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Que faire, lorsque l’Histoire nous écrase de ses pieds?

Culture
(photo : David Ospina)
(photo : David Ospina)

Le théâtre de Quat’Sous présente « Les Manchots », une pièce écrite et mise en scène par son directeur artistique et dramaturge Olivier Kemeid.

Un de ces hôtels qui donne sur une place magistrale. Une révolution qui se déroule sous ses fenêtres. Trois personnages qui s’y terrent, jusqu’à qu’une femme les fasse sortir de leur chambre.

Tahrir, Maidan, Tian’anmen : l’auteur a voulu interroger notre rapport à ces « points chauds » de la planète où soulèvements spontanés secouent des sociétés entières et laissent leur marque dans l’Histoire. Tout de suite, les coups de feu tirés à même la scène plongent le spectateur dans l’atmosphère asphyxiée et hystérique des scènes de guerre.

Un journaliste, un exilé et un sniper sont les premiers témoins et acteurs malgré eux de la tragédie qui investit jusqu’au hall de leur hôtel, transformé en hôpital de fortune aux allures de morgues. « L’hôtel est pour moi le lieu qui symbolise la solitude, explique Olivier Kemeid. J’ai voulu faire se rencontrer ces personnages et mêler leur petite histoire avec la grande Histoire. »

La mise en scène mêle aussi bien le fatalisme des tragédies grecques à des ressorts comiques. Une forme d’humour noir, grâce au comique de situation et au comique de répétition, vient alléger l’atmosphère tragique de la pièce.

Libérer la parole

Pour le dramaturge, la parole théâtrale est au cœur de son processus artistique. Écrivain, directeur artistique ou metteur en scène, Olivier Keid est assoiffé de sens. « J’ai besoin de la parole et pour cela de poser des questions sur l’Histoire, les personnages, mon rapport au monde, explique-t-il. Je cherche à amener du sens à ce qui n’en a pas et à en ôter à ce qui en a trop. »

Les personnages, dans un accès d’inconscience, de désespoir ou simplement acculés, libèrent leur parole. « J’aime trifouiller dans le continent noir, aller chercher des pulsions, des choses inavouables et inavouées, ce qui échappe aux étiquettes, à notre entendement. » Les personnages se livrent et leur histoire livrée ressuscite le mort, soigne la victime et délivre l’assassin.

Le Quat’Sous : monument du Plateau

Le théâtre de Quat’Sous est, avec le théâtre du Rideau Vert, parmi les plus vieux théâtres de Montréal. Il a accueilli sur ses planches l’Osstidcho de Robert Charlebois, les pièces de Michel Tremblay et de son metteur en scène André Brassard, la première création de Robert Lepage,  « Incendies » de Wajdi Mouawad. « C’est un théâtre de poche – seulement 170 places! – avec un historique glorieux », résume Olivier Kemeid.

 


Les Manchots, jusqu’au 1er avril au Théatre de Quat’sous. Billet disponible en ligne.

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