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« N’importe qui peut collectionner de l’art »

Culture
Éric Devlin
Éric Devlin offre 10 conseils à toute personne qui veut devenir collectionneur. Son premier: prendre son temps. (Photo: Stéphane Desjardins)

Pas besoin d’être riche pour collectionner des œuvres d’art. Il s’agit juste d’aimer ça!

C’est le message d’Éric Devlin, un des galeristes en art contemporain les plus en vue de Montréal. M. Devlin, qui habite le Plateau, mais dont la galerie est située rue Beaumont, dans le Mile-Ex, prononçait une conférence hier (5 mai) au vernissage de « Jamais assez », une expo qui porte bien son titre selon le conférencier. Elle se tient au Salon B – Espace culturel, rue Saint-Laurent.

« On parle toujours du milieu de l’art quand un tableau atteint un montant faramineux chez Sotheby’s ou Christie’s, mais la réalité est plus prosaïque : les collectionneurs d’art multimillionnaires sont une minorité! Plus de 80 % des œuvres se vendent en moyenne 7500 $ US dans le monde. »

Éric Devlin est formel : « On tente de faire accroire au monde que l’art est réservé à une élite, un club d’élus. C’est de la propagande, un mensonge. C’est surtout le paradoxe de notre milieu, et il s’accentue depuis 30 ans. Parce que des multinationales comme Sotheby’s et Christie’s, qui autrefois se contentaient d’administrer des successions, ont compris la force du marketing et de la mise en scène. En 30 ans, le milieu de l’art s’est transformé pour devenir une foire indécente, où on ne parle que de fric. Pourtant, à la base, la plupart des artistes vivent pauvrement et la majorité des collectionneurs sont des gens ordinaires. Si on élimine les médecins et les avocats, qui sont dans une classe à part, les collectionneurs ne claquent pas une fortune pour acheter des œuvres. Et ils se fient avant tout à leur goût. Ça devient rapidement une passion. »

Devenir amateur d’art

Comment devient-on un collectionneur d’œuvres d’art? Des sociologues se sont penchés sur la question et offrent des réponses : ça n’a rien à voir avec la fortune familiale, mais avant tout avec l’éducation, confirme Éric Devlin.

« Beaucoup ont vécu une expérience positive dans leur jeunesse, comme une visite dans un musée qui était réellement intéressante et dynamique, dit-il. Plusieurs ont des parents qui étaient eux aussi amateurs d’art. Et une majorité de collectionneurs ont des diplômes universitaires, surtout des maîtrises et des doctorats. »

Éric Devlin déplore que notre culture ne fasse pas autant de place qu’ailleurs aux œuvres d’art dans notre quotidien. « Ici, à tes noces, on se cotise pour te payer des bébelles, comme un grille-pain. En Europe, on t’offre une gravure. C’est pourquoi le marché est plus mature là-bas. L’art fait partie des mœurs. »

Le galeriste, diplômé de Polytechnique en génie géologique, a habité Fermont pendant plusieurs années avant de se lancer dans une carrière de journalisme scientifique. Dans les années 1990, il s’est réinventé en fondant sa propre galerie avec des associés. Puis, il a poursuivi en solo. « Ce n’est pas facile. C’est même un combat perpétuel, dit-il. Je prends constamment des risques. J’ai encore des coups de cœur pour des œuvres ou des artistes, même si, avec le temps, je suis devenu plus sélectif. L’art, c’est avant tout une passion. »

10 conseils

Dans le catalogue de l’exposition, Éric Devlin offre 10 conseils à tout amateur d’art en devenir : prendre son temps, comprendre, ne pas acheter avec ses oreilles, ne pas se laisser impressionner, magasiner certains achats, ne pas acheter par défaut, ne pas investir dans l’art, mais s’investir dans l’art, déplacer ses œuvres et ne pas avoir peur.

Une expo originale

« Jamais assez », le thème de l’exposition organisée par la commissaire Malgosia Bajkowska, traduit ses préoccupations : « Collectionner les œuvres d’art, cela ne semble au début qu’un petit plaisir, mais cela devient rapidement une obsession, un besoin, une drogue », peut-on lire dans le catalogue.

Mme Bajkowska voulait démystifier le monde des collectionneurs et apporter des réponses aux questions que se posent ses amis et le public. Elle a donc réuni des œuvres appartenant à huit jeunes et moins jeunes collectionneurs. Certains en possèdent quelques-unes. D’autres, des centaines. On peut lire leurs motivations dans le magnifique catalogue, offert à prix d’ami. De leurs propos, sympathiques et instructifs, on apprend que l’art devient rapidement une passion qui permet de toucher à l’universel et à prendre plaisir à simplement apprécier l’œuvre du regard. Un geste qui permet de voler du temps au temps, en quelque sorte…

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