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Quand la campagne s’invite en ville

Histoire
«Summer day, Gilford looking east from Henri-Julien», oeuvre de John Little 2010 . (Source: exposition Galerie Alan Klinkhoff, novembre 2017)

C’est dans les petites villes de régions que l’on retrouve souvent ce genre de paysage.

Si l’on fait abstraction de la partie droite de cette peinture, on pourrait presque croire que les deux fillettes se dirigent rejoindre leurs amies à la « Plage Idéale », ou à la « Plage Roger »; toutes ces plages à « noms propres » ainsi baptisées comme la plupart des plages dans les lieux de villégiatures des années 1950.

Bien sûr, en chemin, elles font un stop au casse-croûte pour un chip ou une liqueur.  Mais ne vous laissez pas tromper, vous n’êtes pas à la campagne, vous êtes en plein coeur du Plateau-Mont-Royal.

«Summer day, Gilford looking east from Henri-Julien», oeuvre de John Little 2010 . (Source: exposition Galerie Alan Klinkhoff, novembre 2017)

Cette toile de l’artiste John Little (1928- ) présentant la rue Henri-Julien à l’angle de Gilford nous montre une image de ce secteur qui est inédite pour moi.  Ce fabuleux peintre, qui a un faible pour les quartiers populaires de Montréal et de Québec, a l’immense talent d’insuffler le « génie du lieu » dans ses oeuvres.  Je vous ai d’ailleurs déjà présenté deux autres peintures de cet artiste dans des chroniques antérieures.  J’adore ces tableaux.

Dans celui-ci, il fait soleil, il fait chaud, c’est tranquille en ville.   Moi je pense que ce sont les vacances scolaires ou que nous sommes un dimanche matin.  Je ne peux m’empêcher de faire des scénarios devant ces peintures.

Ici, Little nous décrit la rue comme elle était dans les années 1970 avec le vieux bâtiment à gauche qui semblent faire office de petit restaurant ou d’épicerie.  La construction est de bois, ce qui nous ramène au fait que nous nous trouvons dans les environs du village de Côte-Saint-Louis et que la construction date probablement du milieu du 19ème siècle.  L’édifice est coiffé d’une fausse mansarde en tôle rouge et présente une curieuse construction en pavillon en son angle.  On reconnaît les bâtiments à droite de l’image et qui sont toujours là, alors que notre vieux bâtiment est disparu depuis longtemps.  Little nous montre une perspective qui se rend jusqu’à Saint-Denis puisqu’on distingue au loin les lucarnes du dernier bâtiment angle Saint-Denis.  Il se remémore ce paysage en 2010 car l’immeuble a depuis longtemps disparu.

On voit au centre de la photo, les lucarnes que l’on distingue dans la peinture de Little. (Source Google street view)

La photo suivante nous montre la situation contemporaine du carrefour.  La rue est toujours sinueuse et rappelle son histoire du « Chemin des Carrières », qui se promenait dans Côte-Saint-Louis en longeant les différentes carrières et qui servait au transport de cet « or gris »,  la pierre calcaire de Montréal, qui servait alors à l’édification des grandes constructions du centre-ville.

Amorce de la rue Gilford, anciennement connue sous le nom de « Chemin des Carrières », à partir de l’avenue Henri-Julien; elle-même connue sous l’ancien nom de rue « Rabain » (Robin).  C’est sur cette dernière rue que s’est d’abord installé le « village des tanneries », endroit ou logeaient les premiers ouvriers de la tannerie de la Famille Bélair.  La tannerie s’est d’abord installée tout à côté en 1714.  (source: Google street view)

Un détail de la peinture nous permettant d’apprécier la qualité et la beauté de cette oeuvre.  La Galerie Alan Klinkhoff située au 1448 Rue Sherbrooke Ouest, à Montréal, vient de tenir une exposition consacrée à John Little.  L’expo s’est déplacée à Toronto mais un catalogue a été préparé pour l’occasion et une édition française doit paraître cette semaine.  L’ouvrage est exhaustif et richement illustré.  Si vous aimez Little, je vous recommande fortement de vous le procurer.

En attendant le retour de l’été, je vais tenter de retrouver la date de la  démolition du « snack-bar » de la rue Gilford.  Je dis snack-bar car je trouve ça plus « fifties », mais les annuaires Lovell’s nous indiquent qu’au 301 de la rue Gilford, on retrouvait dans les années 1960, l’épicerie Marcel.  Elle sera remplacée dans les années 1970 par le « Angi auto parts » (la représentation pourrait en effet montrer un commerce de pièces automobile) pour disparaître des cartes vers 1974.

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