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Ce n’est pas d’hier qu’on «parade» à la Saint-Jean

Histoire
Un défilé de la Saint-Jean-Baptiste sur la « rue » Mont-Royal. (source : photographie Studio Laprés et Lavergne - BAnQ)
Un défilé de la Saint-Jean-Baptiste sur la « rue » Mont-Royal. (source : photographie Studio Laprés et Lavergne – BAnQ)

Le moment du solstice d’été est un prétexte à la fête partout dans le monde. Le Plateau, qui comme chacun le sait aime bien fêter, n’y échappe pas!

Ce n’est pas d’hier non plus si l’on se fie à la photo relativement inédite que j’ai dénichée pour la chronique de cette semaine. Il s’agit d’une photographie datant de 1898 et montrant un défilé de la Saint-Jean-Baptiste sur la « rue » Mont-Royal.

Un défilé de la Saint-Jean-Baptiste sur la « rue » Mont-Royal. (source : photographie Studio Laprés et Lavergne - BAnQ)

Un défilé de la Saint-Jean-Baptiste sur la « rue » Mont-Royal. (source : photographie Studio Laprés et Lavergne – BAnQ)

Cette photo est incroyable, car elle nous montre la rue Mont-Royal à une époque ou le statut de cette rue est très important. Cette rue servait de frontière entre la Ville de Saint-Jean-Baptiste et celle de Ville Saint-Louis. Ainsi, à droite, les façades sont situées dans la Ville de Montréal (puisque celle-ci a annexé la municipalité de Saint-Jean-Baptiste en 1886. À gauche, nous sommes sur le territoire de Ville Saint-Louis, qui sera à son tour annexée à Montréal en 1910.

On peut surtout noter que la typologie de la rue correspond déjà à ce que nous voyons aujourd’hui, soit un rez-de-chaussée commercial et des logements aux étages. On aperçoit également au loin le clocher du Sanctuaire du Saint-Sacrement.

Les lecteurs assidus se souviendront de la chronique montrant les petites maisons, angle Coloniale. Ces petits bâtiments avec leurs toits à deux versants représentaient la première phase de développement de la rue commerciale. Ici, on voit des bâtiments plus importants, à trois niveaux, qui présentent probablement la deuxième phase d’organisation de la rue. C’est maintenant une véritable rue commerciale bien organisée.

La foule est nombreuse et tout endimanchée. Le cortège semble conduit par des notables arborant un collier du type que portaient les maires de l’époque. Peut-être vient-il de Ville Saint-Louis? On voit flotter le drapeau tricolore français qui est toujours associé aux grandes manifestations francophones. C’est l’appel de la Mère Patrie.

Avec le temps et la disparition des villes et villages montréalais, le défilé s’est déplacé sur la rue Sherbrooke; artère prestigieuse et utilisée pour toutes les grandes manifestations publiques.

Défilé de 1992 sur la rue Sherbrooke près de Saint-Denis. (photo: Jacques Grenier du journal Le Devoir)

Défilé de 1992 sur la rue Sherbrooke près de Saint-Denis. (photo: Jacques Grenier du journal Le Devoir)

Les Montréalais ont toujours été fidèles à la fête et à sa « parade » jusqu’au jour de 1968 où on la détourna à des fins politiques. Le Québec d’alors sort de la grande noirceur : il a connu l’ivresse de « Terre des Hommes » en 1967 et de ses visiteurs du monde entier. Le « peuple » canadien-français considère que cet asservissement à l’Église, avec son Saint-Jean-Baptiste en papier mâché; et que son asservissement au « Canada », avec la présence de Pierre-Elliot Trudeau à la tribune d’honneur, a assez duré et il se rebelle. Une émeute au parc La Fontaine mettra fin à ces défilés pour les prochaines vingt années.

« La nuit de la Saint-Jean-Baptiste, 1968. » (photo: Antoine Désilets)

« La nuit de la Saint-Jean-Baptiste, 1968. » (photo: Antoine Désilets)

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