Publicité

Carnaval, Mardi Gras, Carnaval

Histoire
En 1909, on installe le palais de glace le long de l’avenue du Parc, tout juste à côté de la gare du funiculaire. (source BAnQ)
En 1909, on installe le palais de glace le long de l’avenue du Parc, tout juste à côté de la gare du funiculaire. (source BAnQ)

Quand on parle d’hiver, de fêtes populaires et de grands rassemblements, on songe bien sûr au Carnaval de Québec. Mais savez-vous que son véritable ancêtre est tout ce qui a de plus montréalais ? En effet, c’est en 1883 qu’a lieu le premier carnaval d’hiver de Montréal. C’est aussi le premier en Amérique du Nord.

chronique-pamplemousse-no_76_1

En 1909, le palais de glace est installé sur Fletcher’s field, tout près de la gare du funiculaire. La foule s’y presse et c’est le prétexte pour une belle randonnée de « sleigh » en ville. (source : Musée Mc Cord)

Initiée par le milieu d’affaire anglophone, l’idée originale est d’offrir une occasion de confrontations amicales entre les nombreux clubs sportifs de la Ville ; mais également de faire profiter Montréal des intéressantes retombées économiques d’un tourisme américain encore naissant, mais déjà fort intéressé par le caractère si particulier de notre ville.

Les activités de raquette, de patinage, de crosse et de courses de chevaux sont très populaires et rassemblent beaucoup de monde, mais il manque quelque chose pour chapeauter dignement ces activités disparates. Quelque chose d’impressionnant, de majestueux ; quelque chose qui fera jaser et qui marquera fortement l’imaginaire des Montréalais et des visiteurs. On pense alors à construire un palais de glace.

En 1909, on installe le palais de glace le long de l’avenue du Parc, tout juste à côté de la gare du funiculaire. (source BAnQ)

En 1909, on installe le palais de glace le long de l’avenue du Parc, tout juste à côté de la gare du funiculaire. (source BAnQ)

Dans son étude sur « le carnaval d’hiver de Montréal de 1883 à 1889 », l’historienne Sylvie Dufresne nous résume bien les activités du carnaval : « Deux groupes d’activités composent le programme type. D’abord les activités qui ont cours durant la semaine : le patinage, la glissade, les compétitions, les randonnées en raquettes. Puis, les activités ponctuelles : le défilé du gouverneur général, le grand bal, les marches aux flambeaux et surtout l’attaque simulée du palais de glace ».

Cette « joyeuse » attaque est véritablement le clou des activités du carnaval. On ne peut imaginer aujourd’hui l’engouement pour la raquette qui règne à ce moment-là. Après une mise en scène fort étudiée, l’attaque est le prétexte pour beaucoup de bruit, de la couleur, des cris, du brouhaha et beaucoup de plaisir. Tout cela se conclut par une promenade en raquette, fort probablement inoubliable, jusqu’au sommet du mont Royal.

Cette carte postale représente la « prise » du palais par les clubs de raquetteurs qui y déclenchent un feu d’artifice du plus bel effet. On peut voir les installations du funiculaire à la gauche de l’illustration. (source : BAnQ)

Cette carte postale représente la « prise » du palais par les clubs de raquetteurs qui y déclenchent un feu d’artifice du plus bel effet. On peut voir les installations du funiculaire à la gauche de l’illustration. (source : BAnQ)

Plus près de nous, la présence de la montagne attire raquetteurs et amateurs de toboggan. On peut aussi citer les mascarades sur patins, ou encore les joutes d’un sport tout nouveau, le hockey, qui se déroulent au Crystal Palace ; majestueuse construction au cœur de Fletcher’s Field, tout juste au nord de Mont-Royal, près de Saint-Urbain (nous en avons parlé il y a deux semaines).

La construction des premiers palais de glace, initialement prévue sur le fleuve, est déplacée plutôt au Square Dominion pour des raisons de sécurité et de facilité. On y verra de magnifiques pièces d’architecture, souvent pilotées par de grandes firmes montréalaises. Le carnaval aura eu lieu en 1883, 84, 85, 87 et 89 dans sa version originale plutôt anglophone. Les hôteliers, restaurateurs et opérateurs de chemin de fer, qui sont les premiers à tirer profit de l’opération, finissent toutefois par se faire tirer l’oreille pour payer les coûts de l’organisation, ce qui menace l’existence du carnaval.

Au tournant du siècle, après la frénésie des premières années où ce sont les anglophones qui pilotent les destinées du carnaval, le palais est construit dans le parc Jeanne-Mance, encore souvent appelé « Fletcher’s field ». Les intérêts francophones qui ont repris le dossier veulent alors amener le carnaval dans l’Est. C’est en 1909 et en 1910 que l’on retrouve les palais de glace du carnaval érigés sur le Plateau. C’est aussi les deux dernières années de la fabuleuse histoire des carnavals de Montréal. Il semble bien que le cœur n’y soit plus.

Mais le mont Royal n’a pas dit son dernier mot et il garde captifs malgré tout, l’enthousiasme et l’amusement des résidants du Plateau qui continuent leur histoire d’amour avec la montagne et qui glissent sur ses flancs en toboggan ou sur ses sentiers en ski de fond, depuis lors.

Les raquetteurs de 1889 qui prennent d’assaut le palais, à la lueur de leurs flambeaux, avant d’amorcer la grande montée du mont Royal. Manteau de laine multicolore et ceinture fléchée, chaque club possède ses couleurs.   En ce qui me concerne, j’ai abandonné l’idée de résoudre la question du décompte des carnavals. Le 9e en 1889... c’est impossible ? (source : BAnQ)

Les raquetteurs de 1889 qui prennent d’assaut le palais, à la lueur de leurs flambeaux, avant d’amorcer la grande montée du mont Royal. Manteau de laine multicolore et ceinture fléchée, chaque club possède ses couleurs.   En ce qui me concerne, j’ai abandonné l’idée de résoudre la question du décompte des carnavals. Le 9e en 1889… c’est impossible ? (source : BAnQ)

Visitez le blogue de l’auteur.

Visitez la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal :

Vos commentaires
loading...