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Quand nous côtoyons l’histoire de proche

Histoire
Le détaillant de disques vinyles et de disques compacts Paul's Boutique, situé sur l'avenue du Mont-Royal. (photo: Gabriel Deschambault)
Le détaillant de disques vinyles et de disques compacts Paul’s Boutique, situé sur l’avenue du Mont-Royal. (photo: Gabriel Deschambault)

Parfois, une petite ballade sur l’avenue du Mont-Royal nous ramène tout droit au milieu du 19e siècle. Par exemple, angle Mont-Royal et Coloniale, de petits bâtiments, un peu usés, avec un toit à deux versants et des lucarnes, sont là immuables et nous regardent passer depuis plus de 150 ans.

Malgré leur air fatigué, ils n’en demeurent pas moins des témoins privilégiés de notre vie de quartier. Ils devraient d’ailleurs faire l’objet d’un intérêt plus soutenu et d’un soin jaloux de notre part, ainsi que d’une protection officielle, amplement justifiée par leur très grande valeur patrimoniale.

Cet antre du disque en vinyle en aura vu passer des modes et des tendances. Entre le 78 tours de Tino Rossi qui chante « Marinella » ou Georges Guétary qui nous sérénade avec « La Belle de Cadix », il y aura aussi les 45 tours de Pierre Lalonde et « Le Sentier de Neige » des Classels. Aujourd’hui, tout ce magasin tient dans les entrailles électroniques de nos iPod et autres MP3. Était-ce une résidence à l’origine, ou déjà un commerce?  Dans l’immédiat, nous ne pouvons le dire. Toutefois, il est plausible de penser qu’il s’agit déjà d’un rez-de-chaussée commercial avec le reste du bâtiment à l’arrière et à l’étage, occupé par la famille du commerçant, comme il est coutume à cette époque.

(photo : Gabriel Deschambault)

(photo : Gabriel Deschambault)

C’est comme cette photo d’Alexander Henderson qui est décrite comme étant située « sur le chemin Mile-End ». S’agit-il de l’Avenue du Mont-Royal ou de la rue Saint-Laurent? Le vocable Mile-End fut quelquefois utilisé pour chacune de ces voies. Chose sûre, nous y voyons un paysage qui serait susceptible d’être composé par les petites maisons qui nous intéressent. Si la scène est prise sur Mont-Royal, on regarde vers l’est et si c’est sur Saint-Laurent, on regarde vers le sud (à cause du soleil).

On dit de cette photo qu'elle a été prise « sur chemin Mile-End » (photo: Alexander Henderson - Archives du Canada) 

On dit de cette photo qu’elle a été prise « sur chemin Mile-End » (photo: Alexander Henderson – Archives du Canada)

Regardons plus précisément sur une carte de quoi il en retourne en 1869, au moment où la garnison britannique s’apprête à quitter le pays après avoir dressé un plan très détaillé de Montréal et de plusieurs territoires de l’Île.

Petite maison villageoise, angle Coloniale. (photo : Gabriel Deschambault)

Petite maison villageoise, angle Coloniale. (photo : Gabriel Deschambault)

L’avenue du Mont-Royal s’appelle alors la « Tannery street », puisqu’elle nous mène directement aux installations de la tannerie de la Famille Bélair. C’est en 1710 que Jean-Louis Plessy dit Béllaire achète un terrain afin d’installer sa tannerie en pleine campagne, le long d’un ruisseau qui descend de la montagne. Il la construira vraisemblablement en 1714. Ce sera la première industrie du secteur et, par la suite, l’établissement des travailleurs à proximité, rue Rabain (Robin et ensuite Henri-Julien) donnera naissance au village qui sera connu sous le vocable de village des tanneries. C’est plutôt un hameau et ce n’est pas un vrai village, administrativement organisé. L’actuelle rue Gilford, alors chemin des tanneries, qui s’installera plus tard à la suite de l’ouverture, nous mène vers le village de Côte Saint-Louis, plus communément appelé Coteau Saint-Louis, au nord de Laurier.

Mais en revenant dans notre secteur de la rue Mont-Royal sur l’ancien atlas, le petit cercle vert sur la carte nous montre la localisation des deux petites maisons qui nous intéressent. On peut penser que le bâtiment d’un seul étage entre les deux (sur les photos) est un ajout sans grande valeur.

Extrait de la carte montrant les installations de la tannerie et du village. (source: Fortifications Survey - Archives du Canada. Modification de la carte originale par Gabriel Deschambault)

Extrait de la carte montrant les installations de la tannerie et du village. (source: Fortifications Survey – Archives du Canada. Modification de la carte originale par Gabriel Deschambault)

Vous voyez au sud, l’agglomération du Village de Saint-Jean-Baptiste et vous pouvez constater les nombreux fours à chaux (lime kilns) qui parsèment toujours le secteur. On y fabrique la chaux qui est utilisée dans l’érection des constructions de maçonnerie de cette époque. Les édifices montrés en jaune sur la carte sont des constructions de bois, alors que ceux en rose sont en maçonnerie. Vous y voyez la maison municipale, rue Coloniale, avant que celle-ci ne se déplace en 1870 au marché, coin Rachel et Saint-Laurent.

Une époque révolue, mais une réalité toujours vivante

Montréal fêtera l’an prochain son 375e anniversaire, mais le Plateau pourra aussi dire qu’il fêtera lui, son 303e anniversaire. De toutes ces années, au moins une vous aura été dédiée personnellement puisque je signe cette semaine ma 52e chronique historique pour Pamplemousse Plateau. Bon anniversaire !

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