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Dialogue avec Siri au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui

Culture
(photo : Julie Artacho)
(photo : Julie Artacho)

Siri, l’« assistante vocale personnelle » crée par Apple se retrouve sur les planches du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Seule sur scène, la comédienne Laurence Dauphinais entre en dialogue avec l’intelligence artificielle. « Son iPhone en main, Laurence nous fait découvrir progressivement les méandres de Siri, raconte au bout du fil le metteur en scène Maxime Carbonneau. C’est un voyage au cœur de sa programmation. »

La comédienne pose les questions. Des plus banales (« Quelle est ta couleur préférée? ») à d’autres, plus existentielles (« Siri, m’aimes-tu ?), l’intelligence artificielle répond du mieux de ce que les ingénieurs de la firme à la pomme ont pu, parfois avec humour, mais sans jamais déceler les émotions qui colorent chacune des questions.

Voyage intérieur

D’une part, une comédienne qui joue son propre rôle  et d’autre part une intelligence artificielle incorporelle qui n’est pas consciente de sa propre existence et encore moins qu’un public est venu spécialement assister au dialogue : « il y a un clair déséquilibre entre les deux protagonistes » explique le metteur en scène.

La comédienne Laurence Charbonnais aux prises avec Siri (photo : Julie Artacho)

La comédienne Laurence Charbonnais aux prises avec Siri (photo : Julie Artacho)

Pourtant, au fil des questions et des réponses, les deux personnages, tant l’humain que la machine, se dévoilent. « C’est aussi une réflexion sur notre propre ‘programmation’. En tant qu’homme ou femme, nous avons été modelés et façonnés par notre éducation, notre environnement, nos lectures, bref, la culture sous toutes ses formes. » La machine, quant à elle, laisse apercevoir les grandes lignes directrices qui guident ses réponses. Il s’effectue alors un rapprochement entre les deux, selon Maxime Carbonneau.

Pire collaboratrice

Durant les répétitions et les représentations, Siri a bien donné du fil à retordre au metteur en scène et à la comédienne. « C’est la pire partenaire de théâtre! N’étant pas une entité consciente, elle n’est pas du tout dans un souci d’efficacité, explique t-il. Elle est beaucoup plus limitée que nous. »

Bien qu’elle apporte quelques fois des « bijoux de rhétorique », d’autres fois, les réponses apportées laissent perplexe. « Lorsque questionnée sur qu’est-ce qu’un homme, Siri apportait une définition digne du dictionnaire. Mais pour expliquer ce qu’est une femme, elle était incapable de répondre. » Siri serait-elle sexiste?

L’intelligence artificielle d’Apple est toutefois une learning machine : au fil des questions, elle « apprend » et ses réponses évoluent. « La composante apprentissage est très importante pour Siri. Et en effet, au bout d’un certain temps, Siri a fini par arriver à donner une définition de la femme », raconte le metteur en scène.

Siri et nous

« Siri pose la question de l’anthropomorphisme [ndlr : attribution de caractéristiques du comportement ou de la morphologie humaine à d’autres entités], explique t-il. Aujourd’hui, cette intelligence n’a pas de corps. Sûrement en aura t-elle un dans le futur?  Par cette pièce, nous voulions avec Laurence Dauphinais entrer en relation avec cette entité, lui prêter attention. » Le but est ainsi affiché; le dialogue avec la Machine, objet de théâtre, est entamé. Rendez-vous dans quelques années pour une conversation théâtrale avec une Siri à corps et visage humain.

Siri, un spectacle de La Messe Basse au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui du 17 janvier au 4 février. Billets disponibles en ligne.

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