Publicité

Bourreau à Sorel, amis des gais sur le Plateau: Entrevue avec Pierre-Marc Drouin pour Les Laissés pour Contes

Culture
Blogueur et romancier (Si la tendance se maintient et Mile End Stories chez Québec Amérique), Pierre-Marc Drouin est scénariste pour la télévision et le cinéma (la websérie Thomas est nerveux et les courts-métrages Premiers soins et Une Formalité). Son texte Rose Nanane est sa seconde collaboration avec Les Laissés pour Contes. (photo: Josée Lecompte)

Inspirée par la formule des contes urbains, la 4e édition du spectacle Les Laissés pour Contes débute ce mercredi au théâtre La Chapelle. Réunie sous le thème de l’ignorance, l’édition 2016 présente sur scène les textes à caractère social de six auteurs établis et de la relève. 

Dans son texte, l’auteur Pierre-Marc Drouin brasse la cage à l’homophobie et signe un monologue percutant. Interprété par le comédien Alphé Gagné, le personnage de Kevin raconte l’histoire traumatisante de la fois où il a assisté sans réagir à une bataille d’une violence inouïe contre un autre étudiant qui avait seulement l’air gai, mais ne l’était pas. Rencontre.

(Photo: Jules Bédard)

L’équipe du spectacle Les Laissés pour Contes 2016. (Photo: Jules Bédard)

Pourquoi faire une pièce sur l’homophobie?

Je suis complètement hétéro. Je ne suis pas dû tout homosexuel, mais j’ai été victime d’homophobie pendant mon enfance et mon adolescence, jusqu’en 5e secondaire environ. Je viens d’un petit village de 2000 habitants, en périphérie d’une ville de 25 000 habitants (Sorel). Là-bas, l’insulte classique quand tu es un gars, c’est « ostie de tapette», «ostie de fif», etc. En fait, j’ai probablement vécu beaucoup plus d’homophobie que beaucoup d’homosexuels. Je me suis fait battre par un gars aussi.

Es-tu en train de dire que la scène de ton conte urbain est inspirée d’un fait vécu qui t’est arrivé?

Très largement. Je viens d’un milieu industriel, ouvrier, viril avec les Hell’s Angels partout. Je suis un non-violent, mais je me suis battu genre 20 fois quand j’étais au secondaire parce que tout le monde se bat à Sorel. Là-bas, par défaut tu nais homophobe, mais tu ne le penses pas nécessairement. Mais tu ne peux surtout pas l’exprimer parce que quand tu prends la défense des gais, tu deviens gai.

Ce qui fait que j’ai grandi dans un milieu où la pire affaire au monde c’est d’être gai. Et puis à un moment donné, je me suis dit: « Voyons donc! On s’en fout!»

Je me suis dit que j’aimerais ça comprendre ce qui se passe dans la tête d’un homophobe pour essayer de comprendre la laideur de notre monde et la désamorcer. Et puis à un moment, je me suis dit: « Pourquoi pas prendre un tier parti? Quelqu’un qui est homophobe par défaut?»

Le personnage de Kevin parle de son frère qui prend part à la bataille. Il est violent et sanguinaire. Et puis, on apprend que plusieurs années plus tard, le même frère habite sur le Plateau et qu’il a plusieurs amis homosexuels. Pourquoi lui donner une double face?

Pour moi, c’est un gros «statement». (Il hésite) Pour moi, c’est la clé de Rose Nanane: « Tu ne nais pas homophobe. Tu le deviens.» C’est toujours une question de «background», et d’éducation. Le frère a grandi dans un milieu homophobe et il semblerait qu’il est plus perméable à son environnement que son petit frère. Mais, si tu le changes d’environnement, il va être perméable à son nouvel environnement. Sur le Plateau, c’est les amants de la culture, la tolérance, etc. Je ne pense pas que les gens changent de personnalité par nécessité, je pense qu’ils changent par influence. C’est une question d’environnement. Donc pour moi, ça veut dire qu’il y a de l’espoir de faire changer les homophobes.

Qu’est-ce que tu aimerais que les spectateurs retiennent?

Mon objectif d’un point de vue purement narratif, c’est que les gens pensent que Kevin est le pire homophobe au monde et puis qu’ils se rendent compte finalement que non. J’aimerais ça que les gens aient espoir que les choses peuvent changer.

Mis en scène par Patrick Renaud

Les textes de Pierre Chamberland, fondateur et  directeur artistique des Laissés pour Contes, Jean-René Bérard, Alexandre Dubois, Danielle Fichaud, Juliana Léveillé-Trudel et Pierre-Marc Drouin.

Les Laissés Pour Contes

4e édition – L’ignorance

Théâtre La Chapelle du 17 au 21 février 2016

Vos commentaires
loading...