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La rue De Bullion… dans tous ses états

Histoire
« Une journée estivale rue De Bullion », au sud de Duluth (en direction sud). John Little, 1981.
« Une journée estivale rue De Bullion », au sud de Duluth (en direction sud). John Little, 1981.

Cette semaine, on visite une rue ancienne du quartier : la rue Cadieux. En fait, il s’agit plutôt de la rue De Bullion, qui est son nouveau nom depuis 1927.

La rue Cadieux est parmi les toutes premières voies à s’ouvrir dans le petit village de Saint-Jean-Baptiste. C’est suite au lotissement de la propriété de la famille Cadieux de Courville, en 1845, que ces premières rues sont créées (Coloniale, De Bullion, Hôtel-de-Ville).

La particularité de ces lotissements se trouve dans le fait qu’il n’y a pas de ruelles qui ont été planifiées et que l’on voit toutes ces portes cochères qui permettent d’accéder à la voie publique depuis l’arrière des logements. On parle ici de situations d’il y a presque deux siècles !

Mais, ce qu’il y a de plus intéressant, c’est qu’on fait aussi une incursion dans l’art ; celui du peintre John Little (1928- ). Il s’inscrit à l’Académie Royale du Canada en 1961 et en devient membre en 1973. C’est d’ailleurs en « tombant » sur une reproduction d’une de ses œuvres montrant la rue De Bullion, que m’est venue l’idée de cette chronique.

« Une journée estivale rue De Bullion », au sud de Duluth (en direction sud). John Little, 1981.

« Une journée estivale rue De Bullion », au sud de Duluth (en direction sud). John Little, 1981.

Pour avoir admiré plusieurs œuvres de John Little, je suis littéralement tombé en amour avec ses peintures mettant en vedette des endroits du Plateau Mont-Royal. Ainsi, la peinture que nous venons de voir, Une journée estivale rue De Bullion, nous montre à droite, les corniches et mansardes de plusieurs maisons du côté ouest de la rue.

Intrigué, j’ai fouillé dans mes photos anciennes et j’ai retrouvé ce magnifique cliché montrant justement ces mêmes maisons. Pur produit de l’architecture « populaire » de la deuxième moitié du XIXe siècle, ces édifices nous présentent un très bel exemple de ce que l’on appelle souvent le « décor victorien ». Inspirée du style « Second Empire » cette architecture nous offre une profusion de décors mettant en vedette la fausse mansarde en tuiles d’ardoise et des boiseries « outrageusement complexes » qui offrent à l’œil gourmand une « overdose » de détails de boiseries tournées à la machine et de lucarnes « survitaminées ». Les grilles décoratives qui surmontent les pavillons de toitures, qui sont typiques de ce style, viennent compléter ce décor victorien du plus bel effet.

Il peut être pertinent de rappeler au lecteur que cette architecture est un véritable produit de l’industrialisation alors naissante. À cette époque, tous ces éléments de boiseries, ces pièces tournées, et ces décors de fonte métallique, sont disponibles sur catalogue ; et les constructeurs, commandent les pièces comme dans un IKEA géant, avant la lettre !

Rue De Bullion au sud de Duluth/C’est quand même curieux de constater que l’emphase de la composition architecturale de cette façade a été mise sur son couronnement et que sa base demeure relativement simple. (Source : ONF 1968 )

Rue De Bullion au sud de Duluth/C’est quand même curieux de constater que l’emphase de la composition architecturale de cette façade a été mise sur son couronnement et que sa base demeure relativement simple. (Source : ONF, 1968 )

Si on retourne à notre ami John Little, il a reproduit un autre coin de la rue De Bullion qui est tout aussi intéressant. Il nous présente un petit commerce de coin de rue avec sa porte en angle et ses vitrines généreuses, qui sont typiques de ce genre de petit commerce. C’est aussi le soleil omniprésent et cette impression de chaleur d’après-midi d’été qui « transpirent » des œuvres de Little.

Épicerie Duluth et De Bullion. (John Little)

Épicerie Duluth et De Bullion. John Little.

À son crédit, il faut quand même souligner qu’il a fait également de nombreux reportages hivernaux dans les ruelles montréalaises où l’on voit souvent des enfants jouer au hockey. Les œuvres de Little sont savoureuses en ce sens qu’elles captent de façon simple toute l’atmosphère de nos vieilles rues du Plateau.

On complète ce petit tableau impressionniste par une magnifique photographie d’une section de la rue De Bullion qui nous témoigne de la grande qualité architecturale et de la belle qualité de l’échelle humaine de son aménagement.

Un quartier comme le nôtre est un milieu de vie chaleureux et humain.

(Photo : François Hogue)

(Photo : François Hogue)

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