le préserver.  Celui sur la maçonnerie nous parle de ces aspects et je vous laisse sur une photographie qui en elle-même vaut mille mots.  Il est temps que l’administration se préoccupe de ces travaux sauvages qui défigurent notre paysage architectural.

St-Joseph C

Exemple éloquent où un ouvrier incompétent vient remplir les joints creux d’un très bel appareillage de brique et qui lui fait perdre toute sa beauté. On constate sur cette photographie comment un appareillage à joints creux permet d’accrocher la lumière et donner texture et profondeur à un revêtement de brique. (Photo: Gabriel Deschambault)

Visitez la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal :

Vos commentaires
loading...