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Une maison de campagne de 150 ans, rue Cherrier

Histoire, Immobilier
Vue d’ensemble de la propriété depuis la rue Cherrier. On peut noter l’usure des bardeaux du toit. (photo : Gabriel Deschambault)
Vue d’ensemble de la propriété depuis la rue Cherrier. On peut noter l’usure des bardeaux du toit. (photo : Gabriel Deschambault)

Les amoureux du patrimoine s’inquiètent pour une vieille maison de la rue Cherrier qui est inoccupée depuis quelque temps et dont l’avenir est incertain. Cette ancienne résidence, située au 978-980 Cherrier, près de Amherst, a logé plusieurs familles et aussi des bureaux pendant plusieurs décennies.

Peut-être que de connaître davantage l’histoire de ce bâtiment fera en sorte que la communauté sera plus sensibilisée à sa conservation.

Cette semaine, en l’absence de photos, on va consulter des cartes. Les photos anciennes de cette demeure sont quasi inexistantes. La première carte est extraite de l’atlas préparé par James Cane en 1846. Elle nous montre le secteur qui nous intéresse et nous indique que la résidence n’est pas encore construite à cette date. Nous sommes dans le secteur de la Côte-à-Baron, au haut de la côte Sherbrooke. À cette époque, la rue Sherbrooke arrête à Saint-Denis et, quant à la propriété que l’on voit à gauche de notre site, ses occupants y accèdent depuis la rue Ontario. On constate aussi que les résidences qui s’installent sur Sherbrooke sont du type de grandes villas isolées. Nous sommes à l’époque où les riches familles montréalaises s’installent ici pour profiter du grand air de la campagne ; et souvent, dans des demeures secondaires dites « summer cottage ». Cette localisation au haut de la « falaise » Sherbrooke offre un point de vue sur la ville et le fleuve qui est unique.

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Extrait de l’atlas produit par James Cane en 1846 et montrant le secteur qui nous intéresse (angle Cherrier et Amherst). On peut constater que la résidence n’est pas encore construite. (source : BAnQ/modification Gabriel Deschambault)

Nous poursuivons notre analyse en regardant l’atlas qui suit dans l’ordre chronologique ; celui relevé par la garnison militaire britannique vers 1868-1869. Cet atlas qui s’appelle communément le « Fortifications survey » représente l’image la plus juste et la plus précise de la situation physique de Montréal à cette époque. Sur l’extrait suivant, on note que la résidence qui nous intéresse est maintenant construite, de même qu’un autre bâtiment sur le même terrain (cet autre bâtiment est occupé par Joseph Duhamel, avocat et politicien). La carte nous mentionne aussi qu’il s’agit d’un « summer cottage ». La grande villa voisine, plus à l’ouest, dont nous avons fait mention précédemment, a maintenant son accès via Sherbrooke (qui a depuis été prolongée jusqu’à Amherst).

On voit aussi sur cet extrait, les fameux ruisseaux du Plateau qui coulent depuis la montagne et qui empruntent le « ravinage » de ce qui deviendra l’étang sud du parc La Fontaine.

Extrait de l’atlas des « Fortifications survey » datant de 1869. Le cercle vert nous montre l’emplacement du bâtiment qui nous intéresse. (source : BAnQ/modifications Gabriel Deschambault)

Extrait de l’atlas des « Fortifications survey » datant de 1869. Le cercle vert nous montre l’emplacement du bâtiment qui nous intéresse. (source : BAnQ/modifications Gabriel Deschambault)

Toutefois, un doute persiste à l’effet de savoir si le bâtiment faisait front sur une toute nouvelle rue Sherbrooke (montrée en 1869) ou s’il se définissait en fonction d’une rue Cherrier déjà existante ou à tout le moins projetée et cadastrée. L’implantation de la villa semble bien s’orienter en fonction de Sherbrooke dont elle respecte l’angle, plutôt que l’orientation de la rue Cherrier. Une photo aérienne de 1947 nous montre aussi une construction qui affiche un toit à deux versants inégaux et qui présente trois lucarnes sur ce qui semble maintenant être la façade principale.

Extrait d’une photo aérienne de 1947 produite par la Ville de Montréal et qui nous présente notre bâtiment, celui avec les trois grosses lucarnes. On note le toit à pignons qu’elles laissent deviner. En haut, on voit la rue Cherrier et à droite, la rue Amherst.

Extrait d’une photo aérienne de 1947 produite par la Ville de Montréal et qui nous présente notre bâtiment, celui avec les trois grosses lucarnes. On note le toit à pignons qu’elles laissent deviner. En haut, on voit la rue Cherrier et à droite, la rue Amherst.

En conclusion, on peut dire que le bâtiment semble dater de 1866 puisque c’est la première année où existe une adresse à son sujet, soit le 239, rue Sherbrooke. En 1876, François-Xavier-Anselme Trudel, un avocat, journaliste, politicien, acquiert la propriété. Celle-ci servira de nombreuses années comme résidence pour différentes familles. Dans les années 1950-1970, la toiture est modifiée pour prendre le modèle que l’on voit aujourd’hui et les espaces intérieurs sont réappropriés comme bureaux. Les réaménagements successifs et un incendie important en 1991 ont fait perdre une grande partie des intérieurs anciens.   L’édifice devient vacant en 2012.

Vue d’ensemble de la propriété depuis la rue Cherrier. On peut noter l’usure des bardeaux du toit. (photo : Gabriel Deschambault)

Vue d’ensemble de la propriété depuis la rue Cherrier. On peut noter l’usure des bardeaux du toit. (photo : Gabriel Deschambault)

À l’évidence, nous ne sommes pas en face d’un très grand monument. Sa valeur patrimoniale réside principalement dans la valeur paysagère de l’immeuble et dans son évocation d’un passé de villégiature de la Côte-à-Baron. Son implantation atypique, en rapport avec la trame actuelle, témoigne également de son ancienneté et rappelle avec force cet ancien paysage d’une époque où les rues ne sont pas encore tracées et où il s’agit encore parfois de chemins.

L’immeuble mérite d’être préservé et mis en valeur. Il reste à valider le potentiel de développement du sol et voir si cela est compatible avec son maintien. Dans l’immédiat, l’état de délabrement et d’usure des matériaux de toiture mérite une attention rapide si l’on souhaite conserver l’étanchéité de l’enveloppe. L’infiltration d’eau est le plus grand facteur de détérioration d’une structure qui est abandonnée.

Photos montrant l’intérieur du bâtiment. Les finis originaux sont disparus et les espaces ont fait l’objet de transformations importantes afin d’accommoder des espaces de bureaux. Les vestiges montrant des éléments de la structure laissent deviner la présence antérieure de mansardes. (source : Groupe Immobilier Montréal-Québec) 

Photos montrant l’intérieur du bâtiment. Les finis originaux sont disparus et les espaces ont fait l’objet de transformations importantes afin d’accommoder des espaces de bureaux. Les vestiges montrant des éléments de la structure laissent deviner la présence antérieure de mansardes. (source : Groupe Immobilier Montréal-Québec)

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