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Une Chapelle pour La Vie littéraire

Culture
(photo : Arnaud Ruelens-Lepoutre)
(photo : Arnaud Ruelens-Lepoutre)

Seul, un micro en main, sur un podium, face au public du théâtre La Chapelle, l’écrivain iconoclaste Mathieu Arsenault s’élance dans un monologue ininterrompu de quarante-cinq minutes.

« … je tape ma vie dans une coquille de noix les visages s’estompent parce que l’expansion de l’univers amplifie le vide entre les gens… »

Tantôt calme, tantôt lyrique, tantôt exalté, tantôt amer, l’auteur – devenu comédien grâce à la collaboration du metteur en scène tout aussi iconoclaste Christian Lapointe – enchaîne d’un flux ininterrompu des passages de son roman La vie littéraire, publié en 2014 aux éditions Le Quartanier.

« …au milieu des librairies qui ferment des journaux en faillite et de tous ces fantômes qui n’ont plus le temps de dire ou de rien faire sinon d’attendre que se refroidisse définitivement l’univers littéraire… »

La longue litanie est celle d’un personnage féminin, réminiscence de Vicki Gendreau, jeune auteure décédée à 24 ans et dont l’écrivain arbore en lettre dorée le nom sur son tee-shirt fait maison. Le fantôme de Vicki Gendreau tente alors de prendre forme dans les phrases de Mathieu Arsenault. « La fille qui parle dans La Vie littéraire, elle voudrait tellement exister, raconte-t-il. Elle n’a pas de corps, elle n’a pas de mémoire, elle n’a pas de vie. Elle est juste une phrase, mais c’est tellement injuste qu’elle n’existe pas et c’est tellement fort, que toi, tu es traversé par ça, tu subis ça. »

Mélange des genres

Dans La Vie littéraire, Mathieu Arsenault développe une critique acerbe de la littérature et de la poésie « officielles ». Les salons du livre et ses auteurs, les prix de littérature, les librairies qui ferment, les journaux qui font faillite, les jeux vidéo, les médias sociaux, bref la vie au XXIe siècle : tout cet univers passe sous le flux de conscience poétique de l’auteur.

En adaptant son livre à la scène, lui même à la frontière entre roman et poème, Mathieu Arsenault brouille les genres. Ce qu’il présente au théâtre La Chapelle est un métissage de poésie parlée, de littérature et de théâtre.

Quoique dépouillé des artifices du théâtre, le spectacle n’en conserve pas moins la mise en scène. À mi-parcours, la dynamique usuelle du théâtre est chamboulée. Le monologue achevé, le spectateur est invité à rester après un entracte de dix minutes pour une période de questions, en fait partie intégrante du spectacle.

Dans cette entrevue factice avec le producteur de la pièce, l’auteur laisse son personnage féminin répondre aux questions naïves et caricaturales de celui-là. Envolées à la fois lyriques et comiques sont enchaînées en guise de réponse. Jusqu’à ce moment de vérité, où personnage et auteur se confonde quand celui-ci, les larmes lui montant aux yeux, jette avec force et désespoir qu’ « [il] a décidé de consacrer [sa] vie à quelque chose qui n’existe peut-être plus » : la littérature.

Finalement, c’est précisément ce mélange des genres qui fait la richesse de La Vie littéraire et l’importance de cette adaptation théâtrale. Mathieu Arsenault secoue la littérature, l’amène sur scène et lui redonne vie.

La Vie littéraire, un spectacle de Mathieu Arsenault produit par Rhizome. Jusqu’au 31 mars au théâtre La Chapelle. Billets disponibles en ligne.

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