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Leonard Cohen (1934-2016)

Culture
Leonard Cohen, 1934-2016(photo : Rama - Wikimedia)
Leonard Cohen, 1934-2016. (photo : Rama – Wikimedia)

Leonard Cohen, 82 ans, poète, chanteur, musicien, auteur-compositeur, romancier, s’est éteint le 7 novembre, chez lui, à Los Angeles.

Le Plateau perd un de ses fils les plus célèbres. Leonard Cohen était un artiste brillant, reconnu de par le monde. Il n’a jamais renié ses origines, au contraire. Il revenait toujours à Montréal, jusqu’à tout récemment, où il possédait une maison, à proximité du parc du Portugal, à un jet de pierre de la rue Marie-Anne, que plusieurs ont associé à tort à une de ses plus célèbres chansons, So Long Marianne (v. la vidéo ci-dessous).

@RemiFrancoeur1 indiquait sur Twitter le 10 novembre que Leonard Cohen était son voisin. Il a pu être témoin de gens venant déposer des lampions et des fleurs à la mémoire du chanteur. (photo : capture d'écran - Twitter)

@RemiFrancoeur1 indiquait sur Twitter le 10 novembre que le légendaire Leonard Cohen était son voisin. Il a pu être témoin de gens venant déposer des lampions et des fleurs à la mémoire du chanteur. (photo : capture d’écran – Twitter)

En fait, Cohen a été affecté par le décès en août dernier à Oslo, à 81 ans, de Marianne Ihlen, véritable muse de cette chanson à la ritournelle inoubliable et typique de la musicalité de l’artiste. Ils s’étaient connus sur l’île grecque d’Hydra dans les années 1960, alors qu’ils étaient tous deux des jeunes gens au début de leur vingtaine. La chanson fut publiée en 1967, sur son disque Leonard Cohen Songs.

Incarnation du spleen, critique féroce de la société, poète lucide, il capturait en quelques mots, agencés avec génie, l’essence de la condition humaine. Toute son œuvre est marquée par les questionnements existentiels, la religion, les tourments amoureux, la sexualité, la solitude… Il devient une icône de la contre-culture pop des années 1960-1970.

En 1987, il lance l’album I’m Your Man, qui marque un tournant musical. Cohen soigne une approche très étudiée, avec moult synthétiseurs, parfois à la limite du kétaine, mais de façon très assumée. Il récite davantage qu’il ne chante. Bizarrement, l’année d’avant, on le voit dans un caméo de la série policière Miami Vice!

Une chanson qui marqua un certain retour, The Future, de l’album éponyme (1992), exprime parfaitement la dérive morale du monde moderne. Elle paraît dans le film Natural Born Killers (Oliver Stone) et le fait connaître d’une nouvelle génération de jeunes Américains. En fait, elle signale un long passage à vide, où le poète soigna une dépression très publique. Il finit reclus, dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles, où il est même ordonné moine! Il ne reviendra qu’avec l’album Ten New Songs en 2001.

Il donnait le ton

Leonard Cohen est reconnu pour sa musicalité particulière. En quelques secondes, un chef-d’œuvre comme Suzanne imprègne les consciences et jette un voile de sérénité, mais aussi de mélancolie à toute personne se trouvant dans la pièce où elle joue. Elle est inspirée d’une autre femme qu’a connue le poète à Montréal, dans le Vieux-Port : Suzanne Verdal, femme du sculpteur québécois Armand Vaillancourt. La chanson fut avant tout un poème, Suzanne Takes You Down, dans le recueil de poèmes Parasites of Heaven, paru en 1966. Puis, elle fut lancée l’année suivante, chantée par Cohen, accompagné par Judy Collins et Noel Harrison. C’est d’ailleurs Judy Collins qui lui permet de se produire une première fois en spectacle, à New York, le 30 avril 1967. Suzanne Verdal vit aujourd’hui dans une caravane de Venise Beach, au nord de Los Angeles. Poète et muse ont toujours, séparément, nié avoir eu une liaison amoureuse ou sexuelle, contrairement à ce qu’évoque le texte de la chanson.

(photo : Takahiro Kyono - Wikimedia)

Depuis la fin des années 2000, Leonard Cohen enfilait les tournées, multipliant les concerts s’étirant parfois sur plusieurs heures. (photo : Takahiro Kyono – Wikimedia)

Leonard Cohen laisse une œuvre immense, éternelle. Il a commencé comme un poète chanteur. Il a fini tel un baryton livrant ses textes comme un slameur intimiste.

Pourtant, Cohen fut d’abord un auteur. Issu d’un sérail bien particulier, celui du Mile-End juif qui a produit tant de grands artistes, notamment Mordecai Richler, Leonard Cohen a publié un roman et plusieurs recueils de poésie. En 1966, sentant que sa carrière ne va nulle part à Montréal, il s’installe au mythique hôtel Chelsea, à New York. Plusieurs artistes, au début de leurs carrières florissantes, y séjournent régulièrement. Cohen y rencontre Janis Joplin, Jimmy Hendrix et un autre poète chanteur, Bob Dylan, futur prix Nobel de littérature. Il a aussi connu le poète psychédélique et pape de la beat generation Allan Ginsberg.

À partir de la Grosse Pomme, sa carrière dans la chanson décolle rapidement. Mais, ironiquement, ses œuvres font un tabac en Europe, mais pas aux États-Unis. Questionné par cet étrange tournant du destin par un journaliste, qui s’interroge, en 1974, sur les raisons de son succès européen, Cohen répond avec son humour habituel : « Peut-être qu’ils ne comprennent pas les paroles. »

En 2005, son ancienne manager Kelly Lynch s’enfuit avec sa fortune de plusieurs millions. Il obtient un jugement, mais ne touchera jamais l’argent. Il est ruiné.

En 2008, à 73 ans, Cohen triomphe dans une grande tournée mondiale qui marque son retour à la vie artistique. Il multipliera les virées mondiales, offrant parfois des spectacles de plusieurs heures, comme si son âge ne l’affectait plus sur scène. Il ne cesse d’accumuler estime, honneurs et prestige. Introduit au Panthéon de la musique canadienne en 1991, au Rock and Roll Hall of Fame en 2008, il a été nommé Compagnon de l’ordre du Canada en 2003 et Grand Officier de l’Ordre national du Québec en 2008. Il a gagné sept prix Juno et s’est déjà dit publiquement surpris qu’on le récompense comme chanteur, estimant avoir peu de talent dans ce domaine.

Outre les dizaines d’artistes et d’amis qu’il a côtoyés durant sa très longue carrière, Leonard Cohen laisse dans le deuil ses deux enfants, le chanteur Adam, né en 1972, et Lorca, née en 1974. En 2011, cette dernière a eu une fille avec le chanteur Rufus Wainwright.

Le 21 octobre dernier, Cohen lançait son dernier album, You Want It Darker, réalisé avec son fils Adam, unanimement et universellement encensé par la critique. Père et fils avaient confié à son lancement que le disque de neuf chansons avait été enfanté dans une douleur physique et non spirituelle. Personne n’envisageait, il y a un mois, une aussi rapide dégradation de la santé du poète, dont la famille n’a pas communiqué les raisons de son décès.

So Long Leonard.

 

 

À lire également : Les 3 repères de Leonard Cohen dans le Mile-End

ERRATUM : Leonard Cohen est décédé le 7 novembre à Los Angeles et non le 10 novembre, comme indiquait notre article dans une précédente version. M. Cohen a plutôt été inhumé jeudi au cimetière Shaar Hashomayim, à Westmount.

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