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Le dernier souffle : un requiem pour l’Hôtel-Dieu

Culture
Déjà imprégnée de l’esprit de Jeanne Mance, la cinéaste a cherché à se plonger dans le quotidien de l’un des plus anciens hôpitaux d’Amérique pour rendre hommage à l’héritage toujours vivant de cette pionnière qui a été, tardivement, reconnue comme l’une des cofondatrices de Montréal. (photo d’archives : Simon Van Vliet)

C’est au musée des Hospitalières que la cinéaste Annabel Loyola a lancé le DVD de son deuxième long-métrage documentaire, Le dernier souffle.

« Tout a commencé le 28 mars 2013 », raconte la documentariste dont le premier long métrage, La folle entreprise, l’avait emmenée sur les pas de Jeanne Mance. Ce jour-là, La Presse révélait que les huit pavillons de l’hôtel-Dieu de Montréal allaient être mis en vente pour financer la construction du nouveau Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM).

Documenter la fin d’un cycle

Troublée par l’idée qu’on puisse ainsi liquider l’institution fondée par Jeanne Mance en 1642, l’année même de la fondation de Montréal, Annabel Loyola s’est mis en tête d’en « capter la mémoire vivante, avant qu’elle ne s’éteigne ». Déjà imprégnée de l’esprit de Jeanne Mance, la cinéaste a cherché à se plonger dans le quotidien de l’un des plus anciens hôpitaux d’Amérique pour rendre hommage à l’héritage toujours vivant de cette pionnière qui a été, tardivement, reconnue comme l’une des cofondatrices de Montréal.

« C’est le moment de le voir », souligne Annabel Loyola évoquant le fait que le transfert des patients de l’Hôtel-Dieu vers le CHUM est prévu pour le 5 novembre. « Pour moi, il y a une suite », insiste la réalisatrice qui précise que si elle n’a pas documenté la lutte de la communauté pour la réaffectation future des installations l’Hôtel-Dieu dans son film, elle n’en cultive pas moins l’espoir que l’esprit des lieux sera maintenu.

Un DVD pour faire durer la mémoire

« Les gens n’achètent plus de DVD », concède Annabel Loyola qui rappelle que la Boite Noire, où le DVD de son premier film a été lancé en 2012, a fermé ses portes l’an dernier et que le dernier club vidéo de l’avenue du Mont-Royal a annoncé sa fermeture à venir le mois prochain.

Malgré tout, la cinéaste fait de la distribution de copies physiques du film une question de principe pour s’assurer que l’histoire vive et circule en dehors du réseau des festivals et des projections publiques, comme un livre qu’on peut garder à la vue dans sa bibliothèque afin de le faire découvrir à ses amis ou à ses proches.

Quelques projections sont par ailleurs encore prévues au pays avant que la réalisatrice ne s’envole pour la France en novembre, dont une projection avec séance de dédicaces du DVD qui se tiendra le 21 octobre au Musée des Hospitalières.

Une résonance universelle

Le lancement du film en DVD aura aussi été l’occasion d’une réflexion en profondeur sur la résonance du projet, et ce à plusieurs niveaux.

La particularité du film est qu’il touche autant le public montréalais que des publics ailleurs au Québec et à l’étranger. « Les gens pleurent en Chine en voyant le film », affirme la réalisatrice qui a présenté le documentaire en première internationale lors du Festival international du film de Shanghaï en juin.

Le film a également une forte résonance en France, où plusieurs Hôtel-Dieu ont perdu leur âme dans les dernières années en étant transformés en hôtel de luxe ou converti en centre commercial.

Hôtel-Dieu : l’âme éternelle de Montréal

Dans une allocution solennelle lors du lancement Sœur Denise Lafond, supérieure générale de la Maison-mère des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, indique vouloir « croire que l’Hôtel-Dieu survivra, parce qu’une âme, ça ne meurt pas ».

« C’est ici que s’est faite l’histoire de Montréal  », lance pour sa part Louise Harel, invitée d’honneur au lancement en compagnie du directeur des politiques d’Héritage Montréal, Dinu Bumbaru.

Ce dernier en profite pour lancer un appel senti à la mémoire du lieu et s’inquiète que le nom Hôtel-Dieu soit sacrifié dans un éventuel projet de réaffectation. « Il y a aussi l’avenir du lieu lui-même » qui reste à assurer, précise-t-il tout en saluant la démarche de longue haleine pour assurer que la vocation publique, sociale et communautaire de l’institution soit préservée après le déménagement des derniers services hospitaliers vers le CHUM, en 2021.

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