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Les églises catholiques se vident… mais d’autres se remplissent

Culture
(photo : Pierre de Montvalon)
(photo : Pierre de Montvalon)

Alors que la plupart des églises catholiques se vident, les services de l’église évangélique La Chapelle, présente à Rosemont et dans le Mile-End, attirent de nombreux jeunes fidèles. Quelle est sa recette?

« C’est fou ce qui se passe en moi », raconte, allumé et grand sourire, Francis. Le jeune homme originaire de Granby a découvert sa foi il y a un an et demi. « Médicamenté, je luttais alors contre la dépression. J’étais agnostique et m’en fichais de Dieu. J’ai découvert La Chapelle par hasard. Ça a été le choc : pour la première fois, quelqu’un priait pour moi. Je ressentais de l’amour venir de toute part. Ça a changé ma vie, j’ai vécu une renaissance. Aujourd’hui… Je me sens bien… C’est surnaturel! »

Cette découverte intérieure permet au jeune homme de commencer une nouvelle vie. Il rencontre un prophète, vit des moments intenses avec les esprits, effectue un jeûne de 21 jours, au désespoir de sa famille, « qui [le] trouve extrémiste. »

Pour Celia, jeune femme dans la vingtaine qui participe aux services de la Chapelle depuis ses débuts en 2013, c’est la relation simple avec Dieu qui l’a séduite. « Ici, il n’y a pas d’obligation, explique-t-elle. C’est authentique et accessible! »

Messe party

Crée en 2013, la communauté de La Chapelle compte aujourd’hui 1200 âmes et celle du Mile-End se rassemble chaque dimanche au Théâtre Farmount ou au Théâtre du Rialto. Cette authenticité attire de nombreux jeunes adultes aux différents services de La Chapelle. Comme a pu le constater Pamplemousse, la très grande majorité des fidèles présents étaient de jeunes professionnels, hommes et femmes, âgés autour de la trentaine.

Sur la scène, chanteuse, guitariste, bassiste et batteur commencent le service par un concert rock d’une quinzaine de minutes. Tel un karaoké, les paroles des chansons sont projetées sur un écran derrière les musiciens. La salle entière se lève, et, bras au ciel, les fidèles se mettent à chanter et à danser.

Vient ensuite le prêche du pasteur, tout le long accompagné de quelques accords groovy de guitare basse, un rythme de la batterie et d’une présentation PowerPoint. Pour le mois du Carême, le pasteur appelle les membres à un jeûne technologique durant lequel ils sont invités à se déconnecter de leur appareil mobile et des réseaux sociaux. 

Religion 2.0

Très active sur Facebook et Instagram, La Chapelle utilise les outils marketing actuels pour rejoindre son public : conception visuel poussée, design graphique, mots clés, prêche diffusé en ligne. Ainsi, le pasteur Frédérick Libert est aussi directeur des opérations. « Cependant, ces églises évangéliques n’inventent rien, explique Frédéric Castel, chercheur au département des Sciences des religions l’UQAM. Elles reprennent des éléments typiques de la doctrine chrétienne. La formule est simplement mise à jour. À l’aide d’internet, elles vont chercher les gens là où ils sont. »

Comment expliquer ce succès? Selon Frédéric Castel, le succès des églises évangéliques provient du ton adopté durant les prêches. « Le pasteur adopte un ton déculpabilisant – ‘J’ai vécu les mêmes problèmes que vous’ – et enthousiaste – ‘Grâce à Dieu, j’ai pu surmonter ces problèmes’. De plus, il aborde des addictions très actuelles : à la pornographie, aux dépenses frénétiques, à la drogue. »

Alors que la religion catholique, pilier de la société québécoise jusqu’aux années 1960, accompagne le croyant dans la lecture des textes religieux, les églises évangéliques, au contraire, laissent le fidèle seul avec les textes. « Cela flatte le besoin d’autonomie, explique le chercheur. Il en découle une interprétation plus fondamentale de la Bible. » Ainsi, l’homosexualité, au même titre que les rapports sexuels avant le mariage, est considérée ainsi comme étant un péché.

La foi n’aime pas le vide

Frédéric Castel est d’avis que la religion n’est pas du tout en train de disparaître de nos sociétés. Elle disparaît simplement du champ public. « Le marché des âmes fonctionne encore à merveille! L’offre religieuse s’est toutefois diversifiée, explique-t-il. La religion catholique ne détient plus le monopole de la visibilité comme ça l’a été jusqu’aux années 1960 au Québec. »

L’essor des églises évangéliques et autres mouvements religieux s’inscrit dans un contexte d’attrition du mouvement catholique au Québec, selon Catherine Foisy, professeure en Sciences des religions à l’UQAM. « Le tissu associatif évoluant autour de l’Église catholique est en train de se décomposer. On va sûrement assister cette année, par exemple, aux dernières Journées sociales du Québec, raconte-t-elle. D’ici 2020, on prévoit qu’il n’y aura plus de séminariste au Québec. Et les évêques, réunis en conférence, semblent simplement se dire ‘Le Saint-Esprit est avec nous’. Ça va mal à la shop! »

La Chapelle a décliné nos demandes d’entrevue.

Shooters et bouchées sont au programme (photo : Pierre de Montvalon)

Shooters et bouchées sont au programme (photo : Pierre de Montvalon)

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