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Fredy, au Théâtre de la Licorne : une pièce presque finie, une affaire qui demeure

Culture
Fredy, seul protagoniste que les acteurs ne jouent pas. (photo : gracieuseté de Porte Parole)

La pièce d’Annabel Soutar est présentée encore quelques jours à la Licorne. Une occasion de revivre et mieux comprendre l’affaire Fredy Villanueva, qui a marqué le Québec.

Exemple du théâtre-documentaire, théâtre à vocation sociale et politique, Fredy est une pièce qui mérite tous les éloges que la presse lui a faits. Sans prise de parti aucune, elle tente de documenter et de rendre intelligible ce qui ne l’est pas.

Mise en abyme du processus d’écriture

« Nous sept, acteurs, allons interpréter les cinq cents et quelques personnes entendues dans le cadre de l’enquête publique. Sauf un. » Ainsi commence, d’entrée de jeu, la pièce.

Mise en scène palpitante, puissance du jeu des acteurs, éléments qui s’enchaînent vite. Le spectateur est projeté dans la salle d’audience, au côté des différents témoins : famille Villanueva, amis présents lors de l’incident, policiers. Et il est emporté dans le brouhaha des avocats qui interrogent, contre-interrogent, interrogent, contre-interrogent, en habiles inquisiteurs.

Les scènes sont ponctuées de faits à retenir et d’apartés mettant en valeur la difficulté rencontrée par l’auteure à contacter les différents protagonistes. Silence de plomb du corps policier, mis à part une policière qui a accepté de témoigner anonymement; méfiance des proches de la famille et de son comité de soutien : la jeune auteure blanche anglophone de Westmount a, par difficile procuration, été témoin du drame. Autant d’embûches qui soulignent la crispation qui demeure autour de cette affaire.

Un succès retentissant

« Les chiffres ne trompent pas », dit Pierre-Antoine Lafon-Simard, chargé des communications à Porte-Parole, organisme producteur de la pièce, rencontré à la sortie d’une des représentations. « Nous avons été à guichets fermés pour toutes les représentations jusqu’à maintenant. »

« Susciter l’attention du spectateur, le mettre en position de s’engager, ouvrir le dialogue, voilà ce que nous cherchons à Porte-Parole ». Objectif atteint : les spectateurs restent pour la période d’échanges. Un acteur, de sa propre initiative, fait passer une pétition pour qu’un projet de murale à l’effigie de Fredy Villanueva, bloqué jusque là pour le conseil municipal, puisse voir le jour à Montréal-Nord.

La pièce a suscité un engouement qui dépasse classes, âge et origine sociale : « Nous avons assisté à des représentations assez multiethniques, avec des personnes provenant de tout horizon », assure M. Lafon-Simard. Des bourses nous ont permis d’inviter des jeunes issus de quartiers de Montréal-Nord à assister à plusieurs représentations. »

Impossible de ne pas faire le lien avec les décès de jeunes des minorités ethniques, abattus par des policiers, qui surviennent régulièrement aux États-Unis.

Fredy, une pièce d’Annabel Soutar, mise en scène par Marc Beaupré, présentée au Théâtre de la Licorne jusqu’au 26 mars.

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