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30 ans de Balattou : entrevue avec le fondateur Lamine Touré

Culture, Histoire, Vie de quartier
Le Balattou en 1987 (photo : Productions des Nuits d’Afrique)

Le Balattou : le lieu incontournable des cultures africaines fête ses 30 années d’existence. Retour sur l’histoire de cet endroit mythique avec Lamine Touré, son fondateur. 

PIERRE DE MONTVALON :  Festival des nuits d’Afrique, Syli d’Or, Festival de musique du Maghreb, Rythmes féminins. Tant de différents festivals, tant de concerts, qu’est-ce qui vous a poussé à faire ça? D’où vient cette énergie créatrice?

Lamine Touré : Moi, je suis là, je regarde toujours ce qu’il manque dans la communauté, dans la société québécoise canadienne. Donc, je fais des recherches, après je vois ce qu’il manque. Ce qu’il manque, moi je veux essayer toujours de le compléter. Je m’en vais, je reste ici… je m’en vais vers l’Afrique. Ce que je trouve en l’Afrique, je le prends, je le ramène ici, mais je le nettoie pour le faire selon la forme de l’environnement d’ici.

De quelle manière nettoyer?       

Par exemple, côté culturel, ce que je vois vers l’Afrique, je ne peux pas l’amener ici, brut. Pourquoi? Parce que ce n’est pas le même environnement. Par exemple, le Syli d’or. Le Syli d’or d’abord… C’est quelque chose en Guinée, c’est une compétition qui se fait dans mon pays. Quartier par quartier.

Lamine Touré devant le Balattou, 1987 (photo : Production Nuits d'Afrique)

Lamine Touré devant le Balattou, 1987 (photo : Production Nuits d’Afrique)

Bon maintenant ici, on ne peut pas faire quartier par quartier. Pourquoi? Parce qu’on n’a pas tout le confort ! Le confort, c’est quoi? Chaque quartier, il doit équiper son groupe, mais ici, on ne peut pas. Mais maintenant, qu’est-ce qu’on fait? On a créé le Syli d’or, mais le Syli d’or maintenant, c’est tous les musiciens montréalais, tous les musiciens montréalais peuvent participer dans ça, c’est une forme de synthèse des musiques du monde.

Comment est-ce que vous vous voyez à Montréal, M. Touré?

Moi je vois ma place à Montréal : je suis comme tout le monde. Et maintenant, la façon dont je me vois, sincèrement, je me vois comme tout le monde. Je suis comme tout le monde. La différence : le public montréalais, canadien m’a fait confiance. Bon maintenant, cette confiance, c’est ça qui me donne de la force.

Ça se voit par votre public autant au Balattou que durant vos festivals?

Oui, soit le festival [des Nuits d’Afrique], soit le Syli d’or, soit le Festival [des musiques du] Maghreb. Pour moi, c’est le public montréalais, il me nourrit. Tant de passions, de créations… c’est grâce à eux. Sans eux, je ne peux rien faire.

Êtes-vous le représentant de la communauté africaine de Montréal?

Je ne suis qu’un assembleur. Je ne suis pas pour une seule communauté. Je suis avec tout le monde. Haïti? Je suis avec eux. Le Maghreb? Je suis avec eux. La Guadeloupe, la Martinique, les Caraïbes, la Jamaïque, les latinos? Je suis avec eux.

Baaba Maal au Balattou en1989 (photo : Production Nuits d'Afrique)

Baaba Maal au Balattou en 1989 (photo : Production Nuits d’Afrique)

Quel est le futur du balattou? La relève est-elle là?

La relève, c’est le destin qui doit définir ça. Pour le moment, je suis là, je suis toujours tourné vers le futur. Mais il y a plein de jeunes ambitieux, il y a en toujours, il y a une relève quand même.

En 30 ans d’existence, comment a évolué le Balattou? Son public? Le quartier? La rue Saint-Laurent?

Je suis le premier club du genre sur cette rue, entre Rachel et Mont-Royal. On m’a déjà demandé : « Pourquoi es-tu venu dans le désert? » Aujourd’hui, on me demande : « Est-ce que tu as du parking? »

Vous étiez comme le précurseur alors !

Chaque fois que je veux ouvrir une business, je veux aller voir la Ville. Pour savoir quelle est la meilleure rue du point de vue du développement. Cela dit, la Ville a fait Saint-Denis. Ça a raté. On l’a développée pour en faire à peu près comme la rue Sainte-Catherine, mais en français. Au début, tout le monde était là. Mais les questions d’immigration se sont vite posées.

Les gens ne voulaient pas qu’il y ait d’émigrés là-bas?

Avant d’accepter l’Autre, il faut que tu te connaisses toi-même. Sinon, tu vas avoir de la misère à les accueillir. C’est ce qui est arrivé là-bas. Tous les immigrés, ils débarquaient là-bas avant. Mais, beaucoup de « pure laine » les ont mal accueillis. Certains immigrants se sentaient de trop. Certains regards ne mentent pas. On ne se sent pas à notre place.

Lamine Touré, fondateur du Balattou (photo : Production Nuits d'Afrique)

Lamine Touré, fondateur du Balattou (photo : Production Nuits d’Afrique)

Les commerçants ?  

Non. Je parle plutôt de l’ambiance, l’accueil. Mais, c’est vieux ça. C’est comme ça partout.

Par contre, il y avait un bar qui acceptait tout le monde : le Saint-Sulpice. Lui, il a survécu, parce qu’il a accepté le mélange. Son propriétaire, c’est quelqu’un de visionnaire, ouvert. C’est sa force.

Même moi, je fréquentais l’endroit. À l’ouverture, j’étais là. À ce moment, j’avais mon commerce sur la rue Sainte-Catherine : le Café Créole. On avait un restaurant, une boite de nuit et une salle de spectacle, en haut.

Qu’est-ce qui a changé ici ? Est-ce que votre public a évolué ?

Je n’ai jamais changé : tout le monde est bienvenu. Même quand j’ai cherché le nom, je voulais que tout le monde comprenne. « Bal à tous » : Balattou! Bal pour tout le monde…

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