Publicité

Michel Tremblay… au coin de Bordeaux

Histoire
La succursale du Steinberg’s au coin de Bordeaux (vers les années 1970). Le bâtiment est aujourd’hui occupé par une pharmacie bien connue. L’essentiel du bâtiment est toujours en place. (photo : Jean-Claude Leduc - Flikr)
La succursale du Steinberg’s au coin de Bordeaux (vers les années 1970). Le bâtiment est aujourd’hui occupé par une pharmacie bien connue. L’essentiel du bâtiment est toujours en place. (photo : Jean-Claude Leduc – Flikr)

Quand un supermarché s’invite dans la littérature québécoise, vous savez bien que ça n’arrive que dans le Plateau !

Vous vous souviendrez qu’il y a quelques semaines, je vous ai raconté l’aventure de la petite épicerie de la famille St-Germain, avenue De Lorimier, dont le commerce avait été mis à mal par l’arrivée du Steinberg, angle Mont-Royal et Bordeaux. Je vous présente cette semaine une suite à cette page d’histoire du quartier. Cette dernière se déroule ailleurs sur l’avenue du Mont-Royal et c’est un grand écrivain qui nous la raconte.

En 2011, la bibliothèque du Plateau-Mont-Royal a demandé à notre Société d’histoire d’illustrer certaines pages de la littérature montréalaise se déroulant dans notre quartier à l’aide de photos anciennes. J’avais alors choisi d’illustrer des passages de deux de nos grands auteurs ayant campé leur œuvre dans le Plateau : Michel Tremblay et Mordecai Richler. Je vous présente ici un de ces extraits, celui d’un texte écrit par Tremblay. C’est une tranche de vie quotidienne banale, mais racontée avec toute la vivacité, et tout le charme que Tremblay sait incarner dans son écriture.

La succursale du Steinberg’s au coin de Bordeaux (vers les années 1970). Le bâtiment est aujourd’hui occupé par une pharmacie bien connue. L’essentiel du bâtiment est toujours en place. (photo : Jean-Claude Leduc - Flikr)

La succursale du Steinberg’s au coin de Bordeaux (vers les années 1970). Le bâtiment est aujourd’hui occupé par une pharmacie bien connue. L’essentiel du bâtiment est toujours en place. (photo : Jean-Claude Leduc – Flikr)

Tiré de Un ange cornu avec des ailes de tôle
1994 – Éditions Léméac / Actes Sud

« Nous marchions sur Mont-Royal en direction de l’est, ce qui était plutôt rare, les boutiques intéressantes et les magasins les plus fréquentés étant situés à l’ouest de Papineau. Mais une curiosité venait d’ouvrir, au coin de Bordeaux et Mont-Royal, et je compris avec étonnement que c’est là que nous nous dirigions. Juste à côté du couvent Mont-Royal, où, le dimanche soir, je regardais défiler les limousines outremontoises ou westmontaises qui déversaient des flopées de jeunes filles snob et chic revenant d’un week-end doré, la toute nouvelle chaîne d’épicerie Steinberg venait d’inaugurer le magasin le plus moderne, le plus propre, le plus climatisé, le plus coloré et le mieux garni en produits alimentaires de tout le Plateau Mont-Royal. Toutes les ménagères du coin s’y étaient précipitées pour profiter des aubaines d’ouverture et goûter, avec des petits cris d’appréciation, des bouts de saucisse, des pépites de fromage, des olives farcies ou des plaquettes de pâté posées sur des biscuits Ritz coupés en deux. Elles avaient l’impression de s’être bourrées aux frais de monsieur Steinberg et achetaient plus, pour le remercier de les avoir nourries autant que pour l’encourager dans sa nouvelle entreprise. »

La grande nouveauté du Plateau, ce Steinberg construit en 1949, remplaçait un plus vieux et plus petit magasin, situé plus à l’est au 2016, près de De Lorimier. On voit sur la photographie couleur de 1970 que le commerce possède une entrée sur Mont-Royal, mais l’entrée principale d’origine est plutôt dans l’angle du bâtiment, tout comme aujourd’hui. Nous voyons également le nouveau logo de la chaîne, un design des années 1960, posé sur une grande façade blanche composée de larges panneaux métalliques brillants.   Une architecture très moderne pour un bâtiment de cette fin des années quarante et pour notre bon vieux Plateau. Les grandes surfaces commerciales modernes imposent leur image de marque et bousculent le paysage de notre vieille rue.

Il faut aussi savoir que le jeune Tremblay demeure, au début des années 1960, avec sa famille au deuxième étage de l’immeuble au coin nord-est de Cartier et Mont-Royal. Cela explique sa référence aux jeunes collégiennes dont il parle dans l’extrait choisi ; puisqu’il peut les apercevoir de son balcon.

Mais revenons à notre supermarché en nous retrouvant quelques années avant son arrivée rue Mont-Royal.

Illustration montrant le Steinberg, angle Bordeaux. Il y avait plusieurs autres succursales sur le Plateau qui était en plein essor au moment de l’apparition de ce phénomène.

Illustration montrant le Steinberg, angle Bordeaux. Il y avait plusieurs autres succursales sur le Plateau qui était en plein essor au moment de l’apparition de ce phénomène.

Cette très belle photographie nous montre l’avenue du Mont-Royal angle Bordeaux, au moment d’une parade marquant les fêtes du « Festival du Commerce » en 1941. L’espace qu’occupera le Steinberg en 1949 est à droite, où l’on voit les petits bâtiments d’un étage. (source BAnQ / Fonds J.O. Allard)

Cette très belle photographie nous montre l’avenue du Mont-Royal angle Bordeaux, au moment d’une parade marquant les fêtes du « Festival du Commerce » en 1941. L’espace qu’occupera le Steinberg en 1949 est à droite, où l’on voit les petits bâtiments d’un étage. (source BAnQ / Fonds J.O. Allard)

Sur ce détail de la photo précédente, on voit le commerce initial que la Famille Steinberg tient sur Mont-Royal. La raison sociale est « Wholesale Groceteria » et il s’agit d’une petite épicerie qui offre déjà ses produits avec quelques traits de ce que sera le supermarché en devenir. C’est le troisième commerce à l’ouest de Bordeaux et l’on voit les commis dehors, avec leurs tabliers blancs. La famille Steinberg exploite une bonne douzaine de ces petites épiceries à Montréal.

Vive le Plateau Mont-Royal ; plein des surprises, plein de vie, plein de récits... plein de tout ce que vous voulez !

Vive le Plateau Mont-Royal ; plein des surprises, plein de vie, plein de récits… plein de tout ce que vous voulez !

Visitez le blogue de l’auteur.

Visitez la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal :

Vos commentaires
loading...