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Même un zouave peut avoir une belle maison

Histoire
Saint-Denis et Rachel, 1917
Rue Saint-Denis, on voit à droite la villa de Gustave Adolphe Drolet. Elle est construite vraisemblablement en 1874 car les annuaires municipaux Lovell’s indiquent que Drolet y réside en 1875. Il demeurait auparavant rue Bleury. Merci à Bernard Vallée et Luce Lafontaine qui a retrouvé la photo. (source : Archives de la STM)

On se gâte cette semaine avec une photo inédite et extraordinaire. 

On se trouve rue Saint-Denis un peu au nord de la rue Rachel et on regarde vers le sud. Depuis avril 1917, bien des choses ont changé dans ce panorama, mais on peut encore reconnaître quelques bâtiments qui existent toujours. On aperçoit au loin à droite le clocher du sanctuaire de Saint-Jude (église irlandaise Sainte-Agnès); et la façade de pierre, avec des créneaux, de l’édifice tout juste au sud de la belle villa dont nous allons parler plus en détail. Mais maintenant que vous avez pris votre photo, tassez-vous de côté, car le tramway Saint-Denis arrive vers vous.

À l’automne dernier, les responsables de l’animation de la grande terrasse rouge de la rue Saint-Denis ont demandé à notre société d’histoire de concevoir une promenade historique et d’en faire l’animation. Dans notre préparation, nous avions bien sûr, au fil de notre recherche, retenu la présence sur la rue Saint-Denis d’un personnage illustre, Gustave Adolphe Drolet, avocat (1844-1904).

Gustave A. Drolet

Gustave A. Drolet, un zouave pontifical qui fait beaucoup parler de lui et qui est l’un des grands artisans du développement du Village de Saint-Jean-Baptiste et par le fait même de notre quartier. Il est parmi les premiers, à l’instigation de son ami et partenaire d’affaires Sévère Rivard, à s’enrôler chez les zouaves en 1867. (Source : BAnQ)

Nous savions que Drolet avait habité une villa qu’il avait fait construire en 1874-75 angle Rachel. La chronique historique réfère souvent à cette résidence afin de signaler son exubérance, sa richesse, l’incongruité de la retrouver dans un coin si éloigné de la ville, etc.  Toutefois, personne n’avait jamais posé les yeux sur une photographie de cette villa. 

Drolet, qui se fait appeler « Drolette », est un personnage particulier. Avec trois associés, messieurs Rivard, David et Laurent, il va se retrouver au centre d’un vaste projet de développement immobilier avec l’achat de la ferme Comte (immédiatement à l’ouest de la rue Saint-Denis) et le lotissement de centaines de terrains à construire. Ce sera le coup d’envoi du développement immobilier organisé et à grande échelle dans le Plateau.

Dès 1872, on précède avec la construction des maisons en rangées du côté ouest de la rue Drolet entre Duluth et Roy. On nomme le secteur « La Place Comte ». Nous vous invitons à vous rendre sur place afin d’admirer ces petites maisons qui résistent tant bien que mal à l’usure du temps. Elles offrent un paysage chaleureux et typique de l’architecture de ce temps-là. Afin d’appuyer leur projet, les quatre compères offrent « gracieusement » à Monseigneur Bourget, plusieurs terrains angle Rachel et Drolet afin d’y voir construire une église et s’installer une paroisse. Une paroisse et une église sont une garantie solide pour le succès de leur développement immobilier.

Malheureusement, l’année 1873 marque le début d’une profonde dépression économique qui durera près de dix ans. Cela porte un dur coup à leur projet et à la construction de l’église. Ce chapitre de l’histoire du développement de notre quartier est une épopée en soi et ce n’est pas le moment d’ouvrir ces pages. Revenons plutôt à notre villa.

Drolet va l’habiter presque jusqu’à sa mort et, en 1903, c’est une succursale de la Banque d’Épargne de la Cité & du District de Montréal qui va s’y installer. En 1931, la villa est démolie pour faire place à un édifice commercial où continuera de loger la Banque d’Épargne, devenue depuis la Banque Laurentienne. La banque quitte dans les années 2000 pour être remplacée par des locaux commerciaux. Le bâtiment existe toujours.

Maison de Gustave A. Drolet, en 1903

On voit ici le détail de cette magnifique villa qui depuis 1903 loge une succursale de la Banque d’Épargne de la Cité & du District de Montréal. (Source : Archives de la STM détail)

Mais la grande surprise réside dans le fait qu’en apercevant la villa de Drolet, on ne peut s’empêcher de faire le lien avec un autre bâtiment du centre-ville, la Maison Frederick Thomas Judah, située sur le boulevard René-Lévesque. 

Les deux édifices sont pratiquement identiques quoiqu’avec une composition de façade inversée. Ils sont construits à peu de choses près la même année; par le même architecte, dont le nom nous échappe toujours pour le moment. Les deux immeubles s’associent à un style de villa « à l’italienne »; caractérisé ici par des volumes multiples dont les arêtes sont marquées par des chaînages de pierre blanche et des revêtements de briques rouges en argile. J’arrête ici la description de cette épopée, parce que ce n’est pas le sujet d’un roman. Replongez-vous dans l’analyse de la photo de 1917 et profitez d’un beau voyage dans le temps.

Ceux qui désirent en savoir plus sur l’épisode de la rue Drolet peuvent se rendre sur le site de la Société d’histoire du Plateau : http://histoireplateau.org/toponymie/vp/drolet/drolet.html.

Maison Frederick Thomas Judah, boul. René-Lévesque Ouest, Montréal

La Maison Frederick Thomas Judah, aussi appelée « Villa Rosa », est située boulevard René-Lévesque près des jardins du Centre canadien d’architecture, est construite en 1874-1875 et présente une architecture en tout point semblable à la villa de Gustave A.Drolet sur Saint-Denis. (Source : photo Alexis Hamel 2010 site IMTL)

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