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Les vignettes du Plateau n’intéressent personne

Lettres des lecteurs
Le stationnement est un enjeu sensible sur le Plateau.
Le stationnement est un enjeu sensible sur le Plateau. (photo : Simon Van Vliet)

Pamplemousse.ca publie une première lettre d’une lectrice. Nous nous réservons le droit de publier ou non les lettres qui nous sont adressées. Le courrier des lecteurs ne reflète aucunement la position du journal, qui en est une de neutralité et d’indépendance.

Permettez-moi d’abord de mettre cartes sur table. Je suis coordonnatrice de l’Association locale d’arrondissement du Plateau Mont-Royal de Projet Montréal. J’occupe cette responsabilité de manière bénévole et cette lettre est une initiative strictement personnelle.

Je suis également, et avant tout, mère de trois enfants de niveau primaire, élevée en banlieue et travaillant à temps plein dans un autre arrondissement. J’ai choisi de vivre sur le Plateau Mont-Royal initialement à cause de son effervescence et de ses politiques. Notre famille a fait le choix de ne pas posséder de voiture pour des motifs économiques, écologiques et même pratiques. Ce qui ne nous empêche pas de louer des véhicules, plus souvent qu’autrement pour profiter de balades à l’extérieur de la ville, fenêtres baissées, musique à fond de train, campagne à l’horizon permettant de décrocher du rythme urbain mieux que dans n’importe quel quartier central de Montréal.   

La saga des vignettes permettez-moi de souligner la responsabilité de certains médias à ce sujet a pris beaucoup trop d’ampleur sur les différentes plateformes qui alimentent le débat public. S’intéresse-t-on vraiment aux vignettes de stationnement implantées un peu partout au Québec? Non. Parce qu’il s’agit d’une pratique courante et, désormais, inévitable. Tant qu’à aborder le sujet, pourquoi ne jamais rappeler alors en même temps que le nombre d’automobiles augmente deux fois plus rapidement que la population dans la grande région de Montréal? Inutile de dire que la pression sur l’offre de stationnement n’est plus la même qu’en 1990, c’est une évidence que personne ne conteste. La ritournelle plaintive « Il est où mon beau Plateau de 1988? » répétée sans relâche commence à battre de l’aile. 

Constatant l’achalandage au Parc Laurier et sur l’avenue Mont-Royal, surtout lors d’évènements où on piétonnise l’avenue, j’ai peu de mal à croire que les commerçants sauront tirer leur épingle du jeu comme ils l’ont fait par le passé en traversant différentes périodes de changements sociaux. Pourquoi refuser de reconnaître que nous en traversons une autre qui est nécessaire?

Je ne suis pas contre les remises en question ou les demandes d’explications. Notez qu’il m’arrive de questionner certaines décisions de l’administration lorsque je ne les comprends pas. Mais sur la question des vignettes et du stationnement, j’ai du mal à croire qu’on fasse fausse route. Questionnez autour de vous. Tous constatent que la dépendance à l’auto-solo représente un fléau, et qu’on doit imposer des contraintes tout en offrant de nouvelles alternatives de transports actifs et collectifs… sous condition que ça ne vienne pas bousculer nos habitudes et nos propres acquis. On va avoir signé une pétition contre Énergie Est d’une main, et une autre pour garder son stationnement gratuit de l’autre. Marchons ensemble le 22 avril pour le Jour de la Terre, pourvu qu’on trouve du stationnement.

Pourrait-on se rassembler sur de véritables enjeux? Pourrait-on dénoncer des situations assurément inquiétantes et aberrantes? Pourrait-on faire front pour des causes nobles? Montréal mérite mieux comme engagement citoyen. Je rêve que l’action civique soit positive et qu’elle entraîne des actions concrètes basées sur le collectif plutôt que sur la défense du droit individuel (constitutionnel selon certains) à stationner sa voiture sur l’espace public. Il faudrait pouvoir venir en char dans le centre d’une grande ville et se trouver un stationnement gratuit sur rue sans chercher? C’est ça notre projet de société?

Force est de constater que ceux qui appuient les mesures de Projet Montréal ne brandissent pas des banderoles artisanales et se présentent moins aux conseils d’arrondissement pour prendre la parole. Le cirque auquel nous assistons depuis quelques mois, mené par une poignée d’adversaires politiques, devient donc un exercice peu édifiant faisant place à des intervenants agressifs, souvent mal informés et que certains médias se plaisent à publiciser parce que « C’est la faute à », ça vend.

Bref, pensons-nous vraiment que ces contestations autour d’une vignette à 140$ par année intéressent le grand Québec? Permettez-moi d’en douter. On parle de moins de 40 sous par jour pour se stationner tout juste devant sa porte alors qu’un simple stationnement se vend 25 000$ par un promoteur privé sur le même territoire. Il y a tant à dire de plus intéressant. 

Maude Boutet

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