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« Nouvel Onglet » ou l’angoisse complaisante du vide

Culture
L'auteur Guillaume Morissette (photo : gracieuseté de Dimédia)
L’auteur Guillaume Morissette (photo : gracieuseté de Dimédia)

Écrivain francophone qui écrit en anglais? Oui Madame, oui Monsieur. Nouvel Onglet vient de paraître aux éditions Boréal, traduction du roman New Tab de Guillaume Morissette, originalement écrit en anglais.

L’auteur, née à Jonquière, a décidé à un moment de sa vie de la faire en anglais, à Montréal. Il s’installe alors avec des colocataires anglophones au croisement Mont-Royal et Saint-Dominique, s’intègre à la communauté anglophone du Mile-End, s’inscrit en création littéraire à Concordia puis lâche son travail étouffant dans le milieu du jeu vidéo. « Je sentais que j’avais du matériel personnel super intéressant, donc j’ai voulu l’explorer à l’intérieur des contraintes d’un roman », raconte l’auteur.

Portrait efficace d’un milieu

Dans cette autofiction, le héros, Thomas, « constamment branché sur [son] ordinateur, constamment en train de produire du contenu, constamment en train d’aller nulle part », est, qu’il le veuille ou non, un reflet d’une jeunesse montréalaise : jeunes connectés et seuls, nihilistes et exubérants, défoncés prolifiques sans le sou.

Par l’abondance de détails et de précisions parfois insignifiantes, le style chirurgical vient mettre à nue la platitude abyssale des vies prises au piège par Facebook, la bière, la drogue, le lendemain de brosse, la procrastination. Nouvel Onglet est une plongée dans l’univers narcissique des angoisses sexuelle, artistique, sociale, linguistique et sentimentale du héros.

On peut être exaspéré par le nombrilisme du propos en commençant la lecture, mais il reste que c’est avec une grande habileté que l’auteur réussit à dresser le portrait du désarroi de son entourage — et peut-être à raconter le mal de ce début de XXIe siècle?

Francophone anglophone 

Outre le tableau qu’il peint de sa génération, le thème de l’identité est abordé par petites touches tout au long du roman. Mais c’est l’auteur lui-même qui amène les questionnements. Francophone de naissance, anglophone par choix, Guillaume Morissette est une nouvelle sorte de Québécois.

« Quand j’explique que je suis un francophone qui écrit en anglais, j’ai souvent l’impression que les gens réagissent avec surprise, explique-t-il. Comme si j’étais une sorte de chien savant, comme si c’était quelque chose d’exceptionnel ».

L’auteur critique la rigidité de la définition de « Francophone » et « Anglophone » dans l’espace public. « Pourquoi est-ce que c’est impossible d’être un Québécois bilingue? » questionne-t-il. Les deux mondes ne communiquent pas selon lui : « Je comprends entièrement l’importance des mesures de protection de la langue française, mais en même temps, je suis probablement d’accord avec les propos de Mitch Garber, comme quoi il faut encourager autant les francophones et les anglophones à mieux comprendre la culture de l’autre. »

Ayant un pied voire la moitié du corps dans chacune des deux solitudes, Guillaume Morissette espère être un pont entre les deux communautés. Lui s’est épanoui dans la communauté anglophone du Mile-End. « [Celle-ci] me donne souvent l’impression d’être une sorte de famille alternative, raconte-t-il. Les gens déménagent ici d’un peu partout, de l’Ontario, de l’Alberta, des États-Unis, et c’est souvent les moutons noirs de leurs familles, donc ils se cherchent une nouvelle communauté. »

Il se recrée un esprit de famille, où les liens de solidarité sont très forts : le « community ». C’est le portrait de cet univers que brosse avec brio l’auteur.

Nouvel Onglet
Guillaume Morissette
Traduction de Daniel Grenier
Boréal
248 pages (qui se lisent très bien)

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