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Des Petites Voix qui se font entendre

Culture
Les Petites Voix du Plateau en répétition (photo : Michel Proulx)

Le succès des Petites Voix du Plateau ne se dément pas : le chœur est passé d’une quinzaine d’enfants lors sa création en 2012 à plus d’une centaine aujourd’hui et s’est produit à travers de nombreuses collaborations à la télévision. À l’occasion de leur concert de printemps, rencontre avec Roseline Blain, chef de chœur et fondatrice de cette chorale de quartier.

Qui sont-elles, ces Petites Voix du Plateau?

Ce sont des enfants du quartier principalement. L’idée, c’est de faire une chorale de quartier, sur le modèle des community choir américains.

C’était important pour moi d’avoir un espace où les enfants peuvent avoir la possibilité d’en rencontrer d’autres provenant d’autres écoles, et d’une manière artistique. C’est donc vraiment un effort de communauté.

Quelle est votre approche avec les enfants?

Les Petites Voix du Plateau répètent le vendredi soir, à 18 h. Il y a un ­­peu une atmosphère de fête, mais c’est sûr que tout ça se passe selon certaines règles qui se sont établies au fil du temps.

Mon approche, c’est d’en donner 40 fois plus qu’eux. J’arrive au début de la répétition, et même fatiguée, il y a comme un bouton qui s’enclenche. Je suis presque comme dans une performance avec des enfants. Des fois, je suis obligée de lever le ton, mais pas souvent. C’est peut-être strict, mais c’est toujours dans le plaisir de faire de la musique, pour servir la musique.

J’essaie de faire en sorte que les choristes aient du plaisir et que le rendez-vous devienne finalement presque un prétexte pour chanter, une confrérie à part de celle de l’école. Il y a vraiment des liens qui se tissent, parce qu’ils ont chanté ensemble : c’est ça qui m’a émue le plus.

Les Petites Voix du Plateau au grand complet. (photo : Michel Proulx)

La chorale au grand complet. (photo : Michel Proulx)

Avez-vous vu des enfants transformés?

J’en suis une ! On ne s’en rend pas compte quand on a les deux pieds dedans. J’ai eu un chef à l’école secondaire qui nous disait « vous avez quelque chose qui ne va pas, qui ne fait pas votre affaire, ou quelque chose qui ne va pas dans votre vie, c’est fini. On a 50 minutes pour faire de la musique, profitez-en ». Je suis encore aujourd’hui imprégnée de ces paroles et c’est encore tellement vrai.

Je sais là dedans qu’il y a des enfants qui ont le goût de l’art, et peut-être qu’ils ne l’auraient pas eu autrement. Est-ce que ça sera la musique? Pas nécessairement. Il faut leur donner la chance d’y toucher pour qu’ils voient ce qui les intéresse. C’est un public de choix parce qu’on ne sait pas ce qu’on sème.

Au vu de votre carrière impressionnante, qu’est-ce qui vous pousse?

L’amour de la musique : à la fois nourriture et fuite. Le temps s’arrête, les problèmes disparaissent, les responsabilités s’envolent. Et puis quand tu fais juste de la musique, c’est impossible de ne pas s’élever. Après une répétition, je suis une autre femme. Il y a quelque chose qui est transformé physiquement.

L’alliage des textes, de la poésie, de la littérature, et de la musique, la possibilité que chaque interprétation soit différente, sentir cette communion des choristes, j’ai du mal à imaginer un bonheur plus grand.

J’ai moi-même vécu cet état de grâce, surtout via un solo au sax dans le Boléro de Ravel. L’avez-vous remarqué, cet état de grâce, chez vos jeunes?

Ce n’est pas la même chose. Les adultes ressentent des choses et tout de suite veulent mettre un mot dessus. Je me souviens d’avoir vécu l’état de grâce à l’adolescence, mais de l’avoir vraiment compris que beaucoup plus tard. Sur le moment, ça a bien été, c’était vraiment le fun. Mais c’est des années après que tu comprends l’intensité du moment, l’impression de ne plus être, de planer au-dessus.

Les jeunes sont tellement dans le moment présent, je n’ai pas constaté ça. C’est vraiment le plaisir. Ce sont leurs yeux qui font réaliser qu’il y a quelque chose qui est en train de se passer. Tu vois les étoiles dans les yeux des enfants.

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