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Mort des Éternels Pigistes

Culture
La Mort des Éternels. Pier Paquette, Marie Charlebois, Isabelle Vincent et Christian Béguin (photo : Marc Charlebois)

La compagnie des Éternels Pigistes signe sa dernière pièce au théâtre de la Licorne : La Mort des Éternels. Tels Cyrano, les quatre acteurs emportent avec eux leur panache. Retour sur les 20 années d’Éternels Pigistes avec Isabelle Vincent, cofondatrice de la troupe et auteure de la pièce, et Christian Béguin, acteur.

Pierre de M. : C’est la fin des Éternels Pigistes… 

Isabelle Vincent : Ça fait 20 ans que nous sommes ensembles, que nous créons des spectacles. Une troupe de théâtre avec les mêmes personnes : Pier Paquette, Marie Charlebois, Christian Béguin et moi même. Mais il y a tout un travail de financement auquel on ne peut plus se consacrer. Parce qu’on est fatigués. Quand on avait une pièce de théâtre, on demandait une subvention, mais cette fois-ci on en a pas eu. Donc on réalise que c’est la mort d’un cycle.

J‘ai un peu pris ce prétexte là pour me demander : à la cinquantaine est-ce que j’ai encore quelque chose à dire ? Est-ce que je veux encore prendre la parole, avec tout ce que ça implique de gestion en parallèle de la création artistique ? Et de là est née La Mort des Éternels.

Se saborder d’une manière créative alors ?

Voilà, exactement.

La Mort des Éternels. (photo : Marc Charlebois)

La Mort des Éternels. (photo : Marc Charlebois)

Les Éternels pigistes tirent leur révérence, quel Théâtre laissent-ils derrière ?

Depuis quelques années, on voit l’émergence d’une parole qui invite à un changement de paradigme, on a envie de changer, ne serait-ce qu’un appel à la révolution. Les démocraties sont fatiguées, usées. En France, partout. Au théâtre, on souffle sur les braises, on a envie de révolte. Et cette pièce là s’inscrit dans ce courant : un appel au changement de paradigme.

Comment s’inscrit-il dans ce changement de paradigme ?

Isabelle V. : Le théâtre est une expérience humaine, vivante, unique : des gens se recueillent en silence, se voient sur scène. On les amène à réfléchir. Les nouveaux courants font appel non plus à un seul sens mais à plusieurs sens. Bousculer les idées : le rôle idéal du théâtre.

(Christian Béguin nous rejoint)

Christian B. : C’est un acte de résistance ! Un acte de résistance de réunir du monde dans un même endroit, à participer à un même rituel. Que ce soit dans les communautés virtuelles, ou même au cinéma, il y a peu de lieux où il reste ce genre d’interactions humaines. Dans la recherche d’Isabelle, il y a ça : une invitation à penser, à penser en dehors de la boite, en dehors des chemins sans cesse fréquentés.

La relève théâtrale est-elle au rendez-vous pour porter ce rôle que vous décrivez ?

Christian B. : Absolument. Ici particulièrement. Au[x] [Théâtre des] Écuries, au Théâtre La Chapelle. Tous deux sont très fréquentés et beaucoup par les jeunes. On trouve aussi beaucoup de compagnies émergentes. On le voit moins dans les théâtres institutionnalisés. Ça commence à crier d’ailleurs. Le milieu théâtral lance un appel au renouvèlement.

Isabelle V. : Ne pas juste jouer des auteurs confirmés ! Faire place à la jeunesse, parce qu’il y en a une.

La Mort des Éternels. (photo : Marc Charlebois)

Christian Béguin, Marie Charlebois, Pier Paquette et Isabelle Vincent dans la Mort des Éternels. (photo : Marc Charlebois)

Est-ce mission accomplie pour Les Éternels Pigistes ?

Isabelle V. :  Avec cette pièce, on a pris un risque. Toutefois, on la donne avec humilité, cœur, sincérité. Le public jugera.

Christian B. : On ne sait jamais, on n’a pas de pouvoir sur comment ça va être reçu. Isabelle nous entraine sur de nouvelles avenues. Comme compagnie, on sort vraiment de nos pantoufles, on sort de notre zone de confort, tout en maintenant des choses qui sont acquises au sein de la troupe après 20 ans d’existence. La complicité, la fratrie, la sororité.

Auriez-vous changé quelque chose ?

Isabelle V. : J’aurais aimé qu’on soit plus soutenu par l’État. C’est la seule chose. Je n’ai pas de frustration particulière par rapport à notre trajectoire.

Christian B. : Après, les aléas de la création, on n’y peut rien. En fait, ce dont je suis le plus fier dans nos 20 ans, c’est justement que les Éternels Pigistes ont duré 20 ans, et ce, alors qu’aujourd’hui la pérennité des choses n’est pas une valeur importante. Se prolonger dans le temps, ça aussi je trouve ça subversif dans un monde où les choses sont faites pour être consommées rapidement, pour durer le temps d’une expérience. Durer dans le temps, c’est être à contre courant.

La Mort des Éternels, du 5 avril au 7 mai au Théâtre de la Licorne.

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