Publicité

Cendrine Lévêque et son café de quartier

Économie, Vie de quartier
Cendrine Lévêque vient de célébrer les cinq ans de son café de quartier les Diablotins Gourmands (photo: Stéphane Desjardins)
Cendrine Lévêque vient de célébrer les cinq ans de son café de quartier les Diablotins Gourmands (photo: Stéphane Desjardins)

Rue Gauthier, à un jet de pierre du parc Lafontaine, un minuscule café, les Diablotins Gourmands, attire habitués et clients occasionnels. La vie de quartier à son meilleur.

Le 8 mai 2012, Cendrine Lévêque lançait son café dans un local qui a vu passer une cordonnerie, un magasin de vélo et un café qui ne payait pas de mine. Mais pourquoi la rue Gauthier? Un concours de circonstances a attiré la tenancière sur cette petite artère sympathique, qui relie Papineau et des Érables, où circulent davantage de cyclistes et de piétons que d’automobiles.

«J’étais dans une passe un peu spéciale de ma vie. Après avoir fait des études en hôtellerie et en management de la restauration en France, mon mari et moi avons immigré à Vancouver. Mais ça ne collait pas. On s’est rapidement installés à Montréal, dans ce quartier. Puis, j’ai eu deux enfants. Mon employeur m’avait mis à pied lors de ma première grossesse. Je l’ai poursuivi pour congédiement illégal et j’ai gagné. C’est mon petit côté féministe… J’ai occupé plusieurs petits boulots par la suite, mais c’était compliqué à cause des enfants.» La jeune femme se met dans la tête de se lancer en affaires, pour lui permettre de concilier travail et famille.

«J’avais une associée… qui m’a lâchée en cours de route, alors qu’on cherchait un local, notamment dans Hochelaga. J’avais toutefois un oeil sur ce café, vu que j’habitais tout près. Nous avions sollicité plusieurs prêteurs, mais personne ne croyait en notre projet. Finalement, j’ai acheté, seule, le fonds de commerce de la dame qui opérait l’ancien café, et je l’ai rénové à mon goût. Il fallait que ça marche puisque j’avais quitté mon emploi et je venais de divorcer!»

Cendrine Lévêque a longtemps vécu avec sa carte de crédit et géré son café avec plus d’imagination que de ressources! Mais l’endroit, au décor et à l’ambiance uniques, est devenu un véritable pilier de la vie de ce coin du Plateau, qui ressemble à un village. «On a nos clients réguliers. Certains sont de véritables personnages. Beaucoup se sont connus ici, sont devenus colocs ou font de la musique ensemble. Je connais tous mes clients par leurs prénoms. Plusieurs travaillent dans le quartier ou habitent tout près.» De nombreux clients proviennent des bureaux de la rue Sherbrooke, d’autres enseignent aux écoles Jeanne-Mance ou Saint-Joseph, où fut tourné le film M. Lazhar.

Parlant de cinéma, Cendrine Lévêque organise des projections de films d’auteur et de documentaires un lundi de chaque mois. Les gens sont invités à apporter leur bière. La dernière a permis de célébrer les cinq ans du café, qui est fermé le dimanche pour donner la chance à tout le monde de passer du temps en famille.

Une bonne ambiance

Il suffit de franchir la porte ou de s’installer à la minuscule terrasse pour comprendre le caractère relax des lieux. Des clients s’échangent des blagues et taquinent la patronne, qui le leur rend bien. «On m’appelle la Jeanne d’Arc de la rue Gauthier, juste parce que j’ai survécu toutes ces années, dit-elle. De nombreux clients disent simplement que c’est le café à Cendrine. On essaie de recréer une ambiance familiale. Plusieurs viennent chez nous pour briser leur solitude, notamment chez nos clients plus âgés.»

Il n’est pas rare que le café se remplisse et que les discussions se chevauchent. «Il peut y avoir 15 personnes dans la place, mais aucun qui pianote sur son cellulaire. On offre le wi-fi et certains ont leur ordinateur, mais l’humain l’emporte la plupart du temps sur la machine.» Le sentiment d’appartenance est si fort que même les ex-habitants du quartier ou certains touristes continuent de fréquenter l’estaminet, qui fait également épicerie.

Cendrine Lévêque et son personnel cuisinent plusieurs plats du jour et les offrent aussi congelés, ainsi que des produits maison, comme des confitures de saison ou du café en vrac. «Je viens d’une famille où on cuisinait beaucoup, dit-elle. Je partage ainsi une cuisine saine et maison.» Le café est également un point de chute de SecondeVie (ou SecondLife), un service de livraison de produits difformes, mais frais (surtout des fruits et légumes).

Les Diablotins Gourmands représentent aussi un petit pôle culturel local. Le croque-en-livres installé devant la porte marche à fond la caisse, notamment auprès des jeunes familles. Et Cendrine Lévêque a instauré un club de lecture où les clients proposent des titres sur lesquels ils débattent et discutent.

Cendrine Lévêque caresse un petit projet d’agrandissement, mais se heurte aux réticences d’à peu près tout le monde: élus, proprio et organismes d’aide au développement du quartier. Ses ambitions sont modestes, mais on dirait qu’oeuvrer à l’amélioration de la qualité de vie des résidents pèse moins lourd que d’autres considérations. Qu’à cela ne tienne, la Jeanne d’Arc de la rue Gauthier n’est pas du genre à baisser les bras. Et, soyons francs, il est difficile de résister à son latte…

Cendrine Lévêque a réalisé la décoration et insuffle une ambiance familiale aux Diablotins Gourmands. (photo: Stéphane Desjardins)

Vos commentaires
loading...