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À 74 ans, il perpétue son rêve hippie

Culture, Vie de quartier
Martin Stone, héros du documentaire « Histoire hippie » (photo : Hervé Baillargeon)
Martin Stone, héros du documentaire « Histoire hippie » (photo : Hervé Baillargeon)

Voici 40 ans que Martin Stone, héros du documentaire Histoire hippie, réalisé par Jean-André Fourestié, vit en colocation dans le Mile-End, où il continue de faire vivre son rêve hippie.

Son appartement, qu’il ouvre aux étudiants, nouveaux arrivants et personnes en transition, est un endroit unique : chaleur, sensation de famille, esprit communautaire. « Chacun vit comme il l’entend », explique le réalisateur, qui y a vécu pendant trois ans et demi.

Six ans après son départ, Jean-André Fourestié décide de réaliser un documentaire sur cet homme, l’espace qu’il a créé et la vie adulte de ses filles, élevées dans les bus hippies des années soixante. Un film très humain où l’on se faufile dans l’intimé de ces personnages beaux, honnêtes, authentiques.

Rencontre avec le réalisateur sur sa rencontre avec l’univers de Martin.

Trois ans et demi dans cette colocation, comment cela s’est-il passé?

Je suis arrivé au Québec, j’avais 25 ans, ce n’était pas cher. Vivre dans la communauté crée par Martin m’a permis de me réinventer et m’a donné beaucoup de temps pour expérimenter. J’ai fait ma culture cinématographique en dévalisant les étagères de la Boite Noire, par exemple.

C’est intéressant parce qu’il n’y a pas seulement des étudiants dans la colocation. Chaque personne qui y vit apporte quelque chose de différent. C’est une autre réalité. Et Martin tient la barre de ce navire, tout en restant très ouvert à ce que chacun amène.

Cet endroit va-t-il lui survivre?

Ça me paraît compliqué : c’est un espace qui repose sur ce personnage. C’est lui qui amène et crée cette ambiance. Et puis, c’est une autre époque, les années 60 : cette vie où tout était possible, le chômage n’était pas un gros stress, il n’y avait pas besoin d’études pour facilement trouver du travail. Lui, c’est une continuité de ses choix de vie.

Aujourd’hui, ceux qui choisissent de vivre en contre-culture le font d’une manière différente : ils restent complètement à la marge de la société. Lui, il est entre les deux.

Martin, entouré de ses amis et colocataires lors de sa fête (photo : gracieuseté du réalisateur)

Martin, entouré de ses amis et colocataires lors de sa fête. (photo : Hervé Baillargeon)

Pourtant, Martin travaille à temps partiel en tant que gardien de sécurité dans un logement de condos de luxe, quelque part en banlieue de Montréal. Alcatraz, selon lui!

C’est justement ça l’ironie de la vie! Mais, il assume complètement. Il assume les conséquences de ses choix. Et c’est ça que je voulais montrer : il y a un prix à tout.

Un prix à vouloir rêver, à vouloir créer sa propre manière de vivre sa réalité, celle qu’on pense qui est la meilleure pour nous. Beaucoup de gens ne prennent pas ce risque, car ils ne sont pas prêts à payer le prix.

Mais, c’est aussi de dire : ce n’est pas impossible. Dans une société qui nous empêche un peu de rêver, tu peux trouver des moyens. À n’importe quel âge on peut toujours garder espoir. C’est loin d’être facile et d’assumer les conséquences. C’est ça aussi que je trouve intéressant avec Martin : il assume et il essaye de ne pas trop se trahir.

Qu’est-ce que cette expérience a changé pour vous?

Ce que ça m’a appris? Lâcher prise et éviter les jugements à l’emporte-pièce. Martin a cette faculté d’être ouvert. Laisser sa chance à l’autre, même si cet autre n’a pas le même rapport au monde, les mêmes capacités mentales. Et malgré tout, les écouter. C’est plus dur que cela ne paraît.

Le documentaire Histoire hippie est à l’affiche dans la programmation Art et essai de la Cinémathèque québécoise tous les soirs, à 21 h. Le réalisateur Jean-André Fourestié sera présent à chaque projection pour dialoguer avec le public.

Dîner entre colocs (photo : gracieuseté du réalisateur)Dîner entre colocs (photo : gracieuseté du réalisateur)

Souper entre colocs. (photo : Hervé Baillargeon)

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