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De l’artiste à l’entrepreneur, un seul pas?

Culture
(photo : Resto Plateau)
(photo : Resto Plateau)

Le vocable « artiste-entrepreneur » devient de plus en plus populaire pour souligner les enjeux auxquels font face les artistes en 2017. Les deux facettes sont-elles conciliables?

Les artistes et OBNL dans le domaine de la culture sont très tôt confrontés à un exercice administratif très important : la rédaction des demandes de subvention. Aussi, dans un contexte où l’offre culturelle est importante, maîtriser les outils de communications est indispensable pour les artistes afin de rejoindre leur public.

Cette démarche entrepreneuriale est devenue aujourd’hui une composante primordiale du travail de l’artiste. Afin d’outiller les artistes aux défis administratifs auxquels ils font face, plusieurs organismes leur proposent soutien et formations.

« Nous sommes convaincus que c’est un thème à explorer », explique Indu Krishnamurthy, directrice générale adjointe de l’organisme ACEM-Financement communautaire responsable. À travers le microcrédit, l’organisme permet de financer différents projets artistiques et organismes culturels. « Beaucoup d’artistes et d’artisans qui veulent vivre de leur art se considèrent comme des travailleurs autonomes, continue-t-elle. Nous leur fournissons soutien et formations afin qu’ils réussissent. »

Les minorités à l’écart

Ces difficultés sont exacerbées chez les artistes des minorités ethniques et nouveaux arrivants. Remplir une demande de subvention au Conseil des Arts de Montréal (CAM) ou au Conseil des Arts et des Lettres du Québec (CALQ) peut constituer une tâche très ardue. L’obtenir l’est encore plus. « Pour ces communautés-là, avoir accès aux subventions des institutions publiques est très compliqué », raconte Indu Krishnamurthy. Celle-ci souligne le manque de connaissance de la structure des subventions, le peu de reconnaissance de leurs pairs et parfois un historique de crédit, nécessaire parfois à l’obtention de la subvention.

Yves Agouri a participé à la création de l’Association des artistes-entrepreneurs de Montréal (AARTEN) en 2016, qui propose différents services aux artistes dans leur cheminement professionnel. Aujourd’hui président-directeur général de l’organisme, il regrette que les inégalités d’accès aux ressources soient criantes envers les artistes des minorités. « Beaucoup de communautés culturelles se sentent isolées dans ce processus, explique-t-il. Il y a une grande côte à remonter de la part des institutions publiques pour impliquer les artistes de la diversité. »

Des initiatives sont actuellement prises par ces institutions pour « viser plus largement le citoyen », selon les mots de Yves Agouri. En avril dernier par exemple, le CAM et le CALQ ont accordé 150 000$ à travers le programme « Vivacité » à une vingtaine d’artistes de la diversité.

Artiste et affaires, est-ce conciliable?

« Oui, nous en sommes la preuve! répond d’emblée Yves Agouri. En allant chercher les bonnes ressources et en étant bien encadré, on peut réussir. » Toutefois, quelques artistes soulignent la difficulté de concilier création artistique et travail administratif. Irina Krasnyanskaya est pianiste et directrice du festival Les Saisons Russes de Montréal. Pour elle, « c’est très difficile de [se] concentrer sur [sa] pratique musicale et, en même temps, faire face à tous les défis administratifs d’organiser un festival. »

Mykalle Bielinski, une artiste multidisciplinaire en début de carrière, parle même de « survie ». Rencontrée en marge de son spectacle « Gloria », présenté au Théâtre La Chapelle en mai dernier, elle affirmait : « C’est un défi pour les artistes aujourd’hui de rester sains et concentrés sur leur pratique. Ils font tout : la demande de subvention, la production, le programme de leur spectacle, la recherche de financement. Trouver son espace de création, autant lieu que disposition mentale, devient alors compliqué. »

Pour réfléchir à la réalité, aux défis et aux enjeux auxquels sont confrontés les artistes aujourd’hui, l’ACEM organise le lundi 19 juin une causerie sur le financement des artistes en affaires, à laquelle Yves Agouri participera. Pour s’inscrire, c’est ici.

Et vous? En tant qu’artiste-entrepreneur(e), arrivez-vous à concilier les deux facettes? Témoignez de votre situation dans les commentaires ci-dessous.

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