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Bél et Quinn : musiciennes, femmes et noires

Culture
(photo : gracieuseté)
(photo : gracieuseté)

Femmes et d’origine haïtienne, les sœurs du duo Bél et Quinn s’aventurent dans un univers où se mêle jazz et funk. Portrait d’un groupe de musique émergent du Plateau Mont-Royal et de la difficulté d’être femme dans le milieu du jazz.

Les sœurs se sont mises à la musique ensemble durant leur adolescence, à composer et jouer quelques chansons. Elles décident récemment de faire table rase et de repartir à zéro. « On a passé beaucoup de temps à se chercher, on ne savait pas ce qu’on voulait », explique Bélinda. Après avoir changé de nom de groupe de nombreuses fois, Bélinda et Quinn effectuent un virage musical. De la pop, elles évoluent maintenant entre la soul et le jazz.

Deux chansons sont actuellement disponibles à l’écoute sur internet, en attendant un EP qui sortirait dans l’année. Les sœurs ont actuellement une résidence au Dépanneur Café les samedis après-midi de 14h à 15h et continuent à chercher leur propre voie.

Durant les années de la prohibition jusqu’aux années 1950, Montréal fut une plaque tournante de la scène jazz en Amérique du Nord. Aujourd’hui, il reste une dizaine de caveaux de jazz à travers la ville, dont le Dièze Onze et le café Résonance sur le Plateau « Le jazz est encore très présent, mais plus dans un milieu fermé. C’est devenu un tout petit microcosme », explique Quinn.

Mister is Dead by Bél & Quinn (photo : gracieuseté)

Mister is Dead by Bél et Quinn (photo : gracieuseté)

Le jazz, un univers machiste ?

L’une, Bélinda, est en maîtrise en littérature et chante, l’autre, Quinn, est étudiante en guitare jazz à l’université Concordia.

Le parcours des deux femmes est pourtant compliqué. Quinn, la guitariste, le confirme : le monde du jazz est un monde d’homme. Dès ses études au cégep Marie-Victorin, près de Montréal-Nord, jeune la guitariste fait face aux remarques sexistes de ses collègues.

« Les gens se moquaient de moi parce que j’avais de la difficulté à jouer certains morceaux. Je ne pouvais pas être de leur niveau selon eux », raconte Quinn. Elle se crée une carapace et persévère dans l’étude de son instrument. « La guitare est petit à petit devenue une partie de moi pour devenir aujourd’hui comme un troisième bras. Si je me fais attaquer par les hommes, c’est comme si je perdais un membre. Je ne peux pas me laisser paraître inférieur parce que je suis une fille. Parce que je ne suis pas inférieure. No way. »

Sur la vingtaine d’étudiants dans son programme à l’université Concordia, seulement deux sont des femmes. Ses professeurs de guitare sont tous des hommes. Quinn est d’abord refusée dans le big band d’un professeur parce qu’elle n’avait pas le niveau. Face au sexisme sous-jacent de ses pairs, elle persiste. Ses professeurs découvrent son talent lors de ses examens. « ‘Wow!’ m’ont-ils dit! »

Bélinda ne veut toutefois pas se mettre dans une posture de victime. « Femme et noire, la musique devrait nous permettre au contraire de nous imposer », raconte-t-elle. Et Quinn d’ajouter : « Je suis noire, je suis guitariste, et alors? »

En attendant la sortie de leur EP, Bél et Quinn se produisent au dépanneur café de 14h à 15h les samedis.

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