Publicité

Un charmant petit hôtel

Histoire
Vers 1912, les affaires vont bien et on agrandit. C’est maintenant l’Hôtel du Nord. On prend toujours la pose : patron, employés, peut-être aussi clients, sans oublier le cheval attelé pour la course sous harnais. (source BAnQ/Fonds E.Z. Massicote)
Vers 1912, les affaires vont bien et on agrandit. C’est maintenant l’Hôtel du Nord. On prend toujours la pose : patron, employés, peut-être aussi clients, sans oublier le cheval attelé pour la course sous harnais. (source BAnQ/Fonds E.Z. Massicote)

Cette semaine, on part en voyage et, comme on sera un peu loin de la maison, on couchera à l’hôtel. Il y a justement un beau petit hôtel, au coin de Saint-Laurent et Marie-Anne.

En effet, l’établissement de Monsieur Patenaude, le Park Hotel, apparaît déjà sur une photo datant de 1880. Cette dernière se retrouve sur la couverture d’un petit fascicule qui nous présente les villages du Plateau. Je vous invite à vous le procurer (il est à moins de cinq dollars). La scène est bucolique : une belle journée d’hiver ensoleillée, la neige recouvre le sol, on se déplace bien tranquillement en « sleighs ». Nous sommes ici au cœur de Ville Saint-Jean-Baptiste et nous voyons là l’essence même de cet ancien petit village qui aspire à de grandes ambitions, mais qui, dans six ans, sera annexé à la grande ville de Montréal.

Mais actuellement, coin Saint-Laurent et Marie-Anne, c’est bien tranquille.

chronique-pamplemousse-no-_75_1

Cette extraordinaire photographie de 1880 nous montre notre hôtel, à droite, dans sa facture originale de petite maison villageoise avec son toit à deux versants et ses lucarnes. Ce fascicule est toujours disponible en librairie pour un prix minime. Une édition reliée réunissant la quinzaine de pamphlets touchant l’ensemble des quartiers de la ville est aussi disponible sous Éditions Guérin. (source : photothèque de la Ville de Montréal)

Le chemin Saint-Laurent existe à Montréal depuis 1680, pour sa partie près du fleuve. En 1720, il se prolonge jusqu’au village de Saint-Laurent. En fait, c’est cette destination qui lui donne son toponyme de « Chemin Saint-Laurent ». En 1905, il devient officiellement le « boulevard » Saint-Laurent.   En 1914, il est prolongé au travers la propriété des Sœurs de la Congrégation Notre-Dame et devient alors la première voie à traverser l’Île de part en part.

Extrait de l’atlas de 1879 de J.W. Hopkins. On voit notre hôtel, angle nord-est de Saint-Laurent et Marie-Anne. (source : BAnQ)

Extrait de l’atlas de 1879 de J.W. Hopkins. On voit notre hôtel, angle nord-est de Saint-Laurent et Marie-Anne. (source : BAnQ)

L’extrait de l’atlas Hopkins de 1879 nous montre l’état du développement du secteur Saint-Jean-Baptiste de notre actuel Plateau. Le village est surtout concentré sur les rues Saint-Laurent dont le tissu urbain est plus dense et les constructions plus homogènes ; ainsi que sur Saint-Dominique, Hypolite (Coloniale), Cadieux (De Bullion). Pour les habitués, je vous invite à plonger dans la carte pour explorer le coin. On remarque que l’actuel Square du Portugal est déjà existant et que la maison de Léonard Cohen (qui vient de faire la manchette pendant plusieurs jours) est déjà construite.

Au coin de Mont-Royal et Hypolite, les petites maisons qui sont montrées existent toujours aujourd’hui. Angle Elizabeth, on retrouve le « château » de la Famille Plessis — Bélair, qui a installé sa tannerie à cet endroit en 1714. Le marché, au coin de Rachel, est installé à cet endroit depuis déjà neuf ans.

Photo retouchée montrant notre hôtel vers 1910. À cette époque on parle de l’hôtel Vincent. Les employés prennent la pose devant la porte d’entrée. (source : BAnQ fonds E.Z.Massicotte)

Photo retouchée montrant notre hôtel vers 1910. À cette époque on parle de l’hôtel Vincent. Les employés prennent la pose devant la porte d’entrée. (source : BAnQ fonds E.Z.Massicotte)

Pour ce qui est de notre petit hôtel, on le voit sur cette illustration et il possède toujours la même allure que sur notre photo en vedette. Il a toujours sa porte dans l’angle et son toit à versants. L’importance de la rue Saint-Laurent et son achalandage grandissant va inciter le propriétaire à moderniser son commerce. Cela devient « l’Hôtel du Nord », vers 1912. Il faut rappeler qu’à cette époque, le secteur du Plateau est considéré comme la lointaine banlieue nord de la ville. La petite maison villageoise a été agrandie en lui ajoutant un étage. Il n’est pas possible de déterminer si c’est véritablement un ajout ou une reconstruction, mais personnellement, j’opte pour un agrandissement. L’emplacement de la cheminée au même endroit, les ouvertures du rez-de-chaussée et le maintien de l’entrée en angle me suggèrent en effet cette option.

Vers 1912, les affaires vont bien et on agrandit. C’est maintenant l’Hôtel du Nord. On prend toujours la pose : patron, employés, peut-être aussi clients, sans oublier le cheval attelé pour la course sous harnais. (source BAnQ/Fonds E.Z. Massicote)

Vers 1912, les affaires vont bien et on agrandit. C’est maintenant l’Hôtel du Nord. On prend toujours la pose : patron, employés, peut-être aussi clients, sans oublier le cheval attelé pour la course sous harnais. (source BAnQ/Fonds E.Z. Massicote)

Cette dernière illustration de 1912 nous montre le bâtiment tel qu’on le voit encore aujourd’hui. On reconnaît facilement le haut de la corniche qui étale des festons qui sont toujours là sur le bâtiment. La photo contemporaine nous montre le bâtiment tel qu’on peut le voir aujourd’hui. Toutefois, n’arrivez pas avec vos valises, car vous devrez quitter à la fermeture du café.

Je vous invite à retourner à la photo d’ouverture et à y plonger à fond afin de tenter de retourner au siècle passé et de vous imprégner de cette tranquillité qui nous a quittés depuis longtemps.

En 2016, l’hôtel est disparu depuis longtemps et c’est maintenant un café. Quand on va à l’hôtel maintenant, on va plutôt au centre-ville. (source : Gabriel Deschambault)

En 2016, l’hôtel est disparu depuis longtemps et c’est maintenant un café. Quand on va à l’hôtel maintenant, on va plutôt au centre-ville. (source : Gabriel Deschambault)

Visitez le blogue de l’auteur.

Visitez la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal :

Vos commentaires
loading...