Publicité

Mordecai sur la Main

Histoire
Dans les années 1950, la « Main » grouille d’activités et elle est surtout au cœur de la communauté juive de Montréal qui y trouve encore son point d’ancrage. Ici, près de l’angle de Saint-Cuthbert, on peut apercevoir plusieurs commerces qui ont toujours pignon su rue. (photo : archives de la STM)
Dans les années 1950, la « Main » grouille d’activités et elle est surtout au cœur de la communauté juive de Montréal qui y trouve encore son point d’ancrage. Ici, près de l’angle de Saint-Cuthbert, on peut apercevoir plusieurs commerces qui ont toujours pignon su rue. (photo : archives de la STM)

La « Main » demeure au centre de l’histoire du Plateau Mont-Royal. Bien sûr, elle est aussi au cœur de Montréal, mais sa section qui traverse notre quartier emporte avec elle des pages significatives pour les communautés dont c’était l’essentiel du milieu social et aussi leur milieu de vie.

Il y a deux semaines, je vous parlais de l’impact de certains grands auteurs dans la littérature montréalaise ayant pris le Plateau Mont-Royal comme fond de scène à leurs écrits. Après Michel Tremblay qui parlait des francophones, il faut citer Mordecai Richler qui présentait le côté anglophone de la ville. Il nous explique ici en quelques lignes, sa perception du boulevard Saint-Laurent de son enfance et le Montréal juif des années 1940-1950.

Pour illustrer cet aspect particulier, j’ai choisi un extrait d’un article de la revue Maclean’s où Richler s’exprime sur son souvenir du boulevard Saint-Laurent; la « Main » dans son langage.

Il est ambivalent, mais il n’est surtout pas indifférent.

Dans les années 1950, la « Main » grouille d’activités et elle est surtout au cœur de la communauté juive de Montréal qui y trouve encore son point d’ancrage. Ici, près de l’angle de Saint-Cuthbert, on peut apercevoir plusieurs commerces qui ont toujours pignon su rue. (photo : archives de la STM)

Dans les années 1950, la « Main » grouille d’activités et elle est surtout au cœur de la communauté juive de Montréal qui y trouve encore son point d’ancrage. Ici, près de l’angle de Saint-Cuthbert, on peut apercevoir plusieurs commerces qui ont toujours pignon su rue. (photo : archives de la STM)

Tiré de Il était une fois la Main, rude pays des merveilles,
article dans Maclean’s 27 août 1960

« La Main me manquera amèrement, à moi. Non pas que j’attache une valeur sentimentale à la pauvreté. Ne vous méprenez pas : ce n’était pas drôle d’être sans le sou et cela ne le sera jamais. Si je chéris certains souvenirs de la Main (que je préfère à biens des rues plus inoffensives de la classe moyenne), je n’ai pas oublié les enfants rachitiques et les hommes sur les piquets de grève qui frappaient dans leurs mains pour les réchauffer durant les glaciales nuits d’hiver. Le bon vieux temps, ce n’est surement pas ça. Je ne voudrais pas non plus, c’est certain, redevenir un enfant de la Main, mais j’en garde aujourd’hui de précieux souvenirs, car ce fut malgré tout le rude pays des merveilles de mon enfance. Un grand nombre des boutiques et des édifices qui s’y trouvent peuvent paraître anonymes ou horribles aux yeux de certains. Pour moi, ils garderont une signification particulière. »

Dans les années 1950-1960, l’activité commerciale de la communauté juive est encore omniprésente sur le boulevard Saint-Laurent. Pour eux, c’est la « Main » (comme pour tous les Montréalais d’ailleurs). On y retrouve toujours plusieurs manufactures de confection, des commerces plus domestiques et surtout, beaucoup de restaurants. On distingue sur la photo la réclame de Moishe’s qui a toujours « pignon sur rue » près de Duluth (au pied de l’édifice du Cooper Clothing). Sur le côté droit de la rue, juste au nord de l’édifice de trois étages en pierre grise, on trouve le delicatessen « Schwart’z », qui fait toujours les délices des Montréalais.

Richler nous indique que la génération montante s’est déjà déplacée plus au nord dans le Mile-End, mais que beaucoup de vieux pionniers demeurent fidèles à la Main. Je comprends facilement son attachement à la rue commerciale de son enfance. C’est à cet endroit que se joue le quotidien de l’enfant qui accompagne un de ses parents dans les courses ou les achats et qui retient des souvenirs (bons ou mauvais) qui sont indélébiles.

Le boulevard Saint-Laurent conserve toujours sa couleur, ses saveurs, ses odeurs, sa faune humaine, ses commerces… allez y flâner et vous acheter de bonnes petites choses dans les vieux commerces. Juste lécher les vitrines vous ouvre l’appétit et vous fait gagner des calories.

Pour moi, c’est la « rue » Mont-Royal qui sera le… rude pays des merveilles de mon enfance. C’est la raison pour laquelle cet extrait de la plume de Richler m’a si bien accroché.

Cette autre photo nous montre le même secteur dans les années 1944. On voit l’affiche du « Main Hebrew Delicatessen », qui deviendra plus tard le « Montreal Hebrew Delicatessen » (charcuterie hébraïque de Montréal) et ensuite « Schwart'z ». Il n’y avait pas d’arbres sur Saint-Laurent dans le temps. (photo : Archives de la Ville de Montréal)

Cette autre photo nous montre le même secteur dans les années 1944. On voit l’affiche du « Main Hebrew Delicatessen », qui deviendra plus tard le « Montreal Hebrew Delicatessen » (charcuterie hébraïque de Montréal) et ensuite « Schwart’z ». Il n’y avait pas d’arbres sur Saint-Laurent dans le temps. (photo : Archives de la Ville de Montréal)

Le même secteur aujourd’hui. Peu de choses ont changé. (photo : Gabriel Deschambault)

Le même secteur aujourd’hui. Peu de choses ont changé. (photo : Gabriel Deschambault)

Visitez le blogue de l’auteur.

Visitez la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal :

Vos commentaires
loading...