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Les êtres qui s’achètent et se jettent

Politique, Vie de quartier
(photo : No dog about it blog)
(photo : No dog about it blog)

À Montréal et au Québec, nous sommes, malheureusement, une société distincte pour ce qui est du bien-être animal. Ici, les taux d’abandon et d’euthanasie d’animaux de compagnie se situent au-delà des moyennes nord-américaines et européennes. Notre mauvais bilan en la matière est déterminé par deux attitudes qui font en sorte que nous assumons moins qu’une pleine responsabilité morale à l’égard du bien-être des chiens, chats et autres bêtes qui agrémentent et enrichissent nos vies.

D’une part, nous gardons dans l’âme un vieux fond de trappeur, ou d’agriculteur : une mentalité de survie basée sur le précepte judéo-chrétien qui catégorise les animaux en tant que ressources à exploiter, que ce soit pour des raisons de nécessité ou de plaisir. D’autre part, nous n’échappons pas à la logique consumériste qui rend les animaux disponibles en boutique, tels des objets de convoitise dont on peut se lasser à brève échéance. Chez nous, ces deux attitudes s’unissent pour contribuer à la surproduction cruelle de chiots et de chatons en usine, la vente en animalerie au même titre que des objets et, ultérieurement, aux tristes statistiques d’abandon qui débouchent sur des pratiques d’euthanasie, comme celles constatées avec épouvante en 2011 chez le fournisseur de service animalier principal de la Ville de Montréal, le Berger Blanc.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors que chiens et chats vivent entre 10 et 15 ans, la moyenne de temps de possession d’un animal de compagnie à Montréal se situe autour de 18 mois. La possession y est pourtant élevée : on recense au-dessus de 300 000 chats et autour de 150 000 chiens. En conséquence, il était estimé en 2011 qu’à Montréal, chaque année, plus d’une trentaine de milliers d’animaux de compagnie étaient supprimés aux frais des contribuables, ce qui à 7 % du total ne paraît pas une exagération. L’émission Enquête sur les pratiques du Berger Blanc, une compagnie privée à but lucratif, nous a fait découvrir les conditions insupportables dans lesquelles ces euthanasies pouvaient être effectuées quand la Ville n’assurait aucune surveillance.

Depuis 2011 et la prise de conscience brutale que ce reportage a provoquée auprès de la population, fortement consternée par l’image terrible qu’on lui renvoyait des conséquences de son insouciance collective, beaucoup de progrès a été accompli. Au premier titre, il y eut fin 2015 l’adoption de la loi provinciale 54, qui accorde aux animaux le statut d’êtres « doués de sensibilité » plutôt que de « biens ». De son côté, Montréal s’était déjà engagée à tenir ses fournisseurs de services animaliers à des standards d’éthique et de compassion, ainsi qu’à mettre sur pied un refuge municipal pour y assurer les meilleures pratiques. (La réalisation de cet engagement se retrouve, cependant, sans cesse repoussée depuis l’élection de Denis Coderre à la mairie.)

Dans la même foulée, la Ville de Montréal avait complètement revu son règlement de contrôle des animaux, il y a de cela 3 ans, afin d’obliger l’enregistrement et de promouvoir la stérilisation. Dans le but d’inculquer aux Montréalais des habitudes responsables et durables, la Ville effectuait aussi depuis peu des campagnes de sensibilisation afin de contrer le phénomène répandu de l’abandon, notamment lors de la grande période des déménagements. Soucieux de contribuer aux solutions et de s’attaquer à la surpopulation féline, de nombreux arrondissements avaient de leur côté conclu des partenariats avec la SPCA pour que leurs citoyens s’investissent dans un programme reconnu de capture, stérilisation, relâche et maintien des chats errants.

Ces efforts combinés commençaient justement à donner d’excellents résultats. Un article récent de Radio-Canada rapporte une baisse de 40 % dans le nombre d’euthanasies entre 2012 et 2014. En fait, toutes les statistiques sont encourageantes : moins d’abandons, plus d’adoptions, plus d’animaux retrouvés. Les quatre refuges partenaires de la Ville auraient ensemble pratiqué un total de 8000 euthanasies en 2014, ce qui représente une chute dramatique par rapport au chiffre cité pour 2011 de 34 000 euthanasies sur Montréal.

À quoi doit-on attribuer ces statistiques significatives, qui s’enlignent vers les moyennes nord-américaines et suggèrent une prise de conscience salutaire? Une faible hausse dans les taux d’enregistrement, suite aux pressions municipales, explique le nombre accru d’animaux égarés retournés vers leurs maîtres. Le recours plus répandu à la stérilisation; la réduction du nombre d’animaux qui se retrouvent en refuge; et l’augmentation du nombre d’animaux qui y sont adoptés : tous ces progrès dépendent d’un meilleur sens des responsabilités envers les animaux et leur bien-être. Ils témoignent d’une évolution culturelle profonde, dont il faut se réjouir et qu’il faut poursuivre.

Le scandale du Berger Blanc et le consensus qui s’en est dégagé nous auront donc fait faire ce bond en avant. À la lumière des statistiques nouvellement compilées, il est permis de conclure que la refonte du règlement municipal de contrôle des animaux, menée en 2014 suite à des recherches, à la consultation d’experts, et à un travail méticuleux des fonctionnaires responsables du dossier, ainsi que les moyens de communication employés par la Ville pour encourager les bonnes pratiques et enrayer les comportements irresponsables, ont largement contribué à établir chez nous une nouvelle orientation à large portée en matière d’éthique envers les animaux de compagnie.

Il est donc infiniment regrettable que le nouveau règlement précipité « anti-pitbull » du maire Coderre et de la responsable de la sécurité publique, Anie Samson, soit venu renverser cette tendance, sans pour autant augmenter la sécurité des citoyens. Le règlement précédent prévoyait, en fait, des mesures adéquates contre les chiens dangereux. Jusqu’à la réaction sans fondement de Denis Coderre au décès tragique de Christiane Vadnais, attaquée dans sa propre cour arrière par un chien boxer qui aurait dû être déjà saisi, Montréal sortait enfin d’une grande noirceur qui la distinguait tristement du reste du monde moderne. Avec ce règlement irréfléchi et superflu et autres cafouillages, comme son improvisation et sa mauvaise gestion dans le dossier des calèches, Denis Coderre fait faire à sa ville un douloureux bond en arrière. Les conséquences néfastes de ce recul seront le sujet de mon prochain billet.

Caution biblique de l’exploitation animale : http://saintebible.com/genesis/1-26.htm

Cas de cruauté animale chez le fournisseur de la Ville : http://ici.radio-canada.ca/emissions/enquete/2010-2011/reportage.asp?idDoc=148572

Dénonciation de la situation à Montréal : htp://www.lapresse.ca/opinions/201105/31/01-4404609-surpopulation-animale-le-quebec-bon-dernier.php

Nouvelle loi québécoise : http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=5&file=2015C35F.PDF

Les solutions apportées entre le scandale du Berger Blanc et les changements exigés par l’administration Coderre : http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/515722/cruaute-animaux-berger-blanc

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/323365/montreal-s-attaque-a-la-surpopulation-animale

Les améliorations constatées en chiffres : http://www.journaldemontreal.com/2016/06/01/le-bien-etre-des-animaux-une-nouvelle-loi-qui-a-du-mordant

http://ici.radio-canada.ca/regions/montreal/2015/05/09/001-spca-berger-blanc-montreal-euthanasie-spca.shtml

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