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Tout va bien sur l’Avenue Mont-Royal

Économie
Année après année, la foire commerciale Pavé Poésie fait courir les foules sur l'avenue du Mont-Royal.
Année après année, la foire commerciale Pavé Poésie fait courir les foules sur l’avenue du Mont-Royal. (photo : Jean-François Leblanc, courtoisie de la SDAMR)

Les rues commerciales du Plateau connaissent une remontée, comme l’a constaté Pamplemousse.ca sur le terrain. Particulièrement sur l’avenue du Mont-Royal. Mais ça peut encore s’améliorer.

L’Avenue du Mont-Royal est une des rues commerciales qui connaît le plus de succès à Montréal. Nous y avons compté 30 commerces vides sur 454 emplacements, soit un taux d’inoccupation de 6,6%. C’est bien mieux que l’ennemi juré banlieusard que représente le centre d’achats Dix30 (v. plus bas).

«Je ne suis pas surpris, car nous sommes au coeur du milieu de vie des gens, réagit Charles-Olivier Mercier, directeur général de la Société de développement de l’Avenue du Mont-Royal (SDAMR). Il y a 100 000 personnes qui vivent à moins de 2 km de marche de notre rue. On a une clientèle semi-captive, qui n’a pas a planifier ses pérégrinations commerciales, comme un habitant de Verchères ou de Saint-Colomban. On a du commerce de proximité en masse, pas juste du commerce de destination.»

M. Mercier rappelle que 42 rues mènent à l’avenue du Mont-Royal, et que l’offre de stationnement n’a pas bougé depuis quatre ans. «Le stationnement et l’accessibilité en voiture, ça ne représentent pas un réel problème, sauf pour certains tronçons bien précis, dit-il. Certains secteurs de l’avenue attirent 15 millions de visiteurs par année.»

Des obstacles au développement

«Beaucoup de commerçants veulent s’installer sur Mont-Royal, reprend Charles-Olivier Mercier. Notre problème, c’est la poignée de propriétaires qui ont adopté, au fil des ans, de très mauvais comportements. Ils représentent à eux seuls les deux tiers des locaux vacants sur Mont-Royal. Ces propriétaires immobiliers entretiennent mal ou pas du tout leurs immeubles, et se livrent à de spéculation foncière qui affecte le développement de l’avenue et, par ricochet, la qualité de vie du quartier.»

M. Mercier reçoit souvent des appels de commerçants qui veulent louer des locaux vacants sur Mont-Royal. «Ils tentent de contacter le propriétaire… qui ne retourne pas ses appels! Certains propriétaires négocient des baux commerciaux dont certaines clauses sont complètement ridicules, des conditions qui remontent à 30 ans, un texte mal écrit ou en franglais… Certains propriétaires refilent au locataire commercial les taxes de tout l’immeuble! D’autres se dégagent de toute responsabilité. Et lorsque ça va mal, essaie de contacter un propriétaire comme le groupe Shiller Lavy. Bonne chance!», commente Charles-Olivier Mercier.

Selon lui, il ne faut pas s’étonner des taux de vacances des rues commerciales montréalaises. «Celui-ci serait de 2% sur Mont-Royal si nous n’avions pas de tels mauvais propriétaires», ajoute-t-il.

Charles-Olivier Mercier reconnaît qu’Internet bouleverse le commerce en ligne, mais blâme davantage les mauvais propriétaires pour les taux d’inoccupation actuels. Il suggère que la nouvelle administration de Valérie Plante adopte des mesures musclées pour contrer les effets néfastes de la spéculation immobilière, comme de taxer massivement les locaux commerciaux qui restent vides trop longtemps. «On a taxé les stationnements au centre-ville pour inciter leurs propriétaires à bâtir et ça a marché, dit-il. Montréal devrait multiplier les amendes épouvantables pour les propriétaires qui négligent d’entretenir adéquatement leurs immeubles, quitte à les exproprier. Il faut arrêter de se contenter des refus des propriétaires. S’il ne veulent pas bouger, le milieu prend le relais! La Ville doit intervenir dans le marché immobilier, s’approprier des immeubles, mettre les proprios délinquants au pas. C’est ce que fait Paris avec beaucoup de succès.»

De telles mesures permettraient de convertir certains espaces en incubateurs d’entreprises. «Il y a une demande pour accueillir de très petites entreprises dans des espaces partagés, où le loyer coûte moins cher. Ça crée de l’activité économique qui enrichirait tous les quartiers de Montréal», propose Charles-Olivier Mercier.

Notre étude

Nous avons compté le nombre de commerces inoccupés sur les principales artères commerciales du quartier: Mont-Royal, Saint-Laurent et Saint-Denis. Nous avons exclu les rues du Parc, Duluth, Prince-Arthur et Bernard, ainsi que les commerces en rénovation pour location ou ceux qui affichent la pancarte d’un locataire éventuel. Alors que, depuis plusieurs années, les médias «nationaux» ne cessent de répéter que les taux d’inoccupation des artères commerciales de Montréal sont catastrophiques, nos constatations sur le terrain confirment le contraire.

Ainsi, selon nos chiffres, l’Avenue du Mont-Royal affiche un taux d’inoccupation de 6,6%, soit 30 commerces sur 454, entre du Parc et Frontenac. Rue Saint-Denis, nous avons compté 40 commerces vides sur 252, entre Sherbrooke et Laurier (soit un peu plus que le territoire de la Société de développement commercial de la rue Saint-Denis), pour un taux de 15,87%. Rue Saint-Laurent, le taux s’établit à 6,77%, soit 25 commerces vides sur 369, entre Sherbrooke et Bernard.

Nous avons comparé ces chiffres à ceux des centres d’achats de banlieue les plus achalandés au Québec, que nous avons visités la semaine dernière. Ainsi, le Carrefour Laval compte dix commerces vides (incluant le Sears, qui le sera dans quelques semaines, ainsi qu’un détaillant en faillite), pour un taux d’inoccupation de 3,44%. Mais le Carrefour Laval est un des centres d’achats les plus occupés au pays. Au Centre d’achats Dix30 de Brossard, le taux est 9,27% (29 locaux vides sur 313), soit un taux plus élevé que Mont-Royal et Saint-Laurent, qui s’est manifestement remise chantier d’infrastructures d’il y a quelques années, dont la gestion catastrophique avait fait la manchette.

Lisez notre article sur la rue Saint-Denis.

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