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Le costume nu de Daniel Léveillé

Culture
Quinze ans après la création de Amour, acide et noix et douze ans après celle de La Pudeur des icebergs, la question du nu et du regard voyeur se pose toujours, et l’éclat du costume nu est toujours d’actualité. (photo : Rolline La Porte)
Quinze ans après la création de Amour, acide et noix et douze ans après celle de La Pudeur des icebergs, la question du nu et du regard voyeur se pose toujours, et l’éclat du costume nu est toujours d’actualité. (photo : Rolline La Porte)

Les deux œuvres phares du grand chorégraphe québécois Daniel Léveillé, Amour, acide et noix et La Pudeur des icebergs, sont présentées cette semaine au Théâtre La Chapelle. Les danseurs ont la particularité de danser avec un costume unique : leur propre peau.

Les deux pièces, créées respectivement en 2001 et 2004, sont dansées pour célébrer les 25 ans de la compagnie Daniel Léveillé Danse ainsi que les 40 ans de carrière de son créateur.

Faire face au nu

Le chorégraphe a pris la gageure que le public ne restera pas fixé sur les organes génitaux des danseurs et danseuses durant tout le spectacle. « Il peut y avoir un deux, trois minutes d’ajustement, explique Daniel Léveillé. Je me souviens d’une spectatrice qui me racontant qu’elle ne pouvait pas au début lever les yeux sur la scène. Mais après avoir réglé ça, après avoir vu tout ce qu’on ne voit pas habituellement, la liberté est là. »

Les danseurs avaient à l’époque commencé les premières répétitions minimalement vêtus. « Puis, étant reconnu pour aller jusqu’au bout de mes idées, j’ai fait enlever les bobettes », raconte-t-il. Le corps nu du danseur devient alors son propre costume, avec tous ses défauts et ses particularités.

« Ça a été la révélation pour tout le monde, mentionne-t-il. On n’est absolument plus dans la séduction avec de beaux corps entrainés. Une fragilité se dégage d’eux, on a envie d’y faire attention, plutôt que de les déshabiller, de les violer. »

Échapper à la tentation du voyeurisme

Peut-on éviter le regard concupiscent? Selon le chorégraphe, le quatrième mur [NDLR La séparation entre scène et public] protège tant le spectateur que les interprètes de la tentation du voyeurisme. « Ce n’est absolument pas le même rapport qu’une scène de nu dans un film, explique-t-il. En effet, on peut faire un arrêt sur image et rejouer la scène : c’est voyeur. Il y a le même rapport lorsque l’on regarde de la pornographie en fait. Mais sur scène, il n’y a pas ça. »

Quinze ans après la création de Amour, acide et noix et douze ans après celle de La Pudeur des icebergs, la question du nu et du regard voyeur se pose toujours, et l’éclat du costume nu est toujours d’actualité. Le rapport à la nudité aujourd’hui est encore selon lui de l’ordre d’« un chat au bord d’une fenêtre qui regarde des pigeons de l’autre côté de la vitre ». La nudité continue alors d’être « un statement », un choix artistique. « Et cela n’est pas prêt de changer », affirme-t-il. 

Réception internationale 

La France a été le premier pays à recevoir les pièces : « C’est paradoxalement un des pays les plus ouverts. Les Français râlent beaucoup, d’autant plus quand ils ne comprennent pas », détaille-t-il. Cependant, la très grande couverture médiatique reçue ainsi que les critiques élogieuses ont ouvert le marché européen au chorégraphe.

Jouées depuis plus de 200 fois à travers le monde, les deux pièces, Amour, acide et noix et La Pudeur des icebergs ont propulsé Daniel Léveillé au-devant de la scène internationale. « S’il y a 32 pays en Europe, je les ai présentées dans 30 pays », affirme-t-il.

« Notre pétrole à nous, c’est la danse »

Montréal est aujourd’hui connu pour être une plaque tournante de la danse contemporaine. Les grands chorégraphes Marie Chouinard, Edouard Locke et Ginette Laurin sont devenus les grands représentants de la danse contemporaine canadienne. La relève, qui a tardé à arriver, selon Daniel Léveillé, à cause de la stature imposante de leurs compagnies, est maintenant installée avec des chorégraphes comme Dave St-Pierre.

« C’est notre secret bien gardé. Dans les arts au Québec, la danse contemporaine est celui le plus développé, explique-t-il. Louise Lecavallier, qui a dansé avec David Bowie, c’est Madonna. Il n’y a pas d’équivalent – peut-être Céline Dion », admet-il.


Les pièces Amour, acide et noix et La Pudeur des icebergs sont présentées respectivement du 12 au 14 décembre et du 15 au 17 décembre au Théâtre La Chapelle.

Le chorégraphe Daniel Léveillé (photo : EÍ milie Tournevache)

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