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Frédé, fantôme avant-gardiste des années 1950

Culture
Aude Lechrist, auteure du livre « Une Allure impeccable ». (photo : gracieuseté de l’auteure)
Aude Lechrist, auteure du livre « Une Allure impeccable ». (photo : gracieuseté de l’auteure)

Freddy le jour, Frédé le soir. Mannequin pour les grands de la haute couture parisienne des années 1950, tenancière d’un cabaret lesbien. Freddy/Frédé est un personnage plein de mystère qui a réellement existé.

Aude Lechrist jongle entre l’enquête et la fiction afin de redonner vie à cette femme d’avant garde dans son roman Une Allure impeccable. À l’occasion de la rencontre-signature à la librairie du Port-de-Tête ce samedi 23 avril, à 18 h, entrevue avec l’auteure sur cette femme mystérieuse et ce qu’elle peut nous apprendre.

Freddy/Frédé : personnage de fiction ou sorte de fantôme réel?

Fantôme réel! C’est vraiment ce que j’ai ressenti durant une partie du travail d’écriture du livre. Freddy est un personnage qui a existé : Marie-Josée Vassé, de son état civil, était mannequin dans la haute couture des années 1950.

Malgré de nombreuses et longues recherches, je n’aurais pas découvert l’autre aspect de sa vie, sans une rencontre fortuite avec Patrick Modiano. Ainsi, Frédé, homosexuelle, amante de Marlène Dietrich et tenancière du Carroll’s, un cabaret où se retrouvait le milieu homosexuel parisien de cette époque, a pris forme.

Toutefois, mannequin et tenancière de cabaret, c’est factuel. Ce qui m’a intéressée, c’est d’imaginer ce qui se serait passé si elle avait réussi à réconcilier ces deux univers. Si elle s’était dit : « Je suis tout ça et je m’accepte telle que je suis. Je n’ai plus à me cacher d’aimer porter des vêtements d’homme. Je suis tout cela et j’aime tout cela ». L’idée qu’elle tombe en amour avec elle-même, c’est ça que j’ai porté dans mon roman.

Frédé est-elle un personnage féministe?

Au-delà de la femme et d’un féminisme qui se veut comme émancipation vis-à-vis de l’homme, elle incarne l’affranchissement de l’individu face à sa propre vie.

Quelque soit le contexte, est-ce que j’ai le courage d’assumer qui je suis vraiment? Est-ce que j’accepte de comprendre pourquoi j’agis comme ça et d’aimer tout cela?

Freddy est dans l’expérience, elle n’est pas dans le discours, elle n’est pas dans la croyance. Tous deux sont factuels, et la croyance limite, délimite.

Frédé : une soirée au Carroll's en 1946 (photo : gracieuseté de l'auteure)

Frédé : une soirée au Carroll’s en 1946 (photo : gracieuseté de l’auteure)

Qu’est-ce que dirait Freddy aux jeunes femmes de 2016?

Le genre ne m’intéresse pas, c’est plus l’humain. Qu’est-ce que l’humain fait dans sa vie pour retrouver sa souveraineté, pour ne plus passer sa vie à la surface, mais plonger dedans, vraiment l’incarner? Ne pas avoir une vie factuelle, ne pas subir ce qui se déroule dans la vie.

Freddy l’incarne dans son corps : elle est mannequin. Elle a la beauté, qu’elle sait éphémère. Elle se retrouve vite face aux questions du vieillissement, de l’image, de la projection. Elle se retrouve plus rapidement que d’autres à aller à l’intérieur d’elle même. Est-ce que je suis seulement cette beauté, où y a-t-il quelque chose à l’intérieur de moi qui me détache de l’aspect factuel de la beauté et me permet d’obtenir une réalisation plus importante et plus grande que la beauté?

D’où l’ouverture de son cabaret…

C’est une première étape. Après, elle s’est rendu compte que le cabaret maintient la séparation des mondes, alors qu’elle a besoin de réunir, réunir tout ce qu’elle était. Elle décide de faire l’expérience de ce que c’est de dire la vérité.

Le fait qu’elle incarne l’expérience d’amour de soi inspire les autres. Être l’incarnation d’un beau projet, c’est ça qui transforme la société. Le Politique devrait être dans l’inspiration et l’action, et non dans le blabla, le discours. Dans l’action en conscience, et non juste dans l’action comme divertissement.

Spinoza disait : « Aimer quelqu’un c’est provoquer un agrandissement de soi ». Et je crois que c’est très juste pour tout dans la vie : une rencontre, un échange qui provoque un accroissement de soi, une graine plantée à l’intérieur de soi. Si à travers ce livre, je peux semer n’en serait-ce qu’une, je serai contente.

Une Allure impeccable, disponible en librairie et rencontre avec l’auteure à la librairie du Port de tête le samedi 23 avril, à 18 h.

1946 Frede compil Carrol's p2

« Frédé présente une soirée au Carroll’s » (photo : gracieuseté de l’auteure)

 

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