Publicité

Plyball : un air de centre Bell au Théâtre La Chapelle

Culture

Plyball : théâtre sportif, laboratoire social, aréna, allégorie politique; la pièce de Gabriel Plante, présentée au Théâtre La Chapelle, ne laisse pas de marbre.

Plyball : sport nouveau

Une cage rectangulaire : grands filets en guise de plafond et de murs latéraux, parquet en bois vernis, imposantes planches de plywood qui ferment l’espace sur la largueur.

Deux joueurs – Rouge et Bleu – s’échauffent avant de commencer leur partie de Plyball, sorte de squash en face à face à deux balles, et sans raquette. Le silence se fait, la lumière décline. Les deux joueurs dans leur cage, face au public, lèvent la tête sur les règles du jeu qui défilent en surtitre.

La partie commence. Rouge et Bleu lancent les balles, les dévient dans le filet ou marquent. Une vraie game : ils transpirent, font des acrobaties pour arrêter les boulets de canon envoyés par l’adversaire, crient lorsqu’ils marquent un beau point.

Petit à petit, les personnalités de chacun des joueurs se dessinent. Rouge est calme, calculateur, sûr de lui. Bleu est un peu gauche, mais débordant d’énergie, passionné, honnête.

Quatre rounds à trois pour Rouge. Les lumières s’estompent. Une arbitre apparaît sur la chaise haute et interpelle les spectateurs : « Quel est votre joueur préféré? Quelle valeur qui vous touche retrouvez-vous dans les deux joueurs? Que chacun se déplace du côté de son favori! » Et chacun, surpris, de se lever puis de rejoindre son camp respectif. La partie reprend alors au son des vociférations des nouveaux supporters.

Plyball (photo : Maxim Paré-Fortin)

Plyball (photo : Maxim Paré-Fortin)

Plyball : allégorie politique bancale

Le metteur en scène Gabriel Plante présente la pièce comme «  un jeu fait pour nous bousculer dans notre relation à l’autorité. » De fait, l’arbitre, du haut de sa chaise, ponctue les rounds qui s’enchainent de courts monologues à saveur politique : « Est-ce que les règles sont justes ? Pourquoi supporte-t-on le gagnant, le perdant ? »

Toutefois, il est à regretter que ces courts monologues laissent le spectateur sur sa faim. Leur contenu est trop mâché et paraît déconnecté des nombreuses parties de Plyball qui se déroulent sous les yeux du spectateur. De plus, tant le personnage de l’arbitre que le jeu de l’actrice ne convainquent pas, ni en arbitre omnipotent ni en arbitre philosophe.

Plyball (photo : Maxim Paré-Fortin)

Plyball (photo : Maxim Paré-Fortin)

Plyball : laboratoire social fascinant

La véritable chimie ne se situe pas sur scène, mais dans les parterres de bancs du théâtre.

La pièce enfonce le 4e mur. Les spectateurs, dès lors qu’ils prennent position dans le match entre Rouge et Bleu, entrent eux aussi dans l’arène. Et ce n’est pas la mise en scène ou les personnages qui vont les chercheurs, mais bien eux qui s’y précipitent.

Deux camps rivaux se forment. On crie « Rouge, Rouge, Rouge ! » une fois le round remporté, on hurle « Allez le Bleu ! » pour le galvaniser, on conspue l’arbitre – «  Vendue ! » – lorsque celle-ci prend une décision un peu douteuse favorisant un des deux joueurs.

Et c’est là le tour de force de la pièce. Transformer le spectateur en supporter débridé, frénétique, partisan.

« Une des avenues pour pousser plus loin la pièce serait de laisser la place aux gens qui sont fâchés de voir un divertissement. Eux aussi pourraient se lever et dire à la salle : ‘Vous êtes cons’ » rapporte Gabriel Plante.

Et Rouge, de conclure : « Si t’aimes pas le show, check la game ».

Vos commentaires
loading...