Publicité

AGOKWE : amour gay au théâtre La Chapelle

Culture
AGOKWE
AGOKWE (photo : Marc J Chalifoux Photography)

AGOKWE. Deux esprits dans un même corps. Ou l’amour gay dans une communauté autochtone. Une pièce de Waawaate Fobister au Théâtre La Chapelle.

Dans le cadre de RAOTIHON:TSA – Focus sur la création contemporaine des Premières Nations, le Théâtre La Chapelle présente la pièce AGOKWE (prononcer « agoukwé ») du jeune dramaturge de la nation Anishinaabe, du nord-ouest de l’Ontario.

Un récit en partie autobiographique

Mike est joueur de hockey. Jake est danseur. Les deux adolescents se remarquent dans le centre commercial de Kenora, se retrouvent lors du championnat local de hockey : ils tombent amoureux. Rien de nouveau sous le soleil. Si ce n’est que ce sont deux jeunes hommes autochtones du nord-ouest ontarien.

« Je suis un conteur d’histoire. C’est dans mon sang. Voilà dix ans ans que j’ai écrit la pièce, et huit ans que je la joue. Mes personnages évoluent continuellement, au fil des représentations », raconte Waawaate Fobister.

L’auteur joue lui-même les 6 personnages de ce drame en partie autobiographique. Mère alcoolique ; cousine commère et aguichante, Goose ; ou cousine simplette, Cheyenne ; un Jake emmouraché ; un Mike perdu dans ses attirances. Et Nanabush, esprit farceur de la mythologie anishinaabe et narrateur prodiguant conseils et commentaires. Autant de personnages interprétés par l’auteur.

Et Waawaate de dire : « Je pense que j’ai vraiment grandi. C’est différent aujourd’hui : je lâche prise sur la pièce. Autant au sens propre : je vais redonner mon rôle à un jeune acteur ; qu’au sens figuré : il est temps pour moi de tourner la page ».

Un encouragement à sortir du placard

Dans des communautés où l’homosexualité peut être un sujet tabou, Waawaate Fobister a fait preuve de courage en assumant pleinement sa sexualité. Depuis, il a souvent produit son spectacle dans différentes réserves. Et les mentalités ont commencé à changer.

« J’étais la seule personne ouvertement gay sur ma réserve. Maintenant, beaucoup d’AGOKWE, de personnes à deux esprits s’affirment au sein de la communauté. Mon petit frère a fait son coming-out alors qu’il avait 16 ans. En quelque sorte la voie lui était pavée ».

Une pièce drôle, puissante, solennelle, frivole

Maintes fois récompensée, la pièce est à la hauteur des attentes. Le spectateur passe d’un sentiment, d’un personnage à un autre. Les dialogues sont toujours vivants. Exagération, grimace, mimiques sont de mise pour former un caricature de chaque personnage. Les cousines sont très bêtasses, les amoureux très niais.

Mais malgré l’humour, le tragique de la situation plane tout au long de la pièce. C’est une plongée dans le quotidien et la mécanique sociale d’une petite communauté isolée, avec ses joies et ses problèmes.

Le focus sur les premières nations : un message différent

Alors que les médias ont les yeux rivés sur leur problèmes sociaux, RAOTIHON:TSA – Focus sur la création contemporaine des Premières Nations apporte un autre son de cloche sur les communautés autochtones.

Articulé autour de la pièce AGOKWE, le festival se veut être un tremplin pour la création artistique contemporaine des Premières Nations. Trois courts-métrages de l’artiste Kent Monkman alias MISS CHIEF EAGLE TESTEKLE sont diffusés gratuitement au bar du théâtre. À travers une approche queer, l’artiste revisite le cliché du Peau-Rouge hollywoodien. Pour un résultat détonant!

AGOKWE, du 12 au 15 avril au Théâtre La Chapelle, texte et interprétation en anglais.

RAOTIHON:TSA – Focus sur la création contemporaine des Premières Nations du 8 au 22 avril.

Vos commentaires
loading...