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On va aller faire notre marché

Histoire
(source : Librairie du Congrès US / colorisation par Stephania Rossi)
(source : Librairie du Congrès US / colorisation par Stephania Rossi)

Avant d’avoir des supermarchés un peu partout dans les quartiers, les résidants devaient s’approvisionner aux marchés publics. Et avant d’avoir un marché public dans le quartier, il fallait se rendre dans les vieux marchés centraux.

On pense bien sûr au marché Bonsecours, dans le Vieux-Montréal ou encore, comme on peut le voir sur cette photo ancienne colorisée, au marché de la Place Jacques-Cartier. Avec le temps, les différents quartiers de Montréal se sont développés et il n’était plus question pour les citoyens de se rendre dans le bas de la ville pour acheter leurs pommes de terre.

(source : Librairie du Congrès US / colorisation par Stephania Rossi)

(source : Librairie du Congrès US / colorisation par Stephania Rossi)

Alors, au fur et à mesure de l’éloignement des « banlieues » et de la migration des Montréalais loin du vieux centre historique, il fallait installer un marché au cœur des principaux nouveaux villages. Pour le Plateau, ce marché « central » s’est installé angle Saint-Laurent et Rachel. Cela correspond à peu près au centre névralgique du village de Saint-Jean-Baptiste, créé en 1861. Le marché prendra d’ailleurs le nom générique de son lieu d’accueil.

Chroniques PAMPLEMOUSSE no51_2L’histoire nous dit qu’il s’installe dès 1870, côté nord de Rachel, entre Saint-Dominique et Saint-Laurent, mais nous ne sommes pas certains si la photo présente son allure d’origine. Si tel est les cas, un mystère persiste puisque nous voyons sur la photographie, au milieu de son impressionnante corniche, la date de 1906. Peut-être s’agit-il de marquer le moment d’une rénovation quelconque ou d’un changement administratif majeur.

Le rez-de-chaussée de l’immeuble d’origine contient les différents étals de boucherie, ainsi que ceux des maraîchers. L’étage loge l’Hôtel-de-Ville et une grande salle de spectacle, qui sera fort utilisée par la communauté à des fins culturelles, mais aussi à des fins de rassemblements politiques.

source : Archives de la Ville de Montréal  /  Marché Saint-Jean-Baptiste angle Saint-Laurent (petite façade) et Rachel  (longue façade); les chevaux se reposent dans les écuries voisines.

Marché Saint-Jean-Baptiste angle Saint-Laurent (petite façade) et Rachel (longue façade); les chevaux se reposent dans les écuries voisines. ( source : Archives de la Ville de Montréal)

Après une soixantaine d’années d’utilisation, le vieux marché est maintenant dû pour une sérieuse mise à jour. On se plaint de l’insalubrité des lieux et des odeurs douteuses de l’ensemble. Dans les années 1930, au cœur de la grande crise, les administrations publiques cherchent du travail pour les milliers de chômeurs et la Ville de Montréal décide de reconstruire plusieurs de ses marchés publics. Saint-Jean-Baptiste sera de ceux-là et en 1931 le quartier peut s’enorgueillir d’un marché tout neuf. Son architecture est d’inspiration Art déco, avec des motifs floraux et des lignes horizontales plus marquées.

Le nouveau marché de 1931. (Source : archives de La Presse  /  photo de 1965 par Réal Saint-Jean)

Le nouveau marché de 1931. (Source : archives de La Presse  /  photo de 1965 par Réal Saint-Jean)

On reprend sensiblement la même organisation que l’ancien marché, avec un bâtiment à deux étages, avec un trottoir protégé afin d’aligner les camions des producteurs qui offrent leur marchandise aux clients. Il y a toujours l’allée principale à l’intérieur, mais on retrouve maintenant des boutiques qui ouvrent sur ce pourtour protégé. La poissonnerie est au sous-sol.

Mais le temps passe et l’urbanisation qui installe des logements de plus en plus loin de ces vieux marchés voit aussi l’apparition des petites épiceries de quartier et plus tard des supermarchés. Le marché perd en popularité, vieillit et se détériore. On décide finalement de sa démolition en 1966. C’est aujourd’hui le parc des Amériques qui occupe les lieux.

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