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Un portrait socio-économique du Plateau… au temps de la Grande Crise

Histoire

Les temps changent et les richesses se déplacent en ville au fil du temps. Une société en mutation.

En fouillant les archives de la Ville de Montréal, je suis « tombé » sur cette carte présentant l’état socio-économique de la partie sud de l’île de Montréal, tel que colligé par l’administration municipale en 1931. Un portrait des classes sociales montréalaises au temps de la Grande Crise. Le territoire du Plateau Mont-Royal est entouré en rouge sur la carte, mais la qualité générale de l’image ne permet malheureusement pas un agrandissement très clair. Regardons alors la situation dans ses grandes lignes.

La carte nous présente quatre niveaux de richesses qui se répartissent à divers endroits de la ville. Un niveau 1 représente une situation de « richesse ». Le niveau 2 nous exprime la situation des « biens nantis ». Le niveau 3 peut s’interpréter comme un milieu « ouvrier aisé »; tandis que le niveau 4 pourrait se définir autour d’une notion de milieu « ouvrier pauvre ».

Un premier coup d’œil nous indique que le territoire du Plateau comprend un échantillon de chaque catégorie. Un petit secteur no.1 « riche » se retrouve à l’ouest du parc La Fontaine et correspond surtout à la partie autour du Square Saint-Louis, de la rue Cherrier, ainsi qu’autour du secteur Saint-Denis et Saint-Hubert. On y retrouvait quelques ministres et de nombreux notables, fiers résidants de la magnifique paroisse de Saint-Louis-de-France.

Le voisinage du Square Saint-Louis fait étalage d’une architecture de très grande qualité. Abandonné au cours des années 1970, le Square s’est vu réapproprié par la gentrification des dernières années.         (photo : Arrondissement Plateau-Mont-Royal/Louis Blouin)

Le voisinage du Square Saint-Louis fait étalage d’une architecture de très grande qualité. Abandonné au cours des années 1970, le Square s’est vu réapproprié par la gentrification des dernières années. (photo : Arrondissement Plateau-Mont-Royal/Louis Blouin)

On voit aussi un secteur de niveau 2 (également assez restreint) qui correspond au quartier actuel que l’on nomme Milton-Parc. Ce secteur limitrophe au centre-ville est lui aussi occupé par plusieurs belles demeures et bien que moins « aristocratique » que le quartier du Square Saint-Louis, il n’en demeure pas moins un milieu beaucoup plus à l’aise que l’ensemble de cette région du centre-ville.

Une bonne majorité du reste du quartier est occupée par une population ouvrière plus aisée (secteur no.3) qui doit être composée par des travailleurs spécialisés possédant un emploi régulier. Un peut penser à la notion de « petits bourgeois » formée d’employés de bureau, vendeurs ou représentants. La poussée de développement immobilier qu’a connu Le Plateau-Mont-Royal dans le premier quart du XXe siècle aura permis de produire un grand nombre de logements locatifs, dont les caractéristiques physiques s’adressent justement à ce genre de clientèle.

On retrouve ces secteurs dans les régions à l’ouest de Saint-Laurent; dans ce qui sera appelé « l’Annexe » et dans le futur Mile-End. Tout le secteur Est du quartier est aussi composé par cette catégorie socio-économique. Ces couches sociales forment la base solide du Plateau Mont-Royal. Encore aujourd’hui, malgré toute la pression de la « gentrification » qui s’est exercée depuis plusieurs décennies, une bonne majorité du quartier est toujours composée d’une large palette de niveaux de revenus.

Finalement, un fort secteur de catégorie 4 (milieu ouvrier pauvre) se retrouve dans la région à l’est du boulevard Saint-Laurent et à l’ouest de Saint-Denis; entre Duluth et les voies ferrées au nord. Ce secteur correspond grosso modo aux plus vieilles parties du quartier. L’ancien village de Saint-Jean-Baptiste et celui du Coteau Saint-Louis offrent encore un parc locatif ancien et souvent désuet sinon insalubre. Il est donc conséquent d’y retrouver les couches les plus démunies de la société d’alors.

Les secteurs plus anciens du quartier n’ont pas fait l’objet de travaux de rénovation des logements pendant de nombreuses années et ont longtemps logé des populations moins nanties. (photo : Gabriel Deschambault)

Les secteurs plus anciens du quartier n’ont pas fait l’objet de travaux de rénovation des logements pendant de nombreuses années et ont longtemps logé des populations moins nanties. (photo : Gabriel Deschambault)

Bien sûr, le regain de popularité du quartier lors des dernières décennies est venu largement modifier ces caractéristiques socio-économiques. Mais je pense que c’est justement ce mélange originel de statuts sociaux qui est venu teinter le caractère fondamental du quartier et qui laisse encore des traces aujourd’hui.

Pour ce qui est du reste du territoire montréalais, nous ne sommes pas surpris de constater que les secteurs no.4 se retrouvent justement dans les secteurs les plus anciens de la ville. C’est ce qu’on appelle souvent le « T » inversé de la pauvreté. Les secteurs plus à l’ouest (souvent plus anglophones) regroupent la plupart des régions no.1 et no.2 de la ville.

Une carte fort intéressante qui nous raconte l’histoire de la ville; et aussi celle de notre quartier.

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