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L’échafaudage de la honte

Économie, Immobilier
L’échafaudage devant le 1465, avenue Mont-Royal Est, a beau avoir été installé le 22 août dernier, rien n’a avancé depuis. (photo : Marie-Eve Cloutier)
L’échafaudage devant le 1465, avenue Mont-Royal Est, a beau avoir été installé le 22 août dernier, rien n’a avancé depuis. (photo : Marie-Eve Cloutier)

Des travaux qui s’éternisent exaspèrent des commerçants de l’avenue Mont-Royal.

Au début du mois d’août, la Lunetterie F. Farhat et la fromagerie Bleu et Persillé voisine ont reçu une lettre d’huissier les informant que leurs façades avaient un ventre de bœuf, et qu’elles présentaient un risque imminent d’effondrement. « Le mien était vers l’intérieur, c’est-à-dire qu’il allait s’effondrer sur mon commerce, tandis que le sien allait tomber sur le trottoir », explique le propriétaire de la fromagerie Bleu et Persillé, Franck Hénot.

Ce dernier a donc entrepris des travaux pour solidifier son mur. Le chantier a coûté 17 000 $. Chez le voisin, les ouvriers se font attendre.

Après avoir installé un échafaudage le 22 août, rien n’a avancé. L’administrateur de la Lunetterie F. Farhat, Eric Allouch, explique que le propriétaire de l’immeuble du 1465, avenue Mont-Royal Est, où réside la boutique, aurait déposé le 28 août un permis pour réparer la façade. « On a vu le temps passer, et rien ne s’est fait. Il nous a dit que c’était la Ville qui prenait du retard », expose-t-il. M. Allouch ajoute que le propriétaire de l’immeuble a déposé le permis deux mois plus tard, soit le vendredi 28 octobre.

« Je n’arrive pas à comprendre pourquoi ils traînent comme ça, et qu’ils nous racontent des histoires. À moins qu’il y ait des éléments qu’on ne connaît pas, c’est une énorme erreur de jugement », ajoute-t-il, révolté.

En plus d’occuper une grande partie du trottoir, l’échafaudage nuit aux commerces en gênant les clients qui veulent y rentrer. « Nous avons vu notre chiffre d’affaires baisser de 30 % à 40 % », avance Eric Allouch. Selon Franck Hénot, puisque les travaux ne peuvent être faits l’hiver, les boutiques seront inaccessibles jusqu’au printemps. « L’échafaudage empêchera le déneigement du trottoir. En plus, il n’est pas sécuritaire parce qu’il n’est attaché à aucune surface », précise-t-il.

Moyens de pression

Pour inciter les propriétaires à réaliser les travaux, la Lunetterie F. Farhat a cessé de payer son loyer. Ce qui n’a pas changé grand-chose. « Le propriétaire lui a signifié par huissier qu’il allait l’expulser du local », déclare Franck Hénot. Avec un loyer de plus de 5000 $ par mois, Eric Allouch explique qu’il serait presque impossible de continuer de payer les propriétaires : « On a des problèmes avec le propriétaire depuis le début. En plus, notre contrat précise qu’il nous reste deux ans avec eux. »

Franck Hénot est révolté par cette histoire. « C’est le reflet de ce qu’on vit dans le commerce du détail, explique-t-il, insulté. Il y a des propriétaires qui sont là juste pour récolter des loyers et qui n’ont en rien à faire des commerçants. »

Selon Eric Allouch, travaillant aussi dans l’immobilier, la Lunetterie F. Farhat fait face à un propriétaire négligent. Immeubles Shilldev, propriétaire de l’immeuble, appartient à la famille Schiller, qui a fait fortune grâce au Marché du Store. Elle possèderait plus d’une centaine d’immeubles à Montréal, dont plusieurs sur l’avenue Mont-Royal (lire à ce sujet le dossier au sujet de l’empire Shiller publié sur RueMasson.com en 2011). La valeur de ceux-ci est d’environ 130 millions de dollars. Pamplemousse.ca a tenté de joindre sans succès les Schiller au siège social de la compagnie et à leur domicile privé à Westmount à plusieurs reprises.

La Ville de Montréal est-elle responsable de cette situation? Lisez la suite ici. 

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